L’effet John Rea

Dans le cadre de la série hommage 2015/2016, la direction artistique de la Société de musique contemporaine du Québec a choisi de mettre à l’honneur le compositeur John Rea. Reconnu présentement pour son catalogue très varié et son implication dans l’enseignement, John Rea sera le porte-parole de la composition contemporaine pendant un an.

Dès l’automne, une série de concerts sera interprétée par des musiciens professionnels (orchestres, quatuors, voix…) et sa présence exclusive auprès du jeune public québécois permettra à tous de développer un nouveau regard sur une riche carrière.

Son implication se manifestera notamment lors d’ateliers musicaux dans les camps de jour situés à Montréal (organisées par l’Université de Montréal) et à Lanaudière (Père Lindsay).

Ce projet participatif est l’occasion pour John Rea de partager son point de vue en tant que créateur mais aussi de faire découvrir aux jeunes la pièce qui sera jouée lors de la soirée d’ouverture de la Série hommage le 25 septembre prochain,  L’effet papillon.

Le but de ces ateliers étant de faire connaître ce qui se cache derrière une partition, entrevoir la partie immergée de l’iceberg, les novices pourront ainsi prendre conscience des aspects complexes et captivant de la création.

Les artistes en herbe, âgés de 7 à 17 ans, auront en effet la possibilité d’appréhender la vision conceptuelle et philosophique de cette œuvre; composition qui illustre à merveille l’effet que déclenche un battement d’aile sur le reste du monde.

Ici, le compositeur transpose cette émotion en intensifiant la musique avec l’arrivée de nouveaux instruments au fur et à mesure de la pièce. L’improvisation des musiciens sur scène aura sa place tout comme le vol aléatoire du lépidoptère dans la nature;  ce qui donne une approche moderne et unique à son travail.

Par Diane Martin-Graser

Détail des ateliers animés par John Rea:

  • Mercredi 1er juillet 2015, Camp musical Université de Montréal
    13h15 à 14h : jeunes de 6 à 8 ans
    14h à 14h45 : jeunes de 9 à 12 ans
  • Vendredi 3 juillet, Camp musical du Père Lindsay
    14h à 17h (quatre ateliers de 45 mins)
  • Mercredi 15 juillet 2015, Camp musical Université de Montréal
    13h15 à 14h : jeunes de 6 à 8 ans
    14h à 14h45 : jeunes de 9 à 12 ans
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L’asile de tous les talents

Le 20 Mai prochain, la Société de musique contemporaine du Québec propose Une soirée à l’Asile, représentation imaginée par le compositeur Walter Boudreau qui s’est inspiré de la pièce de théâtre de Claude Gauvreau L’Asile de la pureté écrite en 1953.

A cette occasion, autour du pianiste Alain Lefèvre, d’autres artistes de renoms tels André Pappathomas, Lorraine Pintal et Matthieu Fortin lieront leurs talents à la narration de François Papineau pour nous hisser au diapason du Québec d’antan. André Pappathomas, directeur de l’Ensemble Mruta Mertsi, lève le voile sur la participation de l’ensemble à cette soirée.

Créé en 2003, Le « Prélude (Destin tragique) » sera interprété par les 16 voix de l’Ensemble Mruta Mertsi accompagnant la ligne mélodique de l’orgue sous une tonalité sonore de cloches et de plaques métalliques. André Pappathomas apporte une nouvelle écriture à la pièce en ajoutant dans le chant des mots issus de «Les trois suicides d’Ocgdavor Pithuliaz» . Initialement, ce texte est récité par Donatien Marcassilar, personnage de la pièce, suicidaire à la suite de la perte de sa bien-aimée, lors de son dernier effort poétique. Dès lors, le spectateur se retrouvera témoin d’une marche mortuaire interprétée par l’Ensemble Mruta Mertsi évoluant dans la salle comme des zombies pour gagner la scène avec des plaques métalliques à la main. Comme pour sonner le glas, ces personnages légendaires et inquiétant symbolisent le peuple québecois des années 40, dépourvus d’identité propre. Le contrôle de l’Église et de l’État étant prépondérant à cette époque, le Québec, sans voix, se retrouvait dans l’impossibilité de prendre position par manque de culture. Sans conscience, l’Homme est comme éteint. Ici, les voix du peuple viennent se marier au son de l’orgue et des cloches illustrant ainsi l’autorité chrétienne.

Plus tard, André Pappathomas se placera entre les mots de Francois Papineau dans un extrait de La charge de l’orignal épormyable, autre pièce de Claude Gauvreau. Le narrateur situé dans une baignoire-tombeau débite des phrases sur la musicalité des instruments inventés du compositeur. En jouant en contrepoint de la narration, le duo prend un caractère d’opposition et de complémentarité théâtrale. L’intonation et le phrasé changent en fonction de l’existence sonore comme si les deux artistes s’influençaient mutuellement.

Ainsi, lectures, chants et musique se mêleront pour faire ressortir l’essence même de la pièce de Claude Gauvreau, la création d’une proposition dramatique restant en continuité avec son écriture.

Article rédigé par dmartingraser

Une Soirée à l’asile – Mercredi 20 mai à la Salle Pierre-Mercure — Centre Pierre-Péladeau à 19h00.

Programme (5 parties)

1- Walter Boudreau et, «Prélude (Destin tragique…)», extrait de L’asile de la pureté (2003)

Choeur et bande: L’Ensemble Mruta Mertsi dirigé par André Pappathomas

Mise en scène: Lorraine Pintal 7″

2- Lecture d’extraits L’asile de la pureté et La charge de l’orignal épormyable de Claude Gauvreau 10″

François Papineau, narration – Instruments inventés: André Pappathomas

3- Walter Boudreau, «Valse de l’asile», mouvement extrait de L’asile de la pureté 6″

Alain Lefèvre et Matthieu Fortin, piano

4- Jean-Claude Labrecque et Jean-Pierre Masse, La nuit de la poésie 11’

Film documentaire, extrait de la participation de Claude Gauvreau

5- Walter Boudreau, La charge de l’orignal épormyable 22’

Deux pianos:  Alain Lefèvre et Matthieu Fortin

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Joyeux anniversaire, M. Les Paul

Pour clore le festival MNM 2015, Tim Brady a présenté sa composition 100 Very Good Reasons Why___, un hommage à Lester Polfuss (alias Les Paul), guitariste de jazz et pionnier de la guitare électrique, pour son 100e anniversaire de naissance.

Cette pièce écrite pour pas moins de 100 guitares électriques ne pouvait qu’être présentée au complexe Desjardins. L’orchestre présentait plusieurs représentations le samedi 7 mars entre 15 h et 17 h. D’où est venue cette idée d’écrire une telle pièce ?

La première source d’inspiration de Brady pour l’écriture de cette pièce est son intérêt pour la surimposition sonore et l’enregistrement multipiste. La deuxième est une commande qu’il a composée en 2002 pour « le Festival international les Coups de théâtre », Twenty Quarter Inch Jacks : « J’ai eu beaucoup de plaisir à travailler avec 20 guitares électriques. Je me disais « Si 20 guitares électriques marchent bien, peut-être 100 guitares électriques seront cinq fois mieux » ». Le résultat était spectaculaire.

L’orchestre était divisé en quatre : 25 guitaristes placés autour de la fontaine, dans les quatre coins de la place. Tim Brady dirigeait une section pendant que trois autres chefs d’orchestre dirigeaient les autres. Des micros étaient perchés sur des supports devant chaque groupe de guitaristes et des haut-parleurs étaient accrochés aux colonnes autour de l’orchestre. J’étais arrivé juste à temps pour la dernière représentation de la journée. Les guitaristes prenaient leur dernière pause. Ils possédaient toutes sortes de guitares : des modèles à caisse pleine, semi-acoustique, de collection, des éditions rares, des modèles anciens, des répliques d’instruments de guitaristes célèbres et même des modèles japonais. Bref, de quoi impressionner un collectionneur ! Il y a dû en avoir puisque certains passants profitaient de cette dernière pause pour poser des questions aux fiers propriétaires de pièces rares. Les guitaristes étaient équipés d’amplificateurs de 30 watts à 50 watts. La plupart étaient des amplificateurs à transistors, mais les amplificateurs à lampes, beaucoup plus puissants, n’enterraient pas ces derniers.

« La prochaine représentation sera dans sept minutes ! », dit Brady en passant devant les diverses sections.

Aussitôt que les sept minutes se sont écoulées, les membres de la section de Brady ont gratté avec leurs ongles les cordes de leurs guitares et les ont frottées avec leurs plectres et les paumes de leurs mains. Cette introduction rappelait les cacophonies que produisent les groupes rock pour conclure leurs concerts, mais sans distorsion. Cependant, le son des guitares n’était pas énormément modifié : la composition de Brady et le complexe Desjardins ont fait le travail des pédales d’effets pour reconstituer le son de la guitare de l’inventeur défunt.

Brady a ensuite donné le signal à sa section d’arrêter brusquement. Aussitôt, la section en face de lui joua la même chose. Les autres sections ont fait de même, ce qui a produit un effet rappelant une pédale de délai. Faire le tour de la fontaine pour voir les autres sections était difficile à cause des passants qui bloquaient le chemin avec leurs bras tendus tenant des téléphones mobiles pour filmer le concert. La disposition de l’orchestre et des haut-parleurs créaient un effet panoramique et le son était différent selon où on se tenait. La hauteur du plafond créait des réverbérations naturelles, donc pas besoin de pédales. Les effets d’ambiances, la surimposition de parties de guitares, le son des cordes de métal, toutes les choses pour lesquelles Les Paul étaient célèbres se sont fusionnées pour créer un mastodonte fantomatique planant au-dessus des spectateurs. La présence du regretté guitariste s’est fait sentir. Bref, cette soirée-là, le génie de Brady a invoqué Les Paul sans dépendre de la technologie.

Cependant, cet hommage de Tim Brady n’était ni une pièce bruitiste, ni une expérimentation avec des textures sonores. La pièce contenait beaucoup de mélodies jouées en harmonie et même, certaines lignes mélodiques au son cristallin, comme dans les solos de Les Paul. Les guitaristes faisaient couler les mélodies grâce à leur phrasé fluide. Plus tard, la section de Brady a produit un effet chantant grâce à une technique blues : le jeu du goulot ou slide guitar, qui consiste à frotter un goulot de bouteille ou un tube en nickel, en verre ou en laiton sur les cordes. Brady n’a pas oublié les nuances dans sa pièce. L’orchestre, à travers la dernière partie de la pièce, passait par toutes les nuances de forte à piano subitement. La conclusion était abrupte. Une salve d’applaudissements a suivi. « C’était les cent guitares ! » dit Brady en présentant l’orchestre. Pour le remercier, un des guitaristes ajouta de la distorsion au son de sa guitare et a joué une progression d’accords souvent joué par des débutants pour épater leurs copains. Brady a ensuite hurlé, sourire aux lèvres : « Non ! Non ! Non ! C’est fini ! No Stairway to Heaven ! ».

Brady démontre une fois de plus, comme l’avait fait Les Paul, ce qu’on peut faire avec une guitare électrique. Le compositeur-guitariste avait bien raison : cinq fois plus de guitares quintuple le plaisir. Que dire de plus quand chacun joue comme le créateur de la guitare la plus célèbre au monde ! Mais Brady nous a réservé 100 Very Good Reasons Why___ beaucoup plus de surprises comme un large éventail de techniques que Les Paul a popularisé et même une touche d’humour. Dans son dernier entretien avec la SMCQ, Brady a annoncé que son prochain album, qui sortira cette année, contiendra The Same River Twice Symphony # 5.0. Si 100 Very Good Reasons Why___ ne paraît pas aussi sur l’album, cela sera bien dommage !

Si vous aviez manqué le spectacle, pour vous faire une idée de la pièce, imaginez un croisement entre Twenty Quarter Inch Jacks et ce solo de Les Paul. 

 

 

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Cabaret Techno-LowTech, une proposition non conventionnelle

Quasiment tous les secteurs de la société redécouvrent ou s’inspirent des technologies low-tech souvent très anciennes. En effet les meilleures technologies ne sont pas toujours les plus compliqués, les machines anciennes, à l’apparence désuètes, restent finalement très sophistiquées. C’est le parti pris de Joanne Hétu et de Danielle Palardy Roger, piliers de la musique actuelle canadienne, qui ont conçu le spectacle Cabaret Techno-LowTech. Pensé dans le cadre des After Hours ce spectacle aborde des questions sur la place et la représentation de la musique actuelle. C’est aussi l’occasion de fêter la fin du festival Montréal/Nouvelles Musiques.

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Pour cette édition 2015, l’Agora Hydro-Québec sera investie par une dizaine de créations au cours de deux soirées. « On ne voulait pas, après les concerts, le soir à 23h, représenter un autre concert, on voulait proposer autre chose. On a voulu que ce soit dans l’optique d’un cabaret avec des courtes performances variées qui génèrent une attention différente de celle que l’on a en étant assis sans faire de bruit pour écouter religieusement le concert. » s’enthousiasme Joanne Hétu (vocaliste et bruitiste) qui souhaitait quelque chose de plus décontracté comme évènement. « Après les concerts on est parfois bouleversé et rempli d’émotion. On n’a pas forcément envie de rentrer directement chez soi. »

Par rapport à la thématique du festival : Environnements et nouvelles technologies, la notion de l’environnement a été appréhendée comme une mise en espace de la musique. Le spectateur se retrouvera en immersion et cet effet sera accentué par les différentes scènes qui permettront de déambuler librement. Des musiciens vont jouer à l’intérieur de l’espace et installer des stations musicales. En ce qui concerne les nouvelles technologies, elles seront intégrées dans un processus plus mécanique que numérique. Joanne Hétu l’admet : « On ne peut pas nier le poids du lien que l’on a avec le numérique et oublier les ordinateurs. On travaille l’expansion et le traitement du son mais pas nécessairement via le plus haut niveau technologique. C’est pour cette raison qu’on a décidé d’appeler le spectacle Cabaret Techno LowTech. »

Chaque performance durera une dizaine de minute. Il y aura par exemple un quatuor de synthétiseurs analogiques désuets de Montréal qui réunit quatre improvisateurs très actifs qui explorent le monde fascinant des synthétiseurs analogiques. Plusieurs de ces instruments ne peuvent être programmés à l’avance ce qui pose un défi supplémentaire aux participants, chacun devant sculpter le son désiré en direct sans pouvoir utiliser de recettes préétablies ou de raccourcis pour évoluer d’un son à l’autre. Empreinte à reculons de Martin Tétreault  réalise une empreinte du vinyle. On y dépose sur sa surface la plus petite composante du tourne-disque. De ce contact instantané, l’aiguille libère un big bang domestiqué : le son est reproduit par le haut-parleur, prend forme et se diffuse dans l’espace. L’aspect visuelle est également très prononcé : des chaudières pour recueillir l’eau d’érable deviendront des cages de résonance. La pièce Gonflée de Alexis O’Hara présente l’époumonement d’une femme pneumatique en quatre temps grâce à des ballons et des micro contact.

Joanne Hétu et Danielle Palardy Roger ont invité des artistes qui poussent les limites de l’instrument en proposant d’autres sons avec l’instrument conventionnel. « Si tu fermes tes yeux ça va sonner comme des nouvelles musiques. Il y a une réelle recherche de sons, une volonté de créer quelque chose de nouveau avec des instruments anciens. » Joanne Hétu aime à définir sans cesse la musique actuelle pour pouvoir repousser ses limites. Selon elle il y a d’abord une démocratisation des rôles. Le compositeur fait parti de l’ensemble, et les interprètes interviennent dans l’œuvre avec un dialogue permanent et parfois des changements de rôle. D’autre part, la part d’improvisation est primordiale, « C’est un état d’esprit qui permet de travailler avec l’énergie et la réactivité du public sur le moment présent. On ne refait pas quelque chose, on le crée à ce moment là avec tout notre bagage en tant que musicien. » Enfin la musique actuelle propose une notion de métissage dans l’instrumentation avec des instruments acoustique traditionnelles, des instruments électriques, électroniques et même inventés.

La dimension low-tech du spectacle permet de prendre le contre pied des nouvelles technologies tout en adoptant une attitude critique et originale.

Cabaret Techno-LowTech aura lieu vendredi 6 et samedi 7 mars à 23h00 à Agora Hydro-Québec. Plus d’informations ici.

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Au diapason de 5 Waves

Le Festival Montréal/Nouvelles Musiques accueille l’Ensemble Meitar à la Chapelle historique du Bon Pasteur pour interpréter cinq pièces de compositeurs talentueux, venus d’Europe, d’Israël et du Québec. Tous ont répondu à la thématique de cette 7ième édition Environnement et Technologies, en combinant d’une part, les sons acoustiques avec des installations électroniques et d’autre part en répondant à la problématique du temps.

Depuis 2004, l’ Ensemble Meitar se produit à Tel Aviv et à l’échelle internationale. Ce quintette a changé la démographie de la musique contemporaine israélienne en jouant des programmations audacieuses de Philippe Leroux (compositeur en résidence de l’Ensemble depuis 2012), Fedele, Grisey, Biro et bien des compositeurs renommés israéliens comme Chernowin, Shapira qui ont attiré le public en Israël. L’ensemble a été invité à participer à des Festivals internationaux comme le Festival MATA à NYC, le Zeitkunst Festival à Berlin et à la Biennale de Venise.

Pour le festival MNM, nous retrouverons les cinq musiciens, à savoir: Roy Amotz à la flûte, Dan Erdman à la clarinette,  Moshe Aharonov au violon,  Jonathan Gotlibovitch au violoncelle,  Amit Dolberg au piano ainsi que Yuval Zorn à la direction. Loué par le New-York Times pour leur « excellence, équilibre et précision », le public montréalais aura la chance d’assister à la première de leur tournée Nord-américaine le vendredi 06 Mars à 21h00. Nous aurons le plaisir d’écouter successivement:

Gérard Grisey, Talea ou la machine et les herbes folles– 1985 – 16 minutes

Après avoir tenu plusieurs séminaires sur la composition musicale, celui-ci enseignera cette matière au Conservatoire national supérieur de musique de Paris jusqu’à sa mort. Ce compositeur virtuose se voit commander plusieurs pièces par de grandes Institutions internationales. Pour son œuvre Talea, qui signifie coupure, Gérard Grisey aborde deux angles auditifs:″L’idée de coupe du geste initial, la mise en phase et hors-phase des différentes structures rythmiques ainsi que la forme en deux parties dont la seconde pourrait aisément s’intituler color m’ont suggéré le titre de ce quintette.″ –  il décrit lui même sa composition comme « un geste unique (rapide, fortissimo, ascendant lent, pianissimo, descendant) présenté dans la première partie en durées moyennes et peu à peu érodé jusqu’au nivellement des contrastes. Dans la seconde partie, il gère la grande forme et la succession des séquences. Polyphonique dans la première partie, le geste devient homo-phonique dans la seconde. »

Hanns Eisler, Quatorze façons de décrire la pluie– 1941 – 12 minutes

Cette importante pièce de musique de chambre reflète les images du documentaire de Joris Ivens intitulé Rain. La composition de cette pièce explore l’esprit du court métrage, relatant ainsi l’alternance du temps capricieux à Amsterdam. Hanns Eisler exprime dans sa musique son sentiments de tristesse devant une Allemagne gouvernée par la politique d’Hitler. La technique dodécaphonique structure la pièce et rend hommage à son ami Arnold Schoenberg, développeur de ce système.

Maya Dunietz, Six Waves, 2013 – 16 minutes

Après toutes les attributions qu’elle a reçu, il est difficile de classer le parcours original de Maya Dunietz. Cette artiste intègre pousse son expérience musicale loin du grand public en soumettant son travail à plusieurs domaines artistiques. La compositeurs d’avant-garde a pris place sur la scène alternative israélienne avec un format de composition innovant comme le prouve Six Waves. L’audience peut imaginer des séquences sonores mêlant l’acoustique, l’électronique et les voix, interrompus par le silence. Marquée par un jeu plus ou moins intense, chaque succession rythmique annonce une nouvelle vague.

Cléo Palacio Quintin, Fluctuations  organiques  – 2014

C’est dans le cadre d’une commande reçue par le Conseil des Arts du Canada que Cléo Palacio-Quintin a composé Fluctuations Organiques, écrit spécifiquement pour l’Ensemble qui va la jouer pour la première fois vendredi prochain. Cette œuvre en quatre mouvements enchaînés est élaborée autour des quatre éléments : air, feu, terre et eau. Le flux musical instrumental est augmenté d’une partie électroacoustique qui combine des sons fixés et générés en direct, toujours contrôlés par le flûtiste. Depuis 15 ans, Cléo combine deux univers, mêlant ainsi le son instrumental et l’électroacoustique. Compositeure et flûtiste de renom, Cléo a su établir des liens novateurs entre plusieurs domaines: la science, la technologie et l’art – ce qui lui devra en 2011, la remise du Prix Opus pour sa créativité et son talent.

5 – Ofer Pelz, Chinese Whispers – 2013 – 11 minutes

Depuis 2007, le compositeur israélien rayonne à Tel Aviv, en Europe et en Amérique du Nord à travers les maintes collaborations avec l’Ensemble Meitar. Il y a deux ans, Ofer Pelz se voit commander cette pièce qui a déjà été interprétée NYC. Le phénomène social de déformation, appelé communément en Grande- Bretagne Chinese Whispers soit « Téléphone Arabe » en français, a inspiré l’auteur dans la conceptualisation de l’œuvre. On peut imaginer une phrase complexe ou un geste qui se manifesterait dans une métaphore de respiration, instrumentalisée par le mode de jeu spécifique. La pièce est divisée en plusieurs sections faisant chacune, l’emphase sur différents points de vue pour ensuite dévoiler ce geste respiratoire dans son ensemble.

Le lendemain de cette représentation exceptionnelle, le public aura accès à l’atelier-concert animé par Jonathan Goldman. A travers ce séminaire éducatif, l’Ensemble Meitar et l’Experimentalstudio nous font connaître en direct les problématiques soulevées par l’impulsion des nouvelles technologies dans la musique contemporaine. Au programme, un extrait des œuvres de Daniel Péter Biro et de Detlef Heusinger seront étudiés dès 13h00 au même endroit que le concert de la veille.

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Redécouverte sensorielle avec Phonobellow

Le 5 mars prochain, le Festival Montréal/Nouvelles Musiques accueillera l’œuvre produite par David Adamcyk et Zosha Di Castri accompagnés de l’International Contemporary Ensemble (ICE). Venue tout droit des Etats-Unis, cette collaboration talentueuse nous offrira un retour dans le temps avec une présentation de la dernière version de leur soufflet de caméra en bois, symbole des avancées technologiques du 19ieme siècle, mêlée de procédés modernes. Pour cette première en Amérique du Nord, Phonobellow sera programmé à 23h00 à l’Agora Hydro-Québec sur un ton folklorique et poétique.

2_Phonobellow-Long Objet central du spectacle: un soufflet géant qui se déploie

Les cinq instrumentistes de ICE, décrit par le New-York Times comme « l’un des groupes le plus accompli et aventureux » dans la musique contemporaine, évolue à l’intérieur  du décor, imaginé par les deux créateurs de la pièce, procurant ainsi une sonorité exclusive aux auditeurs.

A travers cette installation unique, David et Zosha font allusions aux progrès scientifiques et technologiques du photographe américain Eadweard Muybridge dans les années 1870. Passionné par la décomposition du mouvement, celui-ci capture le détail de la gestuelle humaine ou animale et permet de voir des postures dès lors, imperceptibles à l’œil nu. En établissant un pont entre l’art et la science, E. Muybridge va nous apporter une vision totalement nouvelle et paradoxale que les peintres reprendront ensuite dans le courant Futuriste.

L’aspect central du projet tourne autour de l’influence des nouvelles technologies sur nos perceptions. Le public découvre une mise en scène aux allures inhabituelles et ne sait pas à quoi s’attendre devant un soufflet de caméra fermé. La performance des membres de ICE sera complétée par une projection vidéo montrant des images d’archives, des capteurs sonores et une variété de textes de Roland Barth, Jean Cocteau et Willem Rilke. Ces éléments hétéroclites pointent vers une symbolique commune comme s’ils étaient connecté par une toile.

Les cinq instruments présents (violon, piano, basson, saxophone et percussions) nous livrent un langage contemporain issu de différents courants musicaux, traditionnels et folkloriques. Par ailleurs, les créateurs de Phonobellow prévoient d’ajouter des micros-contacts permettant d’amplifier et de traiter le son des instruments acoustiques pour donner des variations dans la salle. Pendant la représentation, les performeurs se déplaceront et déambuleront parmi les spectateurs placés de part et d’autre de la scène. A cette amplitude spatiale s’ajoute aussi une liberté dans l’interprétation: les musiciens joueront depuis des partitions pré-établies mais seront aussi en mesure d’improviser des passages.

En connectant divers éléments, les artistes ne délivrent pas un message linéaire mais propose un art pluridisciplinaire avec une multitude de possibilités. Phonobellow est à envisager comme une performance où chacun est capable de se construire un point de vue propre.

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Une étude complète de la guitare de Tim Brady

De la guitare électrique au festival Montréal/Nouvelles Musiques ? C’est sûr ! Ne vous attendez ni à un concert rock, ni pop, ni de composition classique contemporaine, ni heavy métal, ni jazz de la part de Tim Brady : il les mélange tous. Le guitariste montréalais présentera au festival MNM Freebirds de Jean Piché. Qui est Tim Brady ? Quelles sont ses racines musicales ? Comment a-t-il trouvé son son distinctif ?

L’aventure musicale de Tim Brady commence avec son groupe préféré dans sa jeunesse, les Beatles, formation musicale qu’il écoute encore aujourd’hui. Il s’inspire aussi du guitariste folk Gordon Lightfoot, mais son guitariste préféré demeure l’ancien chef du Allman Brother’s Band, Duane Allman. Ce n’est pas parce que Brady compose de la musique classique contemporaine qu’il a abandonné les groupes rock et pop de sa jeunesse. Sa chanson préférée ? Bridge Under Troubled Water  de Simon & Garfunkel. « Je ne considère pas Simon & Garfunkle comme une musique de jeunesse. Paul Simon est possiblement le meilleur chansonnier de tous les temps sur la planète terre. On peut apprendre des choses de Paul Simon, c’est garanti. Pourquoi mettre ça de côté ? (…) Bridge Over Troubled Water, c’est la meilleure chanson jamais écrite sur la planète terre. La structure, la ligne, l’arrangement… Chaque fois que je l’entends, [je me dit] ce n’est pas possible qu’un être humain ait  écrit ça. » L’influence des solistes jazz des années 70 tels Pat Metheney, Pat Martino et John McLaughlin sont palpables, plus particulièrement dans ses albums Imaginary Guitars et Go!.  On y remarque aussi l’influence de la composition moderne comme les sons issus de la tradition du bruitisme. Bref, Brady est un amalgame de musique classique, jazz et populaire.

Toutefois, il n’écoute pas divers styles de musique dans le but de créer une musique éclectique et innovatrice. « Je ne l’ai pas fait intentionnellement. Je n’ai pris aucune décision consciente.  C’est juste la musique que j’ai écoutée toute ma vie. J’ai commencé à écouter la musique à quatre ou cinq ans. Quand je trouve une musique qui me plaît, je l’accepte. (…) je la garde dans ma tête comme possibilité. » Un des aspects distinctifs du jeu de Brady est l’utilisation d’un nombre important de pédales d’effets sonores pour créer des sons futuristes. « C’est le compositeur en moi. Comme guitariste, honnêtement, quand je joue de la guitare chez nous, ou parfois dans certains concerts j’utilise peu de pédales. (…) Mais le compositeur en moi cherche plus de drame, plus possibilités sonores. » En plus de composer pour la guitare, il compose aussi pour des orchestres classiques et, vous vous en doutiez sûrement, pour des orchestres uniquement composés de guitares.  Il avoue qu’il a une personnalité double, c’est-à-dire une de guitariste et une de compositeur, mais elles ne sont pas nécessairement en conflit : « Il y a 30 ans, il y avait un plus grand décalage entre ma musique d’orchestre et pour guitare, mais depuis 10 ans, ma musique sonne comme ma musique. (…) Je vois l’orchestre, ou la guitare ou la musique de chambre comme extension de la même musique. »

Une des raisons pour lesquelles Tim Brady estime tant la guitare électrique est que le nombre de sonorités est inépuisable. Cependant trouver sa sonorité distinctive n’était pas simple : « Il y a une recherche au niveau de comment on utilise nos doigts, le poids de nos bras, comment on tient la guitare et comment on conçoit le son de l’instrument avant de le jouer. (…) Si tu as le son dans ta tête, tu vas réussir à l’avoir avec tes doigts. Si tu le cherches uniquement avec tes doigts, ça sera difficile. (…)  On peut jouer n’importe quelle série de notes sur presque n’importe quelle guitare, mais le choix de l’instrument et le choix de l’amplificateur ont une influence. Le choix essentiel que tout le monde ignore est  »Quel son ? Quelle épaisseur ? » C’est ground zero. » Afin de comprendre les difficultés dans la recherche de sons de Brady, il faut d’abord comprendre l’histoire de la guitare électrique. « Je sais que le problème ou la réalité selon comment on veut le voir est que, pour des raisons historique et culturelle, le vocabulaire sonore des modèles de guitares Les Paul, ES-335, Stratocaster et Telecaster a été bâti par des gros joueurs des années 50, 60, 70 et 80. » Puisque ces modèles ont été utilisés ad nauseam par des guitaristes célèbres tels que Jimmy Page (Led Zeppelin), B.B. King et Jimi Hendrix, Brady prétend que leurs vocabulaires sonores sont assez développés pour exister sans lui, donc, il n’a pas besoin de ces modèles. Le guitariste montréalais a alors expérimenté, pendant les années 90, avec des modèles Steinberg et Paul Reed Smith qu’il utilise encore à l’occasion. Ces modèles, à l’époque, peu connus, ont permis à Brady d’écrire des pièces qui mettent en valeur la composition plus que le son de la guitare. Vers 2004 ou 2005, il est tombé sur des modèles du fabricant québécois Godin. Brady a enfin trouvé le son qu’il recherchait. Il explique ce son unique par l’utilisation de bois moins commun pour la fabrication de guitare électrique à caisses pleine comme l’épinette et le bois de cerisier. Selon le guitariste montréalais, si certains bois ne sont pas communément utilisés par les grands fabricants des années 50, personne ne s’y intéresse.

L’expérimentation et la recherche musicale de Tim Brady dépassent la recherche d’un son « original » ou « innovateur ». Ce guitariste soliste recherche un son qui ne nécessite aucun accompagnement. Que ses pairs estiment qu’il ait réussi n’est pas important : ses œuvres ont tellement surpassé l’image projetée et les limites de la guitare électrique posées par la musique populaire, jazz et classique que les véritables capacités inexplorées de cet instrument sont maintenant évidentes.

Le concert Freebirds se tiendra le jeudi 5 mars 2015 à 21h à la Société des Arts Technologiques dans le cadre du festival Montréal/Nouvelles Musiques. Plus d’informations ici

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Des lumières mexicaines : un entretien avec Alejandro Escuer (CMMAS)

Antérieurement, le CMMAS (Centro Mexicano para la Musica y las Artes Sonoras. « Centre mexicain pour la musique et les arts sonores » en espagnol) et Patrick St-Denis ont collaboré à des pièces concernant la migration du papillon monarque du Canada au Mexique. Cette année, ils collaborent à nouveau pour Lumínico qui sera présenté durant la 7e édition du festival Montréal/Nouvelles Musiques. Alejandro Escuer, de l’orchestre Onix qui présentera la pièce de la part du CMMAS, nous explique la structure du concert, la vision de l’orchestre mexicain et ses influences.

Escuer ne souhaitait pas faire un concert traditionnel où « l’orchestre joue une pièce d’à peu près une dizaine de minutes, l’orchestre s’arrête et la foule applaudit. Puis l’orchestre joue une autre pièce… » Lumínico, contrairement aux concerts traditionnels, est une trame sonore ininterrompue qui plonge l’auditoire dans un monde surréel, un état de méditation et une transe contemplative. Le concert est présenté en deux parties qui symbolisent chacune une représentation du monde. La première partie est plus contemplative, même s’il y a des moments plus intenses. Escuer jouera différents types de flûtes à travers le concert tel que la flûte traversière, la flûte alto, la flûte basse et la flûte contrebasse. Pour varier les sons, le CMMAS insère une pièce électro-acoustique en guise de pause. « J’aime les contrastes », dit Escuer. « 35 à 40 % du concert est composé d’improvisation. Je n’aime ni faire des concerts entièrement composés de pièces écrites, ni entièrement d’improvisation parce que je crois beaucoup à l’équilibre. Je crois beaucoup à mettre différentes visions ensemble, pas juste en terme de style, mais aussi en termes de manière de jouer.  Si on improvise devant un public, on joue très différemment que si on suit une partition et essaie de projeter l’idée du compositeur. Ce sont deux manières très différentes de jouer de la musique classique contemporaine, donc, pourquoi ne pas les harmoniser ? » Afin de créer ce monde surréel qu’est Lumínico, le CMMAS ajoute sa vision à la structure du concert.

En quoi consiste cette vision ? « Imaginez qu’il y aurait un cataclysme dans 500 ans qui détruit toute vie sur terre et qu’ils [les gens de l’avenir] veulent connaître les sons de notre époque », dit Escuer. « Dans Lumínico, à part jouer de la musique contemporaine classique traditionnelle, de la musique électro-acoustique et de l’art sonore, nous y incorporons des sons de machines, d’eau, d’air (…) des gens qui marchent, des gens qui parlent (…). » Bref, Escuer utilise des sons de la nature et du quotidien en milieu urbain pour créer sa musique. « Les sons qui font partie de notre culture font partie de ce que nous sommes et cela se reflète en quelque sorte, bien sûr, métaphoriquement, dans des contextes qui rendent ces sons plutôt expressifs. L’idée est de faire que ces sons nous fassent réfléchir, en tant que spectateurs, sur comment nous vivons, comment nous sommes contemporains aujourd’hui par le biais de la musique et du son. » Il croit aussi qu’il est artificiel de séparer l’image du son puisque dans la vie de tous les jours, image et sons ne sont pas séparés. « L’idée est de créer des liens entre ce que l’on entend avec les yeux et ce que l’on voit avec les oreilles ». Escuer crée des métaphores en manipulant les images et les sons afin de les rendre abstraits et leurs liens ambigus. « Ce genre de métaphore nous intéresse en ce qu’elle présente un fait important. L’ambiguïté est importante parce qu’elle permet aux spectateurs d’interpréter les pièces comme ils le veulent ». C’est grâce à ces métaphores ambiguës et abstraites que l’orchestre mexicain plongera le public dans ce monde contemplatif. Cette ambiguïté est toute aussi importante pour assurer une transition fluide entre les pièces diversifiées.

Certes, le CMMAS joue de la musique classique contemporaine et électroacoustique, mais il y intègre divers styles folkloriques comme la musique irlandaise, la musique indienne, la musique perse et la musique espagnole médiévale. « En raison de la mondialisation, les goûts du public sont plus raffinés en termes de connaissance de la musique du monde », dit Escuer pour expliquer son intérêt pour ces diverses influences. Grâce à ce collage de styles différents, le CMMAS crée une mosaïque de styles qui permet diverses manières « de voir le monde, de réfléchir sur le monde, d’apprécier le monde ».

Escuer a hâte de présenter  Lumínico  à Montréal : « nous aimons voyager à l’étranger parce que nous sommes un orchestre fièrement mexicain. Le Mexique est reconnu pour les arts visuels (…) et les écrivains, mais les musiciens contemporains mexicains sont moins connus. Nous sommes alors fiers de montrer que le Mexique a aussi une scène musicale contemporaine. Le partager est pour nous un privilège ». Espérons que Lumínico encourage plus de collaborations musicales entre le Mexique et le Canada.

Luminico sera présenté en deux parties à 21h et 23h le mercredi 4 mars 2015 à Montréal. Plus d’informations ici.

Site officiel de « Lumínico »

 

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Les heures qui résonnent, un assemblage subtil et virtuose

Tout ce qu’il faut de silence, de concentration et de spéculation en même temps pour arriver à cet équilibre extrêmement délicat : la création.  Serge Provost

Le Trio Fibonacci, à l’origine composé par la violoniste Julie-Anne Derome, du violoncelliste Gabriel Prynn, et du pianiste André Ristic a acquis une grande renommée internationale et a notamment remporté le prestigieux Prix Virginia-Parker par le Conseil des arts du Canada. Trio Fibonacci livre des interprétations brillantes et inspirées des  œuvres traditionnelles et de pointe de la musique contemporaine. Leurs tournées les ont conduits dans de nombreux pays ainsi que dans plusieurs festivals à travers le monde : Musica de Strasbourg (France), Huddersfield Contemporary Music Festival (UK ), Aldeburgh Festival de (Royaume-Uni), Ars Musica Festival (Belgique), Festival Ultraschall (Berlin) et le Festival CIMA en Toscane. Après avoir étudié auprès des plus grands maîtres, tels Menahem Pressler (Beaux Arts Trio) et le Quatuor Alban Berg le trio a crée de nombreuses pièces de compositeurs canadiens. C’est le cas du spectacle « Les heures qui résonnent » qui reprend plusieurs compositeurs actifs sur la scène canadienne, dans le cadre du festival Montréal/Nouvelles Musiques.

Le Trio Fibonacci a pensé aux différents environnements sonores qui peuvent exister à l’intérieur de chaque pièce et qui peuvent coexister entre elles. Bien que les univers soient différents, ils ont été retravaillés afin de mettre en lumière la diversité de leurs sources d’inspiration et de créer quelque chose d’homogène et de percutant.

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Parmi les compositeurs qui seront interprétés sur scène, il y a tout d’abord Allan Gordon Bell. Fasciné par le monde extérieur de son pays, il crée des bandes sonores à partir du paysage albertain. La beauté des paysages se retrouve dans sa pièce intitulée Phénomène (2010) et qui sera jouée par le trio. Il a créé des œuvres pour instruments solistes, ensembles de chambre, orchestre, bande, et les médias électroacoustiques ainsi que les scores pour les productions de danse contemporaine et un opéra. Sa musique a été interprétée par de nombreux orchestre ainsi que d’autres organisations professionnelles et amateurs en Amérique du Nord, Europe et Asie.

Spleen (2012) est composée par Analia Llugdar. Sa musique se caractérise par une recherche méticuleuse des sonorités et des harmonies. Analia Llugdar crée sur un fond de réflexion contemporaine avec laquelle, en orfèvre de sons, elle place en avant sa recherche de nouvelles sonorités, sa maîtrise des techniques instrumentales et l’éloquence de la forme. Chaque fois renouvelé, son intérêt pour la multiplicité des discours l’amène à créer des œuvres dans des contextes pluridisciplinaires, que ce soit autour de cultures aborigènes, d’une fable de Jean de La Fontaine, d’un essai radiophonique d’Antonin Artaud, d’un poème de Juan Gelman ou encore de l’actualité mondiale.

Laurie Radford compose de la musique pour des médias électroacoustiques ainsi que pour des ensembles vocaux et instrumentaux. Ses œuvres récentes embrassent des compositions acousmatiques, des pièces dans lesquelles intervient un traitement du signal sonore commandé par ordinateur et le contrôle d’événements en interaction avec les interprètes, et des compositions pour orchestre, musique de chambre et solistes. Le Trio Fibonacci va jouer sa pièce Tracking (2009)

Enfin, il y a la pièce de Serge Provost Les heures qui résonnent (2010) qui donne son nom au spectacle du Trio Fibonacci. Ce dernier est considéré comme l’un des compositeurs québécois les plus actifs de sa génération.Toujours à l’affût de l’évolution des courants de pensées dans divers domaines, il favorise dans son travail l’intégration des nouvelles technologies.

Le concert Les heures qui résonnent sera joué le 3 mars 2015 à la Chapelle historique du Bon-Pasteur. Plus d’informations sur le site du festival MNM

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Practices of Everyday Life | Cooking

Navid Navid Navab, le créateur

Pour cette 7ième édition du Festival Montréal/Nouvelles Musiques, le jeune compositeur et artiste multidisciplinaire – Navid Navab, partage avec son public une expérience sensorielle en élevant le concept de « cuisiner » à un niveau supérieur. A cette occasion, il introduit des sons organiques dans un processus de création lié aux nouvelle technologies. L’équipe, composée aussi de Tony Chong – le performeur, Jérôme Delapierre – à la vidéo ainsi que Michael Montanaro – à la mise en scène, sera au rendez-vous à l’Agora Hydro-Québec le lundi 2 Mars à 21h00.

_MG_6699 Tony Chong – Le performeur

Explorant les multiples facettes que nous offre la musique, Navid collabore depuis plusieurs années avec  Topological Media Lab afin d’explorer la fusion de plusieurs disciplines artistiques. Basé à l’Université Concordia, ce laboratoire s’appuie sur des études de phénoménologie pour nourrir la création d’environnement propices aux manifestations numériquement augmentées. C’est dans cette dynamique, que Navid nous livre 55 minutes d’approche métaphorique de ces gestes quotidiens par le biais d’un « concert culinaire ».

Le contexte sonore et visuel

Lors de la représentation, nous pouvons observer le chef /danseur évoluer dans un décor de cuisine – incluant des plaques de cuissons et un plan de travail. Derrière Tony Chong, une projection vidéo est diffusée en corrélation avec un fond sonore largement étudié – nous plongeant dans une atmosphère organique et poétique.

_MG_6682La prise de sons, produite par les mouvements du danseur et l’interaction des objets, résulte de divers procédés :placés sous le plan de travail ou sur un des couteaux, les microphones n’enregistrent pas les sons issus des vibrations de l’air mais capte celles-ci à travers la matière. La table ou la lame du couteau deviennent des instruments de musique à part entière. La gestuelle de Tony Chong est également sonorisée grâce à un capteur mis sur son bras et enregistre d’autres variations sonores. Navid a la possibilité d’orchestrer habilement tous ces éléments grâce à cette technique qu’il a imaginé. En manipulant les objets culinaires, il façonne une multitude de sons amplifiés, détournés et exclusifs.

Détournement de la fonction culinaire

Cette performance soutient un discours objectif de cette pratique usuelle. A travers ce spectacle, qu’il qualifie de « Théâtre multimodal », Navid nous donne différents mode d’interaction avec l’objet-même. Habituellement, lorsque nous utilisons ces ustensiles, ce sont pour des raisons utilitaires qui permettent de nous nourrir, donc de survivre. La fonction de cet ensemble de gestes est détournée pour donner un sens plus poétique ce qui amène le spectateur à se repositionner par rapport aux éléments naturels et organiques.

Le compositeur explore la fusion de plusieurs disciplines artistiques ainsi que philosophique et développe une alchimie sensorielle afin de transformer la routine en événements extraordinaire via des manifestations numériquement augmentées. Le principe est de fusionner les matériaux avec la technologie pour les transformer en instruments de musique expressifs et très nuancés. Par exemple, une aubergine devient une basse Tabla, les oignons s’expriment de diverses façons selon la manière dont le chef va les découper et le mortier se transforme en un synthétiseur sauvage.

Navid se base sur une expérience auditive qui se réapproprie la fonction de  base et amène l’auditoire à se construire son opinion personnelle. En s’éloignant de la représentation des gestes domestiques, Practices of everyday life | Cooking crée une nouvelle connexion avec l’environnement qui n’est plus de l’ordre de l’utilitaire.

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Chaque effet sonore est accompagné d’une vidéo projetée derrière le cuisinier.

 

Composition d’une relation entre le mouvement et l’objet

Le chef produit des gestes ordinaires et improvise tandis que Navid a programmé les corrélations  entre la façon dont l’objet est manipulé et le son qu’il va émettre. Les caractéristiques du son sonts pré-composées au sein d’une structure de composition plus large. Dans cette configuration, il existe une panoplie infinie de sons que l’objet peut produire à partir de cette gestuelle.

La chorégraphie garde l’énergie du direct car il est possible que l’objet provoque une sonorité qui résulte du hasard. Si le son qui émane d’une succession de gestes est soumis au hasard, il est important de se demander si c’est le chef qui crée cet effet sonore ou si c’est l’objet lui même. La barrière entre le performeur et le performé devient diffuse ce qui remet en question la notion de technologie – car ce principe n’est pas issue des caractéristiques mathématiques.

Ce ballet pluri-sensoriel est une invitation au questionnement du statut des éléments naturels dans nos pratiques quotidiennes et des nouvelles technologies dans le concept de création. Ainsi, Navid Navab invite l’auditoire à oublier sa propre expérience de la « cuisine » pour le guider vers une nouvelle trajectoire – en faisant l’emphase sur l’imperceptible devenu enfin palpable.

Entrevue: Diane Martin-Graser

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