Archives de Catégorie: Critique de concerts

Joyeux anniversaire, M. Les Paul

Pour clore le festival MNM 2015, Tim Brady a présenté sa composition 100 Very Good Reasons Why___, un hommage à Lester Polfuss (alias Les Paul), guitariste de jazz et pionnier de la guitare électrique, pour son 100e anniversaire de naissance.

Cette pièce écrite pour pas moins de 100 guitares électriques ne pouvait qu’être présentée au complexe Desjardins. L’orchestre présentait plusieurs représentations le samedi 7 mars entre 15 h et 17 h. D’où est venue cette idée d’écrire une telle pièce ?

La première source d’inspiration de Brady pour l’écriture de cette pièce est son intérêt pour la surimposition sonore et l’enregistrement multipiste. La deuxième est une commande qu’il a composée en 2002 pour « le Festival international les Coups de théâtre », Twenty Quarter Inch Jacks : « J’ai eu beaucoup de plaisir à travailler avec 20 guitares électriques. Je me disais « Si 20 guitares électriques marchent bien, peut-être 100 guitares électriques seront cinq fois mieux » ». Le résultat était spectaculaire.

L’orchestre était divisé en quatre : 25 guitaristes placés autour de la fontaine, dans les quatre coins de la place. Tim Brady dirigeait une section pendant que trois autres chefs d’orchestre dirigeaient les autres. Des micros étaient perchés sur des supports devant chaque groupe de guitaristes et des haut-parleurs étaient accrochés aux colonnes autour de l’orchestre. J’étais arrivé juste à temps pour la dernière représentation de la journée. Les guitaristes prenaient leur dernière pause. Ils possédaient toutes sortes de guitares : des modèles à caisse pleine, semi-acoustique, de collection, des éditions rares, des modèles anciens, des répliques d’instruments de guitaristes célèbres et même des modèles japonais. Bref, de quoi impressionner un collectionneur ! Il y a dû en avoir puisque certains passants profitaient de cette dernière pause pour poser des questions aux fiers propriétaires de pièces rares. Les guitaristes étaient équipés d’amplificateurs de 30 watts à 50 watts. La plupart étaient des amplificateurs à transistors, mais les amplificateurs à lampes, beaucoup plus puissants, n’enterraient pas ces derniers.

« La prochaine représentation sera dans sept minutes ! », dit Brady en passant devant les diverses sections.

Aussitôt que les sept minutes se sont écoulées, les membres de la section de Brady ont gratté avec leurs ongles les cordes de leurs guitares et les ont frottées avec leurs plectres et les paumes de leurs mains. Cette introduction rappelait les cacophonies que produisent les groupes rock pour conclure leurs concerts, mais sans distorsion. Cependant, le son des guitares n’était pas énormément modifié : la composition de Brady et le complexe Desjardins ont fait le travail des pédales d’effets pour reconstituer le son de la guitare de l’inventeur défunt.

Brady a ensuite donné le signal à sa section d’arrêter brusquement. Aussitôt, la section en face de lui joua la même chose. Les autres sections ont fait de même, ce qui a produit un effet rappelant une pédale de délai. Faire le tour de la fontaine pour voir les autres sections était difficile à cause des passants qui bloquaient le chemin avec leurs bras tendus tenant des téléphones mobiles pour filmer le concert. La disposition de l’orchestre et des haut-parleurs créaient un effet panoramique et le son était différent selon où on se tenait. La hauteur du plafond créait des réverbérations naturelles, donc pas besoin de pédales. Les effets d’ambiances, la surimposition de parties de guitares, le son des cordes de métal, toutes les choses pour lesquelles Les Paul étaient célèbres se sont fusionnées pour créer un mastodonte fantomatique planant au-dessus des spectateurs. La présence du regretté guitariste s’est fait sentir. Bref, cette soirée-là, le génie de Brady a invoqué Les Paul sans dépendre de la technologie.

Cependant, cet hommage de Tim Brady n’était ni une pièce bruitiste, ni une expérimentation avec des textures sonores. La pièce contenait beaucoup de mélodies jouées en harmonie et même, certaines lignes mélodiques au son cristallin, comme dans les solos de Les Paul. Les guitaristes faisaient couler les mélodies grâce à leur phrasé fluide. Plus tard, la section de Brady a produit un effet chantant grâce à une technique blues : le jeu du goulot ou slide guitar, qui consiste à frotter un goulot de bouteille ou un tube en nickel, en verre ou en laiton sur les cordes. Brady n’a pas oublié les nuances dans sa pièce. L’orchestre, à travers la dernière partie de la pièce, passait par toutes les nuances de forte à piano subitement. La conclusion était abrupte. Une salve d’applaudissements a suivi. « C’était les cent guitares ! » dit Brady en présentant l’orchestre. Pour le remercier, un des guitaristes ajouta de la distorsion au son de sa guitare et a joué une progression d’accords souvent joué par des débutants pour épater leurs copains. Brady a ensuite hurlé, sourire aux lèvres : « Non ! Non ! Non ! C’est fini ! No Stairway to Heaven ! ».

Brady démontre une fois de plus, comme l’avait fait Les Paul, ce qu’on peut faire avec une guitare électrique. Le compositeur-guitariste avait bien raison : cinq fois plus de guitares quintuple le plaisir. Que dire de plus quand chacun joue comme le créateur de la guitare la plus célèbre au monde ! Mais Brady nous a réservé 100 Very Good Reasons Why___ beaucoup plus de surprises comme un large éventail de techniques que Les Paul a popularisé et même une touche d’humour. Dans son dernier entretien avec la SMCQ, Brady a annoncé que son prochain album, qui sortira cette année, contiendra The Same River Twice Symphony # 5.0. Si 100 Very Good Reasons Why___ ne paraît pas aussi sur l’album, cela sera bien dommage !

Si vous aviez manqué le spectacle, pour vous faire une idée de la pièce, imaginez un croisement entre Twenty Quarter Inch Jacks et ce solo de Les Paul. 

 

 

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L’origine des premières lueurs : un entretien avec Yannick Plamondon

Billet en main, je me dirigeais vers la salle Tana Schulich pour assister au spectacle Molinari Branché !,  concert où  le Quatuor Molinari, accompagné de compositeurs se servant d’ordinateurs, jouerait des pièces contemporaines mariant musique de quatuor à cordes et sons électroniques. Le concert était précédé d’une discussion avec les compositeurs. Le directeur artistique de la SMCQ, Walter Boudreau, invita sur scène Laurie Radford, auteur de Twenty Windows, Yannick Plamondon, auteur de Aux premières lueurs, et John Rea, qui présenterait String Quartet no ̊4 du compositeur défunt Jonathan Harvey. Les compositeurs ont mis en contexte leurs pièces respectives et ont parlé de leurs inspirations. Quand  le tour de Yannick Plamondon est arrivé, il a raconté comment il avait été frappé par la beauté et la pâleur des couleurs diluées à l’eau des toiles du peintre abstrait québécois, Fernand Leduc. Plamondon continuait en expliquant que, puisque la couleur est produite par des ondes, tout comme les sons, il avait essayé de reproduire les couleurs de Leduc en musique. Ensuite, il a fait des liens entre la tradition et la modernité, la musique et la peinture, le passé et le présent, et l’art et la science.

Le Quatuor  Molinari a joué avec émotion et a interprété avec intensité les trois pièces. Pendant que le quatuor enchantait la foule à l’aide de ses archets, des bruits irréels produits par les ordinateurs venaient tantôt du plafond, tantôt du fond de la salle, parfois de la gauche et parfois de la droite.

Afin de me permettre de mieux plonger dans son œuvre et comprendre pourquoi il a fait allusion à tant de sujets variés pour expliquer Aux premières lueurs, Yannick Plamondon a eu la gentillesse de développer ses explications après le concert :

Même si la modernité est parfois comprise comme étant une rupture avec le passé et la tradition, la vision de Yannick Plamondon de ces opposés apparents remet en question les idées préconçues. Il admire la liberté avec laquelle les artistes d’art visuel moderne comme les plasticiens, le mouvement d’art abstrait contemporain dont Fernand Leduc faisait partie et le sculpteur David Atmedj, produisaient leurs œuvres. L’art visuel contemporain a dépassé, selon Plamondon, les questions clichées autour de l’art moderne et postmoderne telles « qu’est-ce que qui peut-être considéré comme une œuvre d’art et qu’est-ce qui ne l’est pas ? ». Il admire la facilité avec laquelle les artistes visuels peuvent rompre avec les clichés et les idées préconçues. Bien entendu, cette facilité vient du fait que cette rupture avec l’Histoire traditionnelle de l’art s’est produite dans l’art visuel beaucoup plus tôt que dans la musique. Pour cette dernière, la modernité est reflétée par l’atonalisme, la rupture de la forme et du temps. Ce désir de rompre avec les conventions n’est pas un refus total de la tradition. Après tout, Plamondon veut que son œuvre s’inscrive dans la tradition des plasticiens. De plus, sa vision de l’Histoire est plutôt relativiste : selon lui, il n’y a pas une seule Histoire, mais « des Histoires », c’est-à-dire, un nombre de traditions plutôt qu’une seule version de l’Histoire, celle qui est communément acceptée. Suivre une Histoire ou une tradition est pour Plamondon aussi une profonde recherche d’identité que les artistes doivent faire pour se définir. Une des difficultés, selon lui, est de faire cette recherche sans se perdre, car le Québec, sa province natale, est entré tard dans la modernité et a importé la culture européenne. « J’aime plus me définir dans un paradigme nord-américain qu’européen en général (…). On est francophone, mais curieusement, mes références sont beaucoup plus Nord-Américaines (…) ».  Il reconnaît qu’une partie de la culture québécoise est importée de l’Europe, mais s’inscrire dans la tradition européenne est accepter une forme de colonialisme.

Mais, cette recherche n’est pas sans péril : il est possible de s’y perdre. Yannick Plamondon craint de se tromper dans cette recherche identitaire liée à la tradition et les Histoires, cette recherche de vérité. Ce qui est certain est que, musicalement, il se distingue par l’utilisation du lyrisme comme structure pour ses pièces qui s’inscrit dans une réflexion complexe sur le son et la modernité. Il se considère dans « les Histoires », car même s’il écrit de la musique classique contemporaine, le lyrisme de ses compositions, qui peuvent rappeler l’ère romantique ou la musique populaire, montre une rupture avec les éléments clés de la musique classique contemporaine. Toutefois, il trouve que la modernité, cette rupture avec l’histoire, n’est pas souhaitable, mais fait tout de même partie de l’Histoire. Aucun mouvement politique ou artistique ne s’inscrit dans un vide. Il propose de comprendre l’Histoire toute en développant une liberté par rapport à celle-ci. Yannick Plamondon, aussi professeur de musique au Conservatoire de Québec, espère encourager ses étudiants et son public à mettre fin aux tabous et normes stylistique comme l’ont fait ses artistes préférés sans ignorer l’Histoire.

La tradition sous-entend la préservation, mais Yannick Plamondon trouve que préserver à tout prix une œuvre d’un compositeur vivant risque de présenter « la musique des compositeurs vivants comme s’ils étaient morts ». Il pense que « Le concert de musique nouvelle est tout sauf muséal. Ce n’est pas une activité de conservation : c’est une activité de création ». Ainsi une pièce peut changer et évoluer comme les êtres vivants et donc conserver une pièce d’un compositeur vivant, un compositeur en mesure de modifier une pièce, est absurde. Yannick Plamondon est en dialogue constant avec ses œuvres, même Aux premières lueurs : « Même encore la nuit passée je travaillais encore dessus ». La théorie de la conservation s’applique aux pièces des compositeurs morts. Yannick Plamondon cite en exemple l’interprétation de String Quartet no ̊4 de Jonathan Harvey. Un technicien équipé de spacialisateurs, d’une tablette et d’un ordinateur interprétait la partie électronique et réglait les machines afin qu’elles produisent les sons aux bons moments. Sur l’écran, des cercles bougeaient dans les cases ; ces cercles étaient des mouvements de Jonathan Harvey enregistrés dans le logiciel. « Je voyais l’artefact du mouvement de Jonathan Harvey enregistré. », dit Plamondon en regardant l’installation du technicien, « Je peux encore voir ses mains. »

L’ordinateur créait toutes sortes de sons rappelant des ambiances. J’avais l’impression d’être dans un film de science-fiction, tantôt sur une montagne et plus tard, sous la mer. Comment a-t-il fait pour que ces sons cadrent si bien avec la pièce ?

Tout d’abord, il ne s’agissait pas de la mer, ni du vent, ni d’extra-terrestres. Plamondon a fait une synthèse du bruit blanc, une addition de beaucoup de sonorités, aux ondes sonores sinusoïdales, le son pur sans harmoniques, le son le plus fondamental. En travaillant ces ondes sonores, il peut produire une variété de timbres. Il a ensuite souri en soulignant que d’autres spectateurs ont prétendu avoir entendu des flûtes et des cloches.  Il y a, en effet, une ressemblance entre le son pur et les cloches, car les ondes qu’elles produisent sont aussi sinusoïdales, mais les impressions des spectateurs sont ce que Plamondon nomme des « illusions cognitives », ce qui est différent des « trompe-l’oreille » utilisés par John Rea dans Vanishing Point. Cette illusion est causée par les associations que les spectateurs ont faites entre les sons entendus et des sons qu’ils connaissaient tandis que les « trompe-l’oreille » de John Rea sont des illusions auditives causées par les limitations du système auditif de l’être humain. Plamondon n’a jamais créé ces sonorités évocatrices dans le but de reproduire des sons bien connus. L’interprétation des spectateurs est l’association qu’ils font entre les sonorités de l’ordinateur et des sons qu’ils connaissent et l’état d’esprit dans lequel le jeu du Quatuor Molinari les a mis. Mais quelle était l’intention de Plamondon en utilisant ces sons ? Susciter chez le public un état émotif et des images vives pendant qu’ils écoutent la pièce. (12:47 à 14:24 L’aspect informatique et l’avenir de la pièce).

Même s’il fait des liens entre sa pièce et différentes formes d’art et les sciences, Plamondon ne trouve pas qu’il est forcément nécessaire de faire ce genre d’association. Il se garde d’en faire, car il est possible de donner à des œuvres des significations qu’elles n’ont jamais eues.  « Faire de la musique est un processus complexe », dit Plamondon. « On s’égare un peu quand on essaie d’amener les gens dans notre établi face à des problèmes ». Il faut se garder de faire des associations entre des choses qui  n’ont pas forcément de liens entre elles. Même si Plamondon fait allusion aux sciences, son œuvre est plus poétique que scientifique.

Aux première lueurs, est une pièce qui s’inscrit dans la tradition de l’art contemporain sans en être esclave. Elle reflète la pensée, l’identité, les influences et la quête de son auteur. Il a réussi à mettre en pratique la liberté avec laquelle ses peintres préférés créaient leurs toiles. Fernand Leduc aurait probablement apprécié  cet hommage musical.

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Bienvenue à notre nouvelle blogueuse!

Nous sommes heureux de vous présenter notre nouvelle blogueuse Laurence Perreault-Rousseau qui partagera dorénavant avec vous son incursion dans le monde de la musique contemporaine par de petites entrevues avec nos artistes, des retours et des commentaires sur les concerts.
 
Petite histoire d’un heureux hasard…

« C’est au mois de mai 2012 que tout a commencé :  la SMCQ cherchait des bénévoles alors je proposai  mon aide. Je connaissais peu le domaine musical mais je savais que je me plairais car cela me permettrait de contribuer à une mission que je trouve importante. La communicatrice en moi était enthousiaste à l’idée de devoir trouver les arguments pour convaincre les gens de s’intéresser plus largement à cette musique si riche et pourtant trop peu connue. 

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Laurence Perreault-Rousseau, notre nouvelle blogueuse

Ma vie a été bercée par la culture; la musique (tous styles confondus) a  toujours résonné chez nous. Ceci amenant cela, j’ai développé ouverture et curiosité. Par contre, la musique contemporaine m’intimidait. Elle me semblait complexe voire inaccessible. Jusqu’au jour où j’ai fait une entrevue avec Denis Marleau pour parler de la Série hommage à Denis Gougeon. Soucieuse de réaliser ce mandat de bonne façon, je me suis fait un devoir d’écouter des œuvres de M. Gougeon. Un enchantement ! Un harmonieux mélange de sensibilité et d’intelligence. Une qualité inestimable pour un créateur. Écrire ce blogue va me permettre de partager avec vous mes émerveillements face à cette musique que je découvre. Et je serai heureuse que nous échangions sur les spectacles à venir.  

Je parle de Gougeon car il est à la source de mon désir d’apprivoiser la musique contemporaine,  mais j’ai assisté à plusieurs concerts depuis ce moment et j’ai eu le plaisir de découvrir toute la richesse que renferment d’autres musiques d’aujourd’hui. 

Même si je n’ai pas pu assister à tous les événements de la Série hommage, quelques-uns me paraissaient incontournables : parmi eux il y avait le concert Six thèmes solaires présenté récemment à la salle Pierre-Mercure. Dans cette œuvre phare du compositeur, chaque mouvement est inspiré d’une planète différente, représenté par un instrument qui lui est associé. En quelques mots, il en ressort que Gougeon a su toucher l’essence de la vie de ces astres avec finesse, profondeur mélodique et une grande virtuosité. Nous étions transportés dans la voie lactée.  La semaine suivante, j’ai assisté au concert Denis Gougeon et la guitare présenté en partenariat avec le Festival  et concours de guitare classique de Montréal. Entendre des œuvres contemporaines mais aussi  baroques avec cet instrument d’une grande beauté mais si simple à la fois fût totalement méditatif. »

« 4 jeux à 5 », à nouveau

IMG_6944 - CopieLe Conservatoire de musique de Montréal accueille la deuxième édition des Journées des vents, un festival de quintette à vent conçu par le groupe Pentaèdre. Cette semaine, nous nous sommes rendu au Conservatoire pour écouter le hautboïste Normand Forget, le corniste Louis-Philippe Marsolais, la flûtiste Danièle Bourget, le bassoniste Mathieu Lussier et le clarinettiste Martin Carpentier.

Une scène complètement nue mettait l’accent sur les cinq musiciens, qui sont restés debout pendant tout le concert. Le quintette a commencé son récital avec un compositeur d’aujourd’hui peu entendu dans les salles de concerts, August Klughardt, qui fait partie de la « nouvelle école allemande » et qui a écrit le Quintette op.70, une œuvre plus proche de Brahms ou Mendelssohn que des rhapsodistes qui l’ont inspiré pendant sa jeunesse.  La délicatesse de la sonorité et la technique si précise des interprètes donnent l’impression à l’auditeur que tout ce qu’ils jouent est facile.

Le concert a continué avec une transcription pour quintette à vent de Geoffrey Emerson du Quatuor Les Dissonances KV 465 de W.A. Mozart, qui est une preuve de sa vénération pour Haydn. En fait, les premières phrases de cette pièce, pleines de dissonances, ne laissent pas reconnaître le compositeur. L’expressivité et l’exécution des nuances ont marqué l’interprétation de cette série de six quatuors que Mozart a dédiés à Haydn à la suite d’un choc après avoir écouté ses quatuors les plus récents.

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Finalement, l’ensemble a rendu hommage à Denis Gougeon en jouant l’œuvre 4 jeux à 5, qui avait aussi été interprétée la semaine dernière par Pronto Musica. Cette pièce, qui assemble les techniques d’imitation, de miroir, d’inversion et de vitesse dans le premier mouvement et qui offre des solos à tous les instrumentistes dans le quatrième mouvement, a été délicatement et délicieusement interprétée par le quintette, en présence du compositeur. L’interprétation de Pentaèdre fut d’une sensibilité suprême, tout en ayant la force et l’énergie qu’exige la musique de Gougeon.

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N’oublions pas non plus la jeune corniste participant au concours Pentaèdre pour jeunes musiciens qui fut invitée – spécialement à la demande du jury pour sa grande musicalité – à jouer la pièce Cor-Jupiter, des Six thèmes solaires de Denis Gougeon.

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LE PUBLIC, PLUS QU’UN AUDITEUR

La semaine dernière nous vous avons présenté l’œuvre Le téléphone bien tempéré, une proposition de Walter Boudreau et Yves Daoust inspirée du premier Prélude et Fugue du Clavier bien tempéré de J.S. Bach. Nous vous avions aussi parlé, il y a quelques mois, du musicolateur, un nouvel instrument qui permet de faire des modulations sonores à partir de sons préenregistrés.

Et bien, pendant la soirée bénéfice de la Société de musique contemporaine de Québec de jeudi dernier, nous avons eu l’occasion d’écouter les deux phénomènes et j’aimerais partager avec vous quelques réflexions sur l’importance de l’écoute active et l’interaction du public avec la musique, particulièrement en musique contemporaine.

La participation du public n’est pas seulement une manière d’attirer les gens vers la musique contemporaine, mais aussi une manière de développer l’imagination et la créativité de ces gens, même s’ils ne sont pas musiciens. C’est le cas du musicolateur. Jeunes et vieux, expérimentés et novices, tous ont pu faire de la musique, leur propre musique. De plus, avec le musicolateur  ils ont eu l’expérience de partager leur musique avec d’autres personnes parce que c’est un instrument conçu surtout pour jouer en groupe.

Le musicolateur a une nouvelle version pour l'iPad.

Le musicolateur a une nouvelle version pour iPad.

La nouveauté de la soirée a été la version pour iPad du musicolateur, un pas en avant dans l’évolution de cet instrument innovateur. Le créateur du musicolateur, le compositeur québécois Yves Daoust, a dirigé huit étudiants de cinquième année qui ont montré la grandeur et les possibilités infinies de l’instrument.

Le téléphone bien tempéré, pièce de résistance de la soirée, faisait aussi participer le public, accompagné de son cellulaire comme nouveau sujet sonore.

Le public fait partie de l'œuvre Le téléphone bien tempéré pendant le soirée bénéfice de la SMCQ.

Le public fait partie de l’œuvre Le téléphone bien tempéré pendant le soirée bénéfice de la SMCQ.

Ici, le son électronique du cellulaire est aussi important que son silence. Les deux créateurs ont composé cette pièce  grâce à l’intervention de la sonnerie moderne, mais aussi grâce à l’existence de l’œuvre de Bach, qui est également importante. C’est pour cette raison qu’écouter activement et suivre les indications du chef d’orchestre sont des actions vitales. Il faut que le cellulaire sonne, mais il faut aussi que Bach sonne. C’est pour ça que l’œuvre marche si bien.

Ainsi, la musique a besoin du public, et le public devient plus qu’un auditeur.

[Les écoles sont invitées à faire des ateliers avec le musicolateur.]

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4:33

La semaine dernière, j’écoutais pour la première fois 4:33 de John Cage. Ma réaction première fut la colère. Celle de me dire qu’il était impensable d’oser présenter une telle création à un public. J’ai trouvé obscène l’argent qui y a été dépensé, arrogant d’y impliquer un orchestre et prétentieux que le public puisse applaudir.

quatre minutes trente trois

Cliquez pour visionner le concert

Alors j’ai lancé le débat avec mes amis et l’une d’entre eux a écrit ceci : « Le vrai silence n’existe pas, et c’est que John Cage expérimente ici. Pendant que tu écoutes ce « silence », tu prends soudain conscience de tous les sons qui t’entourent. Et la salle de concert amplifie encore plus ta propre réalité physique. C’est à la fois étrange et intéressant. »

J’ai beaucoup aimé ce qu’elle a écrit et cela m’a incité à me renseigner sur cette pièce si particulière. J’ai appris que John Cage à tout d’abord commencé cette expérience à Harvard, dans une salle absorbant les sons, ne laissant place à aucun écho. Seulement, il dit avoir entendu deux sons : un haut, un bas. L’ingénieur de la salle lui expliqua alors que le premier était son système nerveux et le second la circulation de son sang.

John Cage a alors voulu faire comprendre au public que la musique ne s’arrête jamais, qu’elle continuera même après sa mort. C’est cette impossibilité du silence l’a mené à créer 4:33.

Ainsi, après avoir eu ces explications sur ce que je qualifie de portée philosophique de l’œuvre, je comprends pourquoi cette pièce a été créée. L’expérience et le cheminent de pensée du compositeur est aussi bien poétique que scientifique.

Mais des questions se soulèvent encore en moi : le bruit, aussi omniprésent qu’il soit, est-il musique (j’y consacrai un article la semaine prochaine) ? N’est-ce pas une expérience qui doit rester personnelle ? Peut-on la partager ?

Je persiste à trouver l’expérience collective absurde et non pertinente. Je reste également persuadée que la renommée du compositeur est la quasi unique raison pour laquelle des gens et l’orchestre se sont déplacés. Cette pièce est pour moi la limite de ce que l’on peut proposer et qualifier de musique.

J’exprime mon opinion strictement personnelle ici et j’aimerais vraiment lire ce que vous en pensez et connaître votre ressenti sur cette pièce. N’hésitez donc pas à commenter ! 

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Montréal/Nouvelles Critiques

Aujourd’hui, je vous propose une sélection d’extraits des critiques de concerts des cinq participants au concours organisé main dans la main par l’OICRM et le festival MNM. Vous pouvez consulter le site de l’OICRM pour lire les critiques au complet.

Exotica – Sixtrum : quand l’occidental s’essaie à l’exotisme – Emmanuelle Piedboeuf

« Le reste du concert me fit alterner entre des moments de pur bonheur et de déception. Je dois souligner que j’ai vraiment apprécié le choix des instruments, puisqu’il est à la discrétion des exécutants, et la façon dont Sixtrum les a mis en opposition. Tantôt on visitait une région du monde – comme c’était le cas lors d’un duo déchaîné de percussions asiatiques – tantôt Sixtrum avait plutôt opposé deux cultures. Dans tous les cas, l’instrumentarium couvert pendant la soirée et la façon de le mettre en valeur fut époustouflant. » 

La critique au complet ici.

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Babaloune Une nouvelle voix pour la baleine écolo – par Federico Lazzaro

J’avais une petite crainte. Que la baleine Babaloune parle à la manière d’une institutrice, avec cette fastidieuse attitude pédagogique poussée caractérisant trop souvent les spectacles jeunesse qui veulent se donner un statut plus sérieux qu’un divertissement. Bref, je craignais cette attitude paternaliste selon laquelle il faut d’abord éduquer la jeunesse, plutôt que la charmer; inquiétude encouragée par la description du spectacle : la baleine Babaloune « nous parle de poissons vieux comme le monde, de plancton, d’oxygène, de survie… ».

La critique au complet ici.

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Petit monde cruel… Le petit monde cruel de Bouchard : Saisissant! – par Marc-Antoine Boutin

 « Tel un poème, l’œuvre est un collage de scènes, une juxtaposition de fragments musicaux et de citations. Les vers, récités par les musiciens/acteurs, s’enchaînent et se répètent mais sont toujours reflétées d’une émotion et d’un rythme différent. La vie est un assemblage d’événements qui sont vécus selon un contexte bien précis et chaque spectateur vivra ces scènes d’une façon différente […]».

La critique au complet ici.

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L’enfant des glaces – Lyrisme ou électronisme? – par Christophe Godon

« La voix étant un son tellement reconnaissable pour l’oreille humaine, son épaississement et sa transformation à l’aide de l’ordinateur crée un espace nouveau pour l’implication des technologies dans la composition musicale et dans la conception d’un opéra. Le jeu des interprètes était sans faille. »

La critique au complet ici.

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Fujii percussion and voices – Percussions japonaises au concert the Fujiis & Friends – par Paul Bazin

« […] la pièce Seasons de Toru Takemitsu est caractérisée par une imprévisibilité des événements que l’improvisation guidée produit. La spatialisation de cette pièce enveloppe les auditeurs dans un monde où les interventions sonores sont liées entre elles par une quiétude silencieuse. Les instruments à hauteurs définies alternent avec de simples bruits, certains sons résonnent alors que d’autres sont extrêmement secs, et les sensations aériennes alternent avec d’autres qui sont davantage aqueuses. Seasons est une méditation où chaque son doit être goûté pour et en lui-même. »

La critique au complet ici.

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Quelle est votre critique préférée ?

Le festival international Montréal/Nouvelles Musiques (MNM) et l’Observatoire interdisciplinaire de création et de recherche en musique (OICRM) se sont associés pour lancer le concours de critique musicale Montréal/Nouvelles Critiques. Ce concours, ouvert aux étudiants en musique des Université de Montréal,  Université McGill, Université du Québec à Montréal, Université Concordia, Université Laval et Université de Sherbrooke (tous programmes et niveaux d’étude confondus), invitait les candidats à soumettre des critiques de concerts présentés dans le cadre du Festival MNM du 21 février au 3 mars 2013. Les participants devaient proposer jusqu’à 2 textes d’une longueur de 1000 mots au plus et ce, dans un délai de 24 heures suivant la tenue du concert en question.

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Quand on part, tout redevient possible

18 ans d’existence…et de complicité. Les camarades de classe qui ont formé Quasar retrouvent leur province originelle après une tournée internationale. Le 7 avril prochain, ils débarquent à Montréal avec l’Océantume, une œuvre musicale de Luc Marcel et inspirée de l’ouvrage de Réjean Ducharme.

 Quasar l'océantume

L’ histoire – Tout d’abord, permettez-moi de vous offrir une mise en contexte. Le livre l’Océantume nous conte une histoire d’amitié entre deux adolescentes, Iode et Asie. Accompagnées du frère handicapé d’Iode,  les deux amies au caractère si différent s’évadent dans un imaginaire étrange pour échapper à leur tragique réalité. De leur province du Québec, elles souhaitent descendre le littoral jusqu’à la Terre de feu. Une douce morale ponctuée d’humour et de poésie ressort de l’histoire et nous fait comprendre qu’il n’est pas si facile de partir vers l’inconnu…

L’interprétation de Quasar – Il me semble important de retracer ce fil conducteur de l’œuvre pour mieux appréhender l’interprétation de Luc Marcel, jouée par Quasar. Car il faut être clair, il n’est pas question ici de mise en scène théâtrale ou de lecture chantée. De façon très originale, un extrait du texte est traduit de telle manière que chaque mot, phrase ou expression a une interprétation rythmique et mélodique. Par exemple, si un des personnages est « affolé », la musique rendra compte de cet état en jouant une musique au même caractère. De plus, les deux amies se verront offrir une voix par le saxophone et le chant (la soprano Jacinthe Thibault).

L’écriture de Luc Marcel – D’un point de vue plus technique, cette œuvre offre un véritable défi aux musiciens : l’écriture est dense et allie des musiques tonales et atonales. Luc Marcel dont la source d’inspiration réside dans le besoin d’expression et de communication d’énergie, a fait preuve de démesure !

Marins, embarquez avec nous sur cette mer agitée et n’ayez pas peur de la houle !

Ecoutez le tout nouvel extrait sur notre site internet : ici.

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Traqué sans relâche

Mes attentes ont été comblées ! Ce matin, j’ai eu la grande chance d’assister à la répétition générale du Concerto de l’asile ! Quelle expérience ! Je n’en suis pas ressortie indemne et je vous raconte ici pourquoi…

 

Le thème, entêtant, nous traque sans relâche. On tente d’y échapper car il saurait nous faire découvrir une vérité que l’on veut garder enfouie. Mais notre course est vaine, il nous rattrapera tôt ou tard, c’est inévitable.

L’énergie puissante et grandiose qui se dégage de l’orchestre accompagne à la perfection le piano (Alain Lefèvre, époustouflant !). Tels des personnages qui suivent le héros d’une histoire ¬ la nôtre ¬ et qui interviennent l’un après l’autre, les violons, les hautbois, les clarinettes, les cloches tubulaires et les harpes nous font évoluer dans des mondes imaginaires. Ces univers incontrôlables se forment de couleurs qui reflètent nos émotions et nous font découvrir une personne que l’on ne connaissait pas jusqu’alors. Chacune de nos cellules a été bousculée, le plus profond de nous-même est bouleversé.

Tantôt apaisant, tantôt attelant, le rythme nous prend par la main et nous entraîne avec lui dans la folie de notre psychisme.

 

Puis tout à coup, plus rien. On nous extrait soudainement du rêve dans lequel nous nous étions plongés. Le réveil est difficile, abrupt. Les applaudissements nous étourdissent, les lumières de la salle extraordinaire de l’OSM nous éblouissent…Que s’est-il passé ?

Le souffle court, la musique est entrée au plus profond de nous-même.

 

À tous ceux qui ont assisté au concert, partagez-nous votre expérience !

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Un plus un est égal à trois

Mon premier est le compositeur Walter Boudreau

Mon second est le pianiste-interprète Alain Lefèvre

Mon tout est une création originale qui sera jouée le 15 et 16 janvier 2013 à l’OSM

Je suis… Le Concerto de l’asile

 

Comme vous, je n’ai pu écouter qu’un extrait du Concerto. Cependant, dès les premières notes, je me suis plongée dans une histoire, comme celle que nos parents ont pu nous raconter dans notre enfance. La mélodie et le rythme m’ont rappelé leurs voix qui nous guidaient au fil d’un conte au monde imaginaire. Cet effet n’est pas surprenant quand on sait que le thème du Concerto de l’asile est né au théâtre dans la pièce L’Asile de la pureté de Claude Gauvreau. La sensation voluptueuse et aérienne qui se dégage de l’œuvre, pourtant dramatique, offre une sensation extraordinaire d’évasion. J’ai hâte de découvrir la suite de cette histoire et de me laisser porter par la magie qu’a à nous offrir le Concerto de l’asile…

…Et vous, que vous a évoqué l’extrait du Concerto de l’asile que l’on entend à la fin de l’entrevue de Walter Boudreau et Alain Lefèvre ?

 

Walter Boudreau et Alain Lefèvre

Walter Boudreau et Alain Lefèvre

 

Bonne année à toutes et à tous, que votre année soit remplie de bonne musique !

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