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Des lumières mexicaines : un entretien avec Alejandro Escuer (CMMAS)

Antérieurement, le CMMAS (Centro Mexicano para la Musica y las Artes Sonoras. « Centre mexicain pour la musique et les arts sonores » en espagnol) et Patrick St-Denis ont collaboré à des pièces concernant la migration du papillon monarque du Canada au Mexique. Cette année, ils collaborent à nouveau pour Lumínico qui sera présenté durant la 7e édition du festival Montréal/Nouvelles Musiques. Alejandro Escuer, de l’orchestre Onix qui présentera la pièce de la part du CMMAS, nous explique la structure du concert, la vision de l’orchestre mexicain et ses influences.

Escuer ne souhaitait pas faire un concert traditionnel où « l’orchestre joue une pièce d’à peu près une dizaine de minutes, l’orchestre s’arrête et la foule applaudit. Puis l’orchestre joue une autre pièce… » Lumínico, contrairement aux concerts traditionnels, est une trame sonore ininterrompue qui plonge l’auditoire dans un monde surréel, un état de méditation et une transe contemplative. Le concert est présenté en deux parties qui symbolisent chacune une représentation du monde. La première partie est plus contemplative, même s’il y a des moments plus intenses. Escuer jouera différents types de flûtes à travers le concert tel que la flûte traversière, la flûte alto, la flûte basse et la flûte contrebasse. Pour varier les sons, le CMMAS insère une pièce électro-acoustique en guise de pause. « J’aime les contrastes », dit Escuer. « 35 à 40 % du concert est composé d’improvisation. Je n’aime ni faire des concerts entièrement composés de pièces écrites, ni entièrement d’improvisation parce que je crois beaucoup à l’équilibre. Je crois beaucoup à mettre différentes visions ensemble, pas juste en terme de style, mais aussi en termes de manière de jouer.  Si on improvise devant un public, on joue très différemment que si on suit une partition et essaie de projeter l’idée du compositeur. Ce sont deux manières très différentes de jouer de la musique classique contemporaine, donc, pourquoi ne pas les harmoniser ? » Afin de créer ce monde surréel qu’est Lumínico, le CMMAS ajoute sa vision à la structure du concert.

En quoi consiste cette vision ? « Imaginez qu’il y aurait un cataclysme dans 500 ans qui détruit toute vie sur terre et qu’ils [les gens de l’avenir] veulent connaître les sons de notre époque », dit Escuer. « Dans Lumínico, à part jouer de la musique contemporaine classique traditionnelle, de la musique électro-acoustique et de l’art sonore, nous y incorporons des sons de machines, d’eau, d’air (…) des gens qui marchent, des gens qui parlent (…). » Bref, Escuer utilise des sons de la nature et du quotidien en milieu urbain pour créer sa musique. « Les sons qui font partie de notre culture font partie de ce que nous sommes et cela se reflète en quelque sorte, bien sûr, métaphoriquement, dans des contextes qui rendent ces sons plutôt expressifs. L’idée est de faire que ces sons nous fassent réfléchir, en tant que spectateurs, sur comment nous vivons, comment nous sommes contemporains aujourd’hui par le biais de la musique et du son. » Il croit aussi qu’il est artificiel de séparer l’image du son puisque dans la vie de tous les jours, image et sons ne sont pas séparés. « L’idée est de créer des liens entre ce que l’on entend avec les yeux et ce que l’on voit avec les oreilles ». Escuer crée des métaphores en manipulant les images et les sons afin de les rendre abstraits et leurs liens ambigus. « Ce genre de métaphore nous intéresse en ce qu’elle présente un fait important. L’ambiguïté est importante parce qu’elle permet aux spectateurs d’interpréter les pièces comme ils le veulent ». C’est grâce à ces métaphores ambiguës et abstraites que l’orchestre mexicain plongera le public dans ce monde contemplatif. Cette ambiguïté est toute aussi importante pour assurer une transition fluide entre les pièces diversifiées.

Certes, le CMMAS joue de la musique classique contemporaine et électroacoustique, mais il y intègre divers styles folkloriques comme la musique irlandaise, la musique indienne, la musique perse et la musique espagnole médiévale. « En raison de la mondialisation, les goûts du public sont plus raffinés en termes de connaissance de la musique du monde », dit Escuer pour expliquer son intérêt pour ces diverses influences. Grâce à ce collage de styles différents, le CMMAS crée une mosaïque de styles qui permet diverses manières « de voir le monde, de réfléchir sur le monde, d’apprécier le monde ».

Escuer a hâte de présenter  Lumínico  à Montréal : « nous aimons voyager à l’étranger parce que nous sommes un orchestre fièrement mexicain. Le Mexique est reconnu pour les arts visuels (…) et les écrivains, mais les musiciens contemporains mexicains sont moins connus. Nous sommes alors fiers de montrer que le Mexique a aussi une scène musicale contemporaine. Le partager est pour nous un privilège ». Espérons que Lumínico encourage plus de collaborations musicales entre le Mexique et le Canada.

Luminico sera présenté en deux parties à 21h et 23h le mercredi 4 mars 2015 à Montréal. Plus d’informations ici.

Site officiel de « Lumínico »

 

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