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Une étude complète de la guitare de Tim Brady

De la guitare électrique au festival Montréal/Nouvelles Musiques ? C’est sûr ! Ne vous attendez ni à un concert rock, ni pop, ni de composition classique contemporaine, ni heavy métal, ni jazz de la part de Tim Brady : il les mélange tous. Le guitariste montréalais présentera au festival MNM Freebirds de Jean Piché. Qui est Tim Brady ? Quelles sont ses racines musicales ? Comment a-t-il trouvé son son distinctif ?

L’aventure musicale de Tim Brady commence avec son groupe préféré dans sa jeunesse, les Beatles, formation musicale qu’il écoute encore aujourd’hui. Il s’inspire aussi du guitariste folk Gordon Lightfoot, mais son guitariste préféré demeure l’ancien chef du Allman Brother’s Band, Duane Allman. Ce n’est pas parce que Brady compose de la musique classique contemporaine qu’il a abandonné les groupes rock et pop de sa jeunesse. Sa chanson préférée ? Bridge Under Troubled Water  de Simon & Garfunkel. « Je ne considère pas Simon & Garfunkle comme une musique de jeunesse. Paul Simon est possiblement le meilleur chansonnier de tous les temps sur la planète terre. On peut apprendre des choses de Paul Simon, c’est garanti. Pourquoi mettre ça de côté ? (…) Bridge Over Troubled Water, c’est la meilleure chanson jamais écrite sur la planète terre. La structure, la ligne, l’arrangement… Chaque fois que je l’entends, [je me dit] ce n’est pas possible qu’un être humain ait  écrit ça. » L’influence des solistes jazz des années 70 tels Pat Metheney, Pat Martino et John McLaughlin sont palpables, plus particulièrement dans ses albums Imaginary Guitars et Go!.  On y remarque aussi l’influence de la composition moderne comme les sons issus de la tradition du bruitisme. Bref, Brady est un amalgame de musique classique, jazz et populaire.

Toutefois, il n’écoute pas divers styles de musique dans le but de créer une musique éclectique et innovatrice. « Je ne l’ai pas fait intentionnellement. Je n’ai pris aucune décision consciente.  C’est juste la musique que j’ai écoutée toute ma vie. J’ai commencé à écouter la musique à quatre ou cinq ans. Quand je trouve une musique qui me plaît, je l’accepte. (…) je la garde dans ma tête comme possibilité. » Un des aspects distinctifs du jeu de Brady est l’utilisation d’un nombre important de pédales d’effets sonores pour créer des sons futuristes. « C’est le compositeur en moi. Comme guitariste, honnêtement, quand je joue de la guitare chez nous, ou parfois dans certains concerts j’utilise peu de pédales. (…) Mais le compositeur en moi cherche plus de drame, plus possibilités sonores. » En plus de composer pour la guitare, il compose aussi pour des orchestres classiques et, vous vous en doutiez sûrement, pour des orchestres uniquement composés de guitares.  Il avoue qu’il a une personnalité double, c’est-à-dire une de guitariste et une de compositeur, mais elles ne sont pas nécessairement en conflit : « Il y a 30 ans, il y avait un plus grand décalage entre ma musique d’orchestre et pour guitare, mais depuis 10 ans, ma musique sonne comme ma musique. (…) Je vois l’orchestre, ou la guitare ou la musique de chambre comme extension de la même musique. »

Une des raisons pour lesquelles Tim Brady estime tant la guitare électrique est que le nombre de sonorités est inépuisable. Cependant trouver sa sonorité distinctive n’était pas simple : « Il y a une recherche au niveau de comment on utilise nos doigts, le poids de nos bras, comment on tient la guitare et comment on conçoit le son de l’instrument avant de le jouer. (…) Si tu as le son dans ta tête, tu vas réussir à l’avoir avec tes doigts. Si tu le cherches uniquement avec tes doigts, ça sera difficile. (…)  On peut jouer n’importe quelle série de notes sur presque n’importe quelle guitare, mais le choix de l’instrument et le choix de l’amplificateur ont une influence. Le choix essentiel que tout le monde ignore est  »Quel son ? Quelle épaisseur ? » C’est ground zero. » Afin de comprendre les difficultés dans la recherche de sons de Brady, il faut d’abord comprendre l’histoire de la guitare électrique. « Je sais que le problème ou la réalité selon comment on veut le voir est que, pour des raisons historique et culturelle, le vocabulaire sonore des modèles de guitares Les Paul, ES-335, Stratocaster et Telecaster a été bâti par des gros joueurs des années 50, 60, 70 et 80. » Puisque ces modèles ont été utilisés ad nauseam par des guitaristes célèbres tels que Jimmy Page (Led Zeppelin), B.B. King et Jimi Hendrix, Brady prétend que leurs vocabulaires sonores sont assez développés pour exister sans lui, donc, il n’a pas besoin de ces modèles. Le guitariste montréalais a alors expérimenté, pendant les années 90, avec des modèles Steinberg et Paul Reed Smith qu’il utilise encore à l’occasion. Ces modèles, à l’époque, peu connus, ont permis à Brady d’écrire des pièces qui mettent en valeur la composition plus que le son de la guitare. Vers 2004 ou 2005, il est tombé sur des modèles du fabricant québécois Godin. Brady a enfin trouvé le son qu’il recherchait. Il explique ce son unique par l’utilisation de bois moins commun pour la fabrication de guitare électrique à caisses pleine comme l’épinette et le bois de cerisier. Selon le guitariste montréalais, si certains bois ne sont pas communément utilisés par les grands fabricants des années 50, personne ne s’y intéresse.

L’expérimentation et la recherche musicale de Tim Brady dépassent la recherche d’un son « original » ou « innovateur ». Ce guitariste soliste recherche un son qui ne nécessite aucun accompagnement. Que ses pairs estiment qu’il ait réussi n’est pas important : ses œuvres ont tellement surpassé l’image projetée et les limites de la guitare électrique posées par la musique populaire, jazz et classique que les véritables capacités inexplorées de cet instrument sont maintenant évidentes.

Le concert Freebirds se tiendra le jeudi 5 mars 2015 à 21h à la Société des Arts Technologiques dans le cadre du festival Montréal/Nouvelles Musiques. Plus d’informations ici

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