Virée dans l’univers sonore de City Life avec René Bosc

Pour son concert d’ouverture, vendredi 26 septembre,  la SMCQ présentera, entre autres, la pièce de Steve Reich, City Life. Un concert gratuit qui se déroulera à 20h dans la salle Pierre-Mercure dans le cadre des journées de la culture.

Pour ce spectacle qui mélange musique, sons et images, afin de nous plonger dans l’univers tourbillonnant de New York, nous avons eu le plaisir de nous entretenir avec Réné Bosc, concepteur artistique et technique.

Comment ce projet a t-il vu le jour ?

City life est une pièce écrite par Steve Reich où il dresse un portrait de New York en rajoutant à la musique des bruits de la ville.

Il a reprit une idée de Gershwin qui avait crée Un américain à Paris, pièce sur laquelle il avait rajouté  le son des taxis parisiens.
Steve Reich a sillonné les rues de New York pour y enregistrer les crissements de pneus sur l’asphalte, le bruit de machines de construction,  des bateaux ou même celui des sirènes… Une fois récupérés, ces sons ont été intégré à la pièce et deviennent alors  des éléments mélodiques ou de percussions.

Dans la dernière partie de la pièce, les sons enregistrés par Steve Reich sont ceux du premier attentat perpétré contre le World Trade Center, qui a eu lieu en 1993. Une bombe avait explosé dans un stationnement faisant six morts et mille blessés. Il se trouve que Steve Reich était sur place à ce moment là et on peut entendre dans la bande sonore de la pièce des mots émanant des échanges entre pompiers et policiers au moment du drame.

Quel est votre rôle dans le projet ?

J’ai repris les sons enregistrés par Steve Reich et je les ai spatialisés. C’est-à-dire que pour donner une ampleur plus grande à l’œuvre, j’ai travaillé pour que les sons proviennent de différentes directions et donnent l’impression, une fois  dans la salle, d’être dans la rue.
Avec  un système classique de son, un même haut-parleur produit tous les sons. Spatialiser requiert une installation avec des haut-parleurs placés à l’arrière, sur les cotés et même au dessus. J’utilise toute la sono de la salle et il est même nécessaire de louer du matériel supplémentaire pour parfaire cet effet.
Cela donne une dimension sonore en trois dimensions.
Mon fils s’est lui occupé du film qui accompagne la pièce, que l’on a complètement synchronisé sur la musique et qui donne une immersion totale dans l’univers new-yorkais.

Est-ce la première fois que vous présentez ce projet ?

Il avait été présenté  il y a quelques  années par la SMCQ. J’y avais également participé mais depuis le film à beaucoup changé et les sons aussi  donc je dirais que c’est une première pour cette nouvelle version de la pièce.

Qu’est-ce qui vous a intéressé dans ce projet ?

C’est une pièce que j’ai surtout beaucoup dirigée en Europe, à Paris, depuis sa sortie en 95. Quand je viens à Montréal c’est Walter Boudreau qui la dirige.
Habituellement  Steve Reich fonctionne beaucoup avec l’ajout de vidéos sur ses pièces. Étonnamment ce n’était pas le cas sur City Life; c’est donc la liberté que nous avons pris en créant un support visuel sur sa musique, musique qui n’a été en rien modifiée et qui est restée telle que lui l’a écrite, qui m’a intéressé.

Vous utilisez un échantillonneur, pouvez vous nous expliquer ce que c’est ?

C’est une machine qui restitue ce que vous enregistrez, des sons comme un claquement de doigts, une bouteille qui se casse ou même une phrase entière. Cette machine est connectée à un clavier sur lequel on joue. Au lieu que cela soit des notes, ce sont des sons qui sont joués de manière synchronisée avec les musiciens.

Quel est votre rôle lors de la représentation de vendredi?

Je viens avec mon ordinateur pour travailler avec la technique. Je collabore avec l’ingénieur du son pour régler la synchronisation du film, s’assurer que l’installation sonore est  au bon endroit puis on fait une répétition générale la veille de la représentation.
Vendredi, à 19h15, avant le concert,  je présenterai la pièce et j’aborderai  le sujet de la difficulté de jouer avec des sons et de devoir les synchroniser avec la prestation des musiciens présents dans la salle.

Diriez vous qu’il s’agit d’une représentation accessible pour des non-initiés à la musique contemporaine ?

Tout à fait. C’est d’ailleurs dans cet objectif que l’on y intègre de la vidéo car on pense que c’est un bon moyen d’aider le public à rentrer dans la pièce. Bien qu’elle soit souvent jouée sans, nous avons constaté que le public est sensible à ce concept et nos précédentes représentations ont été bien reçues par le public.

De plus, la musique de Steve Reich est une musique directe, tonale, sensible, à laquelle sont ajoutés des sons reconnaissables par tout le monde. C’est une musique facilement écoutable,  qui se répète souvent et qui s’apparente davantage à de la techno qu’à  de la musique contemporaine d’il y a dix ou trente ans.

Quels sont vos prochains projets ?

Pour ce qui est de ma collaboration avec Walter Boudreau, ma venue à Montréal pour City Life sera l’occasion de discuter d’un projet que l’on va mettre sur pied pour le prochain festival MNM en février autour d’Atlandide de Bregent.  Il s’agit d’un projet complètement fou. Cette pièce demande une force musicale importante et hétéroclite avec des  chœurs d’enfants, des violes de gambes, des saxophones,  des guitares électriques , des ensemble de cordes… C’est donc un véritable défi que de jouer cette pièce, à l’origine  écrite pour être seulement jouée en studio.

 

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Denis Gougeon, un compositeur heureux

Après avoir participé et assisté à quasiment l’intégralité des évènements de la Série hommage, comment se sent le principal intéressé? C’est pour répondre à cette question et bien d’autres que Laurence, notre blogueuse, s’est entretenue par téléphone avec Denis Gougeon, encore ému d’avoir assisté le matin-même à une interprétation d’une de ses œuvres en langage des signes. Ce fut l’occasion de nous expliquer ce qu’il retiendra de cette mise à l’honneur:

Une intensive mise en lumière

Tout en étant moins visible du public, le métier de compositeur nécessite de rencontrer très régulièrement interprètes et chefs d’orchestres. Denis Gougeon est un compositeur prolifique qui a donc l’habitude de telles interactions. Ce qui, pour lui,  a fait sortir cette année de l’ordinaire est surtout la concentration en une cinquantaine d’évènements qui ont entrainé de considérables relations sociales. Une telle concentration, qui lui a donné plus d’une fois l’impression d’être une égérie de musique rock, peut devenir très éprouvante physiquement et moralement. Physiquement, il a pu être parfois difficile de demeurer disponible et réactif, particulièrement lorsque, dans une même semaine, jusqu’à cinq concerts et leurs répétitions sont programmés. Moralement, il a fallu apprendre à recevoir un «tsunami d’affection». Entre les concerts et les rencontres dans les écoles, la saison écoulée a été extrêmement enrichissante; Denis Gougeon s’est senti véritablement nourri par toute l’attention reçue. Il est touché par le fait qu’autant d’interprètes ont choisi de programmer ses pièces et reconnaissant d’avoir ainsi pu s’insérer dans leurs parcours.

La redécouverte de certaines pièces

S’il n’a pas été surpris par les multiples interprétations de ses œuvres, ayant pleinement confiance en leurs interprètes et certaines étant régulièrement jouées, Denis Gougeon a particulièrement apprécié d’avoir eu l’opportunité d’entendre Violoncelle-Pluton, pièce moins jouée de son Six thèmes solaires. Écouter les interprétations de plusieurs artistes formidables dont Gabriel Prynn et Isabelle Bozzini lui a donné l’impression de réapprendre à aimer cette pièce. Ce fut ainsi un grand bonheur de la redécouvrir en travaillant très étroitement avec les interprètes.

Denis Gougeon a également apprécié d’entendre la diversité des interprétations de certaines œuvres:

Une année de composition intensive

Cette saison a constitué pour Denis Gougeon un véritable marathon de composition qui a débuté avec Voler comme un oiseau pour les élèves du primaire puis En Harmonie pour le concours du CMC à rendre mi-août pour que Louise Bessette ait le temps d’enregistrer la vidéo:

Après avoir terminé Voler comme un oiseau, Denis Gougeon s’est aussitôt rapproché de la Fédération des associations de musiciens éducateurs du Québec (FAMEQ) pour connaître l’instrumentation de l’œuvre commandée afin de s’atteler rapidement à la composition de Chant de l’Amitié. La majeure partie de l’été a ensuite été consacrée à la composition de Andante Sostunento pour 2 pianos que Brigitte Poulin et Jean Marchand ont créé lors du concert Alter Face du 8 décembre suivant. Il a alors été temps de travailler sur l’arrangement de Pulau Dewata de Claude Vivier, toujours pour le concert Alter Face. Puis l’automne est arrivé avec la reprise de l’enseignement à concilier avec la composition de Ballade opus 30 commandé par I Musici. Après s’être assuré que l’œuvre serait programmée le plus tard possible par I Musici, Denis Gougeon s’est fixé son propre échéancier : il lui était nécessaire de rendre son travail au plus tard mi-mars et idéalement en février afin de permettre à la copiste de réaliser les partitions de chaque instrument et d’assurer une période raisonnable de répétition aux interprètes.

Conscient de sa capacité de travail, c’est en connaissance de cause que Denis Gougeon a accepté ces nombreux engagements. Il savait qu’une organisation rigoureuse serait nécessaire pour correctement gérer son temps de création selon les spécificités de chaque demande (durée de l’œuvre, instruments, etc…) même si ce serait au détriment de ses vacances.

Un bilan provisoire de carrière

Dans un sens, la Série hommage a permis à Denis Gougeon de constater le chemin parcouru depuis ses débuts. Outre la joie de constater que toutes les œuvres jouées continuent de l’être, la concentration des évènements en quelques mois lui a permis de se rendre compte du chemin que chaque pièce a parcouru. Certaines sont jouées plus souvent que d’autres. Piano-Soleil, par exemple, est joué et enseigné très souvent et un peu partout. Un peu comme une comète, certaines pièces sont vites appréciées. D’autres plus difficiles et parfois plus coûteuses à monter, du fait de leur instrumentation, sont moins connues et moins jouées. Il demeure que la Série hommage a permis à Denis Gougeon de se rendre compte du large éventail de ses créations allant des œuvres pour musique vocale à celles pour orchestre en passant par les pièces pour pianos, celles pour cordes ainsi que les percussions. Sa diversité s’est également révélée par la variété de ses interprètes qu’il s’agisse d’orchestres symphoniques ou de chambre professionnels, de cantatrices,  d’ensembles contemporains, d’ensembles de la relève et mêmes d’élèves du primaire et une compagnie de théâtre. Une telle diversité de création est assez rare et ce fut extraordinairement gratifiant de constater le plaisir des interprètes qui avaient le sentiment de «piger dans un gros sac de bonbons».

Les projets à venir

Aussi intense et passionnante que fut la Série hommage, ce n’est en aucun cas un signe de la fin des carrières de Denis Gougeon qui n’a pas l’intention de cesser ses nombreuses activités. Même s’il a prévu quelques semaines de repos bien méritées, les années à venir s’annoncent passionnantes pour le compositeur avec une commande des Violons du Roy pour l’année prochaine et toujours l’espoir de créer un opéra si le bon sujet se présentait. S’il ne fait pas de doute que sa carrière d’enseignant se terminera dans quelques années, il pourra toujours continuer à composer. En attendant, tant qu’il le peut, il compte bien profiter au maximum des bénéfices d’allier enseignement et composition:

Des suggestions pour le prochain compositeur à l’honneur

Après une année d’hommage, Denis Gougeon peut affirmer que pour vivre la Série hommage, la forme physique est essentielle afin de toujours être disponible durant cette course de longue haleine. Idéalement, s’il s’agit d’un(e) enseignant(e), une année sabbatique devrait être envisagée pour répondre aux exigences d’un tel engagement. Cependant, la Série hommage étant un formidable outil de promotion de la musique contemporaine auprès du public, il doit admettre qu’il n’a lui-même pu se résoudre à renoncer à ses activités ni suivre les conseils de son prédécesseur, Ana Sokolovic:

Et vous, après une saison d’hommage, dans le «sac de bonbons» si généreusement offert par Denis Gougeon, quelle est votre confiserie préférée?

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City Life en camp musical

La SMCQ organise à nouveau cette année des ateliers dans les camps musicaux du Père Lindsay et de l’Université de Montréal pour faire découvrir à de jeunes interprètes le travail de composition et la musique contemporaine. François Perron, l’animateur, propose de les transporter dans la ville de New York selon  Steve Reich et son œuvre City Life.

François montre d’abord aux enfants comment l’environnement influence les compositeurs depuis toujours; ces derniers utilisant la musique pour décrire et recréer ce qui les entoure. Les auditeurs redécouvre ainsi que l’écoute des sons de la nature a inspiré Le vol du Bourdon à Nicolaï Rimsky-Korsakov et Les 4 saisons à Antonio Vivaldi. Les enfants sont ensuite invités à interpréter un orage d’été avec pour principal instrument leur corps. La pluie, le vent, les rafales et l’orage lointain envahissent la salle grâce aux souffles et claquements de doigts et mains.

François souligne ensuite que, puisque tous les compositeurs ne vivent pas à la campagne, les sons des villes ont également influencés les créateurs et l’évolution des zones urbaines a nécessairement fait évoluer leur environnement sonore. Ainsi, un compositeur s’inspirant de Paris au Moyen-Âge composera une œuvre aux sonorités radicalement différente d’une pièce inspirée par la même ville au XXIe siècle; les sons qui la caractérisent n’étant pas les mêmes. Dès lors, le développement des nouvelles technologies influence doublement les créations contemporaines, en faisant évoluer l’environnement sonore des créateurs et en permettant également l’utilisation de nouveaux instruments.

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François Perron animant l’atelier lors d’un camp musical à l’Université de Montréal

Par son expérience de chauffeur de taxi à New York dans les années soixante,  Steve Reich s’est longuement imprégné des sonorités de cette ville, ce qui lui a permis de composer City Life, mêlant instruments et sons enregistrés.

Après l’écoute d’un extrait de l’œuvre, chacun délibère sur ce qu’il entend et ce à quoi cela peut correspondre : moteur, klaxons, porte, souffle de métro… et cette sirène de bateau… les éléments joués ou non par l’orchestre ne sont pas toujours ceux que l’on croit.

S’imprégner de ce qui nous entoure, tout écouter et tout jouer, voilà ce que nous apprend Steve Reich dans ce morceau.

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La découverte avant l’interprétation

Il est temps pour les auditeurs de passer à l’action! Les groupes sont constitués, les chefs d’orchestre désignés, le soliste de la porte en place, l’orchestre improvisé va pouvoir transformer livres, feuille, stylos et autres objets en instruments alternatifs afin d’interpréter les bruits d’une ville et compléter la partie orchestrale diffusée en boucle. On joue dans tous les sens du terme et toute la salle est captivée: une nouvelle version de City Life a été créée, l’atelier peut se terminer.

Si vous aussi vous souhaitez (re)découvrir l’univers urbain de Steve Reich, la SMCQ vous invite à assister au concert "City Life" du vendredi 26 septembre à 20 à la salle Pierre Mercure. Le concert est gratuit et vous transportera au cœur d’une soirée électrique et éclectique autour de l’environnement et des nouvelles technologies, comme un avant-goût du festival MNM l’année prochaine.

 

 

 

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Pourquoi la Série hommage, pourquoi Denis Gougeon

 

Denis Gougeon, compositeur à l’honneur de la Série hommage 2013-2014

La Série hommage tirant à sa fin, il me semblait intéressant de répondre à des questions qui reviennent souvent de la part du public concernant le processus de sélection pour le compositeur «hommagé». J’ai donc parlé avec André Hamel, compositeur et membre du comité artistique de la SMCQ pour en savoir plus sur le sujet et plus spécifiquement sur les tenants et les aboutissants du choix du compositeur à l’honneur cette année, Denis Gougeon.

crédit : Martine Doyon

André Hamel, compositeur et membre du comité artistique de la SMCQ, crédit : Martine Doyon

 

Q. D’entrée de jeu, pouvez-vous me dire comment le comité artistique choisit le compositeur à l’honneur pour la Série hommage  ?

Les suggestions sont faites par les membres du comité artistique (y compris Walter Boudreau, le directeur artistique, bien sûr) et le choix se fait par un vote. D’entrée de jeu, mentionnons que le compositeur « hommagé » doit évidemment être une figure importante dans le milieu des musiques de création. Denis Gougeon, en plus d’en être une personnalité dominante, est assurément un des compositeur québécois vivants les plus joués, tant ici que hors de nos frontières.
Q. Qu’est-ce qui distingue la musique de Denis Gougeon et a fait de lui un bon candidat pour la Série hommage ?
Pour ma part, Denis m’apparaissait comme le meilleur candidat parmi les noms soumis. Denis a créé un corpus d’œuvres qui, en plus d’être imposant et varié, est d’une grande qualité artistique. Ce qui frappe à l’écoute de la plupart des œuvres de Denis Gougeon, c’est la facture plutôt classique qui les caractérise. Ce constat se fait tant au plan harmonique (plutôt consonant et souvent franchement tonal) que sur le plan de l’articulation rythmique.

Mais il s’agit en quelque sorte là d’un leurre ou plutôt, d’un point de départ, d’un prétexte, pour ainsi dire, à l’expression d’une modernité qui lui est toute personnelle ; libre des diktats associés aux principaux courants des musiques de la 2e moitié du XXe siècle. Franchement ancrée dans la tradition, la musique de Gougeon ne s’inscrit nullement en réaction face à la modernité. C’est là une de ses grandes qualités.
La grande force de Denis Gougeon est sa capacité à créer la sensation de mouvement. À cet égard, peu de compositeurs ont atteint une telle maîtrise dans l’articulation du matériau.
Préoccupé par la forme et son déroulement dans le temps, ce compositeur a trouvé à développer un langage qui, tout en utilisant abondamment les outils mis à la disposition des créateurs au cours du XXe siècle, loin de rompre avec la tradition, la prolonge en quelque sorte.
On peut ici faire un certain parallèle avec Alban Berg. On dit de Berg qu’il a su conserver un grand lyrisme malgré l’utilisation d’un langage jugé cérébral (le dodécaphonisme). Dans une autre optique, et un peu à l’inverse, Gougeon sait allier à une articulation harmonique et rythmique de prime abord plutôt conventionnelle, une étonnante maîtrise des techniques texturales et timbrales développées dans la 2e moitié du XXe siècle.
Q. Quelles sont les répercussions positives de la Série hommage dans la carrière d’un compositeur selon vous ? Et pour la société et la culture ? En somme, pourquoi un tel événement a sa pertinence aujourd’hui ? 
Vaste question ! La place occupée par les compositeurs dans notre société l’est malheureusement beaucoup moins. La Série hommage se veut être un palliatif à cette situation. Dans une certaine mesure, cette initiative atteint son but. Bon… c’est pas demain la veille que le compositeur « hommagé » fera le plateau de « Tout le monde en parle, » on s’entend là-dessus. Par contre, le formidable travail de promotion exercé par la SMCQ qui incite les ensembles non spécialisés à inclure les œuvres du compositeur choisi à leurs programmes, permet à un grand nombre de personnes d’entendre ses œuvres, souvent pour la première fois.
À cet égard, la contribution la plus significative, à mon sens, se fait auprès des jeunes dans les écoles (primaires et secondaires). Nous le constatons, tant au niveau des concerts de musique contemporaine qu’au niveau des concerts classiques : le public vieillit. Si nous souhaitons voir notre art survivre au rouleau compresseur de l’industrie du divertissement, c’est auprès des jeunes que nous devons agir, allumer en eux la petite flamme qui les mèneront demain, nous l’espérons, vers nos salles de concert.
Pour ce qui est, de manière plus ciblée, des répercussions de la Série hommage dans la carrière du compositeur choisi, sur le coup, elles sont bien sûr formidables. Je m’entretenais récemment avec Denis Gougeon. Celui-ci me décrivait à quel point son année était occupée. Ce fut le même feu roulant précédemment pour Ana Sokolovic. Cela étant, seul le temps nous dira à quel point cette extraordinaire attention momentanée a un effet sur la suite des choses.

 

 

 

 

 

 

Éric Champagne : quand la musique contemporaine vient directement du coeur !

par Laurence P.Rousseau

Afin d’en savoir plus sur le concert Gougeon Perspective(s) présenté ce vendredi 23 mai à la Chapelle historique du Bon-Pasteur, j’ai réalisé une entrevue avec Éric Champagne, qui a composé une œuvre spécialement pour ce concert du Trio Fibonacci. Il m’a semblé intéressant d’aller chercher le point de vue d’un compositeur de la relève, qui plus est un élève de Denis Gougeon. Aujourd’hui, il nous parle de sa création Stèles, de son rapport avec Denis Gougeon et aussi de notre avenir : les jeunes ! C’est avec générosité qu’il a répondu à mes questions. Je l’en remercie. Rencontre avec un compositeur inspirant, sensible et cultivé.

Pouvez-vous nous parler de Stèles, votre dernière œuvre qui sera créée par le Trio Fibonacci lors du concert Gougeon Perspective(s)?

La création de Stèles ne s’est pas déroulée comme prévu. À l’origine, le Trio Fibonacci m’avait contacté il y a un an pour ce projet. Cependant, je savais déjà que je ne pourrais pas écrire quoi que ce soit avant la mi-mars de cette année, car mes obligations en tant que compositeur en résidence à l’Orchestre Métropolitain monopolisaient mon temps jusqu’à la création de ma première symphonie, qui eut lieu le 14 mars dernier. J’avais ensuite prévu environ 6 semaines de travail pour cette pièce. Or, la vie nous rattrape plus rapidement qu’on ne le croit et elle change nos plans sans crier gare. Le 19 mars 2014, mon père est décédé subitement à l’âge de 58 ans. Ses funérailles ont eu lieu quatre jours plus tard, le 23 mars. L’événement a été un choc pour moi, et une profonde chute émotionnelle après les sommets de joie que j’avais vécu quelques jours avant, après la création de ma symphonie. Aussi, j’ai eu beau me forcer, j’ai été incapable de composer quoi que ce soit durant un mois. Je ne trouvais pas la concentration et l’inspiration nécessaire.
Le compositeur Éric Champagne, crédit photo : La Presse

Le compositeur Éric Champagne, crédit photo : La Presse

Cependant, le deadline approchait. J’ai demandé aux musicien de le repousser un peu, question de me laisser un peu de temps pour me retrousser les manches et de m’atteler au travail. Ainsi est né Stèles, dans l’urgence de l’écriture, dans le stress du deadline (vécu comme un couperet prêt à me couper la tête à tout instant!) et, surtout, en plein processus de deuil.
Le mot stèle désigne un monument monolithe (colonne, cippe, pierre plate) qui porte une inscription, des ornements sculptés. Stèle commémorativestèle funéraire. (Définition tirée du Petit Robert)
La pièce est en trois mouvements, comme autant de monuments marquant la temporalité des événements, mais aussi comme autant de tentatives d’inscrire dans un discours une émotion, un souvenir, un état d’âme.
Stèles est dédié à la mémoire de mon père.
Comment est-ce que Denis Gougeon, en tant que professeur et compositeur, vous a-t-il influencé?
 
Je n’ai étudié qu’une année avec Denis Gougeon, lors de la première année d’un doctorat que j’ai abandonné. J’étais à un moment étrange de ma vie, où j’ai débuté mon doctorat non pas par nécessité mais parce que je ne me voyais pas faire autre chose de ma vie que d’être aux études. En fait, quand j’ai débuté cette année avec Gougeon, j’en était à ma 20e année d’étude à vie, sans arrêt depuis la maternelle! Tout au long de l’année, Denis m’a regardé travaillé et, après quelques temps, il m’a donné ce qui allait être le plus grand conseil de ma vie : il m’a dit «Tu sais composer et ce n’est pas au doctorat que tu apprendras grand chose de ce côté. Tu n’as pas besoin de ce doctorat maintenant. Alors lâche ça, part dans la vraie vie, écris de la vraie musique pour de vrais musiciens!» Il m’a carrément donné l’élan qui me manquait pour entamer une carrière de compositeur. J’ai suivi son conseil, j’ai abandonné mon doctorat et depuis, j’ai une carrière de compositeur!
Ceci dit, si je n’ai pas eu le temps d’apprendre beaucoup plus auprès de Denis, j’ai énormément appris de sa musique, que j’admire profondément. Il a cette sensibilité d’écrire pour l’interprète ET pour le public, une disposition créatrice qui m’interpelle énormément. Aussi, il jongle admirablement avec diverses conceptions harmoniques qui m’intéressent aussi en tant que créateur. La conception d’une harmonie nouvelle, a mi-chemin entre le tonal et l’atonal, avec un travail particulier sur des modes naturels et artificiels qui permettent un nouveau rapport entre la dissonance et la consonance sont marquants dans sa musique et c’est une voie que j’emprunte allègrement dans la mienne. Je dois aussi souligner que j’admire la théâtralité de sa musique, qui m’inspire beaucoup dans la construction et la direction, l’élan qui dirige une musique d’un point de départ à son arrivée.
Gagnant du prix opus de la découverte de l’année 2013, pouvez-vous nous expliquer ce qui vous a mené à faire le choix de la carrière de compositeur et comment la musique contemporaine a sa place dans le paysage culturel ?
Je suis venu tard à la musique. J’ai débuté à l’école primaire, par la flûte et le chant. Je me souviens que j’étais doué, mais à cet âge, ce n’était qu’un cours comme les autres, et à cette époque la musique n’avait pas de place dans ma vie en dehors de l’école. C’est vers la fin du secondaire que j’ai débuté la composition, et c’est au CÉGEP que j’ai sérieusement orienté ma carrière vers la composition. Cependant, avant de vouloir être compositeur, je me suis découvert une passion pour l’écoute de la musique. Tranquillement, je suis devenu un mélomane curieux et gourmand. Je suis devenu compositeur car je voulais entendre ce que je n’entendais pas chez les autres compositeurs, ou encore parce que je voulais faire «sonner» certaines chose à ma façon! C’est donc cette passion pour la musique qui s’est développée lentement, mais qui fût si dévorante qu’elle me mena sur les chemins de la création.
Pour moi, la musique de concert, qu’elle soit contemporaine ou non, est le seul refuge face au commun et au superflu. Aujourd’hui, notre vie est submergée par la musique, que ce soit au sein des divers médias qui rythment nos vies (radio, télévision, cinéma, Internet) ou encore dans les espaces publics et commerciaux (ascenseur, centre d’achat, magasins…). La musique (essentiellement la chanson de nature commerciale) inonde quotidiennement nos oreilles de telle sorte que le sens de l’écoute s’engourdit, devient d’une certaine façon blasé. La musique nouvelle, et la musique en situation de concert dans un sens plus général, force l’auditeur à une écoute active, un exercice qui dépasse le simple divertissement (sans pour autant renier cet état de fait!) pour aspirer à un véritable discours artistique, une réelle manifestation de la singularité humaine.
Finalement, on a pu remarquer votre grande implication auprès des jeunes. Pourquoi croyez-vous qu’il est important d’intéresser les jeunes à la musique contemporaine ?
Mon intérêt auprès des jeunes est relativement nouveau et concorde plus ou moins avec le début de ma résidence avec l’Orchestre Métropolitain. L’OM a un mandat éducatif axé sur la jeunesse et une partie de mon travail en tant que compositeur en résidence devait épouser ce mandat. J’ai donc eu l’occasion de m’impliquer dans divers projets de création pour et avec des jeunes, en plus de réfléchir à diverses activités de création musicale conçues pour les élèves. Parallèlement, j’ai remporté, en 2012, le Prix collégien en musique contemporaine, ce qui m’a mené à écrire de la musique pour des jeunes du niveau collégial, en plus de donner plusieurs conférences dans divers CÉGEPs. Ces expériences m’ont convaincu du bien fondé de cette démarche auprès des jeunes, qu’ils soient au primaire, au secondaire ou au collégial.
Et cette implication va grandissante dans mon cheminement créateur.
Je suis extrêmement redevable à l’école publique de m’avoir ouvert aux arts. Je viens d’une famille de classe moyenne très ordinaire, sans histoire. Sans l’école publique (et je souligne publique, car il n’a jamais été question dans ma famille d’aller ailleurs que dans une école publique, tant pour des raisons idéologiques que monétaires), je ne serais jamais allé au théâtre, je n’aurais jamais entendu un orchestre symphonique, je n’aurais jamais appris à jouer de la musique. Bref, je n’aurais jamais découvert l’art, car je venais d’un milieu où l’art était très peu présent. Aujourd’hui, je suis non seulement convaincu que la présence de l’art à l’école est essentielle au bon développement pédagogique de l’élève, mais je demeure persuadé que l’art et la musique permettent à chaque enfant de devenir un citoyen cultivé et pleinement développé.
D’un autre angle, je milite pour que le compositeur soit mieux reconnu comme artiste créateur de son temps. Et cette reconnaissance, si elle ne passe pas par les médias qui éclipsent quasi-totalement ce pan de la création contemporaine artistique, elle passera par l’éducation. Aujourd’hui, n’importe qui a un DEC, a déjà lu un livre de Réjean Ducharme ou de Gabrielle Roy, connaît quelques vers d’Émile Nelligan, voire de Gaston Miron et risque d’avoir lu ou vu une pièce de théâtre de Michel Tremblay. Qu’il ait aimé ou non n’est pas important : l’essentiel est qu’il ait eu un contact avec ces créateurs, un contact qu’il n’aurait pas eu autrement. Eh bien, il serait tout aussi essentiel dans la construction culturelle et identitaire des élèves québécois qu’ils entendent quelques mesures de Claude Champagne, de Pierre Mercure, d’André Mathieu, de Claude Vivier et de Jacques Hétu. Il est impératif que ces créateurs soient reconnu comme compositeurs, et non comme étant le nom d’une salle de spectacle!
De plus, je considère extrêmement important que les jeunes aient un accès aux compositeurs d’ici dans leur apprentissage. Et ça, c’est la tâche des compositeurs de s’ouvrir au jeune public. Lorsqu’un enfant apprend à jouer du piano, il va un jour ou l’autre jouer une pièce du Cahier d’Anna Magdalena de Bach. Bon, on s’entend, ce n’est pas la Messe en si mineur, mais c’est du BACH! L’enfant joue du BACH!!! Il développe une relation exceptionnelle avec ce créateur en jouant de sa musique, et cette rencontre nourrira sa culture personnelle toute sa vie! Peut-il en faire autant avec les compositeurs d’ici? Malheureusement non! On a beau dire à tout un chacun que Claude Vivier, Serge Garant, Gilles Tremblay et tutti quanti sont des grands compositeurs de notre histoire, mais aucun enfant ne peut jouer de sa musique car elle est trop complexe, elle est réservée à des interprètes professionnels de haut calibre. Il faut que les compositeurs québécois acceptent d’écrire pour des musiciens en devenir, pour des élèves ou encore pour des amateurs. C’est la seule voie possible pour que ces futurs citoyens, ces futurs auditeurs, développent un intérêt pour la musique de création. Et je peux dire que le peu que j’ai fait en ce sens est extrêmement enrichissant, tant au point de vue musical qu’humain.
Encore là, c’est un équilibre à atteindre. Je réponds à des commandes et j’entame des projets avec des musiciens professionnels, mais je mijote aussi quelques autres projets de musique pour les jeunes… D’autant plus que je suis depuis quatre ans l’oncle des deux enfants de ma sœur, et je m’interroge beaucoup sur leur perception du fait musical, notamment par rapport aux chansons et comptines traditionnelle… Il ne serait pas surprenant que je travaille avec ce type de matériel musical dans un avenir rapproché!

Passer le cap des 30 ans tout en musique

Grand événement ce soir : l’Ensemble I Musici fête son 30ème anniversaire à la Maison symphonique de Montréal dans un concert passionnant avec musiques de Tchaïkovski, Beethoven et une commande spéciale à notre compositeur de l’année, Denis Gougeon. Pour en savoir plus, nous vous proposons cette entrevue à Global News avec le directeur artistique Jean-Marie Zeitouni :

Jean-Marie Zeitouni en entrevue à Global News

Et ce petit aperçu du quotidien « vibrant » des membres d’I Musici :

Bonne écoute!

 

Bienvenue à notre nouvelle blogueuse!

Nous sommes heureux de vous présenter notre nouvelle blogueuse Laurence Perreault-Rousseau qui partagera dorénavant avec vous son incursion dans le monde de la musique contemporaine par de petites entrevues avec nos artistes, des retours et des commentaires sur les concerts.
 
Petite histoire d’un heureux hasard…

« C’est au mois de mai 2012 que tout a commencé :  la SMCQ cherchait des bénévoles alors je proposai  mon aide. Je connaissais peu le domaine musical mais je savais que je me plairais car cela me permettrait de contribuer à une mission que je trouve importante. La communicatrice en moi était enthousiaste à l’idée de devoir trouver les arguments pour convaincre les gens de s’intéresser plus largement à cette musique si riche et pourtant trop peu connue. 

Laurence_P_Rousseau

Laurence Perreault-Rousseau, notre nouvelle blogueuse

Ma vie a été bercée par la culture; la musique (tous styles confondus) a  toujours résonné chez nous. Ceci amenant cela, j’ai développé ouverture et curiosité. Par contre, la musique contemporaine m’intimidait. Elle me semblait complexe voire inaccessible. Jusqu’au jour où j’ai fait une entrevue avec Denis Marleau pour parler de la Série hommage à Denis Gougeon. Soucieuse de réaliser ce mandat de bonne façon, je me suis fait un devoir d’écouter des œuvres de M. Gougeon. Un enchantement ! Un harmonieux mélange de sensibilité et d’intelligence. Une qualité inestimable pour un créateur. Écrire ce blogue va me permettre de partager avec vous mes émerveillements face à cette musique que je découvre. Et je serai heureuse que nous échangions sur les spectacles à venir.  

Je parle de Gougeon car il est à la source de mon désir d’apprivoiser la musique contemporaine,  mais j’ai assisté à plusieurs concerts depuis ce moment et j’ai eu le plaisir de découvrir toute la richesse que renferment d’autres musiques d’aujourd’hui. 

Même si je n’ai pas pu assister à tous les événements de la Série hommage, quelques-uns me paraissaient incontournables : parmi eux il y avait le concert Six thèmes solaires présenté récemment à la salle Pierre-Mercure. Dans cette œuvre phare du compositeur, chaque mouvement est inspiré d’une planète différente, représenté par un instrument qui lui est associé. En quelques mots, il en ressort que Gougeon a su toucher l’essence de la vie de ces astres avec finesse, profondeur mélodique et une grande virtuosité. Nous étions transportés dans la voie lactée.  La semaine suivante, j’ai assisté au concert Denis Gougeon et la guitare présenté en partenariat avec le Festival  et concours de guitare classique de Montréal. Entendre des œuvres contemporaines mais aussi  baroques avec cet instrument d’une grande beauté mais si simple à la fois fût totalement méditatif. »

À la prochaine!

Bonjour à tous!

Aujourd’hui se termine une étape de ma vie, une étape palpitante et enrichissante à Montréal. C’est pourquoi je voudrais maintenant dédier les mots de ce 43ème extrait à remercier tous ceux qui m’ont aidée pendant cette année comme bénévole à la SMCQ.

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D’abord, je dois remercier la SMCQ de m’avoir donné l’occasion de faire partie de son équipe. Ici, j’ai évolué professionnellement grâce à une responsabilité qui relie mes deux vocations: le journalisme et la musicologie. Merci de votre accueil et de votre aide.

Deuxièmement, j’ai un grand merci pour Denis Gougeon qui a accepté de collaborer avec moi, mais aussi à tous les compositeurs et compositrices, les musiciens et musiciennes, les chefs d’orchestre… et tous ceux qui ont répondu à mes courriels, qui ont été ponctuels à nos rencontres et qui ont accompli mes demandes.

Finalement, le plus grand remerciement est pour vous tous qui avez été derrière l’écran à suivre chaque semaine nos nouvelles. Sans vous, sans les lecteurs, un blogue perdrait sa raison d’être.

J’espère qu’on aura l’occasion de se revoir, mais en attendent, je vous invite à continuer de consulter régulièrement notre blogue… car il y a encore beaucoup de choses à dire sur la musique contemporaine!

Merci, merci, merci!

Margalida Amengual

À la mi-temps de la Série hommage

Bonjour à tous!

Aujourd’hui nous vous présentons un petit fragment de l’entrevue faite avec Denis Gougeon où il nous parle des moments les plus touchants de cette première partie de la Série Hommage. Pour notre compositeur à l’honneur, cette année hommage est extraordinaire car 50 sociétés de concert et ensembles ont décidé volontairement de jouer au moins une des ses pièces. «Personne n’est obligé», rappelle Denis Gougeon, et c’est «touchant et gratifiant». 

Même si le compositeur s’est vraiment amusé avec toute cette première partie de la Série Hommage, il a reconnu qu’il y a eu des «moments plus forts que d’autres pour toutes sortes de raisons». D’abord, le concert d’ouverture qui a été «émouvant et extraordinaire» parce que son épouse a chanté la pièce Heureux qui comme, mais aussi parce qu’il y avait une «énergie fantastique» grâce à la présence de 150 des 400 enfants que le compositeur avait rencontrés dans les camps musicaux l’été d’avant.

Denis Gougeon se souvient aussi de l’hommage des professeurs et des étudiants de l’École de musique Vincent-d’Indy où il avait étudié, du concert de l’Harmonie FAMEQ et du concert de l’Ensemble Arkea où sept de ses ex étudiants de Doctorat ont composé une pièce à partir de ses Six thèmes solaires : « Cela reflète la partie de ma carrière d’enseignant et ç’a été beau parce qu’ils l’ont fait gratuitement et c’était généreux, un grand bonheur. »

Bonne écoute!

Ma première fois à l’OSM

Après un an à Montréal, j’ai enfin assisté jeudi dernier à mon premier concert de l’Orchestre symphonique de Montréal, La Chine à l’honneur, qui faisait partie de la Série hommage à Denis Gougeon et de l’événement Spectaculairement Chine produit par la Place des Arts. Pour cette occasion, le directeur musical de l’OSM, Kent Nagano, a cédé le lieu de chef d’orchestre au chinois Long Yu, qui a su tirer le meilleur des musiciens. Le concert a absolument dépassé toutes mes attentes, en partie grâce à sa magnifique direction.

La soirée a débuté avec la première nord-américaine de Toy (Music Box), de Denis Gougeon, œuvre gagnante du Premier prix du Concours international de composition de Shanghai en 2010. Assise non loin de la scène, j’ai compris pourquoi le compositeur était tombé amoureux des flûtistes chinois Qian Jun et Kai Jin: la musique a été composée expressément pour eux et leur interprétation précise et expressive rend justice à l’écriture de Denis, grandit la pièce, même. On a pu constater l’habileté de  Gougeon à agencer ces anciens instruments diatoniques avec l’orchestre symphonique actuel, et les dialogues entre les deux flûtes et les différentes atmosphères sonores créées ont touché le public, qui a démontré sa satisfaction par de longs et chaleureux applaudissements.

Jian Wang pendant le concert avec l'OSM. Photo: SMCQ

Jian Wang pendant le concert avec l’OSM.
Photo: SMCQ

L’interprétation du violoncelliste chinois Jian Wang des Variations sur un thème rococo opus 33 de Piotr Ilitch Tchaïkovski a aussi bouleversé le public de l’OSM. Ces variations, qui sont un hommage du compositeur à son idole Mozart, donnent un rôle d’accompagnement à l’orchestre, qui est réduit, et mettent en valeur le soliste qui, dans ce cas, a vraiment été à la hauteur de la pièce. La virtuosité de Wang et sa qualité technique lui ont permis de relever avec brio tous les défis de cette œuvre qui exige de passer du lyrisme le plus doux à la virtuosité extrême sans oublier une palette d’intensité sonore vraiment énorme.

Après cette première partie si touchante, le concert a poursuivi avec les Enchantements oubliés du compositeur chinois Qigang Chen et la Symphonie no 5 en ré mineur, opus 47 de Dimitri Chostakovitch. Il va sans dire que la qualité et l’interprétation musicale de l’OSM ont été tout aussi exceptionnelles, mais ce serait mentir que de ne pas reconnaître la contribution remarquable des solistes qui ont fait de ce concert une soirée mémorable.

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