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Vivier rentre chez lui : première canadienne de Hiérophanie avec Marco Blaauw

Claude Vivier est un héros de la musique contemporaine québécoise. Ses œuvres ont été jouées en Allemagne et aux Pays-Bas, mais une demeure inédite au Québec : Hiérophanie. L’orchestre allemand contemporain, Musikfabrik, le premier orchestre à présenter Hiérophanie, sera aussi le premier à présenter cette pièce au Canada. Marco Blaauw, trompettiste de Musikfabrik, l’a déjà interprétée en Europe ainsi que d’autres compositions de Vivier tels que Lonely Child, Zipangu et Glaubst du an dir Unsterblichkeit der Seele. En plus de bien connaître l’œuvre de Vivier, Musikfabrik a un certain lien culturel avec le compositeur québécois.

Vivier a étudié la musique à Cologne, ville d’origine de Musikfabrik, avec le compositeur Karlheinz Stockhausen. Dans cette ville, Vivier s’est imprégné des mouvements de musique moderne locaux. Blaauw explique que pendant les années 60 et 70, les compositeurs de Cologne expérimentaient différentes manières de présenter des concerts, c’est-à-dire qu’ils mariaient la musique contemporaine à la mise en scène théâtrale. En plus de son mentor, Stockhausen, Vivier s’inspirait également du compositeur argentin établi à Cologne, Mauricio Kagel. Vivier peut aussi être  considéré un compositeur de musique spectrale puisqu’il côtoyait les principaux compositeurs de ce mouvement à Paris. « La musique spectrale se nomme ainsi parce qu’elle sort le contenu musical, les gammes et les harmonies du spectre sonore et de la structure des partiels. Ils [les compositeurs de musique spectrale] construisent des constellations d’harmonies et de mélodies », dit Blaauw. Bref, dans la musique spectrale, plutôt que des gammes, on se sert du spectre sonore pour composer. Même si Vivier compose de la musique moderne, il s’inspire aussi d’éléments plus anciens : le chamanisme et des éléments provenant de religions de partout dans le monde. Dans Hiérophanie, il y a des scènes rappelant des cérémonies religieuses et primitives, ce qui a intrigué le public lors des premières présentations.

C’est normal puisque Hiérophanie peut s’interpréter de nombreuses manières différentes. Les scènes théâtrales n’ont pas de liens explicites puisque leur but est de créer des moments qui peuvent être observés. Interpréter cette œuvre était tout un défi pour Blaauw. Puisque la pièce comporte un aspect théâtral, Vivier a dû utiliser une notation peu conventionnelle. « Cette pièce est unique. La transcription de l’œuvre n’est pas complète. La partition contient beaucoup de texte, beaucoup de directives, des partitions graphiques… Cette pièce est quasiment du théâtre musical, sans en être complètement. Nous avions toujours été enthousiastes à l’idée de travailler sur cette composition en raison de sa forme étrange et son caractère unique. Je trouve que notre première présentation était bonne, mais nous continuons à retravailler notre interprétation. Nous essayons toujours de mieux comprendre le sens de toutes les directives ». Selon Blaauw, en examinant les directives, on peut comprendre comment Vivier procédait pour prendre des décisions concernant ses oeuvres. Il révisait ses décisions et retravaillait la structure de sa pièce. Hiérophanie contient aussi beaucoup d’indications de ce que Blaauw nomme des « moments absurdes ». Blaauw en cite un exemple : « Un des moments les plus dramatiques est lorsque nous faisons renaître un membre de l’orchestre en lui criant des paroles tirées de prières venant de partout dans le monde. C’est quasiment du chamanisme. Un autre moment serait quand nous rampons sur scène, jouons avec des outils pour enfant et fredonnons de petites mélodies ».

Que peut-on dire de plus sur Hiérophanie ? « Cette oeuvre est du Vivier typique », dit Blauw, « on y retrouve tous les éléments de ses œuvres postérieures : la beauté, les timbres purs, la musique d’enfant et des textures riches. ». « Nous avons vraiment hâte de venir à Montréal pour présenter cette composition de Vivier. L’expérience musicale sera extraordinaire et nous plongera dans l’émerveillement et le mystère ».

Marco Blaauw et Musikfabrik présenteront Hiérophanie le samedi 28 février 2015 à la salle Pierre-Mercure avec le soutien du Consulat général d’Allemagne, du Goethe Institut et du Ministère de la famille, des enfants, de la jeunesse, de la culture et de sports de la région Rhénanie-du-Nord-Westphalie.

Ne manquez pas cette première canadienne !

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Face à face

Bonjour à tous!

Cette semaine, la SMCQ vous propose un concert singulier: deux pianistes, Brigitte Poulin et Jean Marchand, interpréteront face à face cinq œuvres pour deux pianos du répertoire récent, dont une création de notre compositeur à l’honneur cette année, Denis Gougeon. Pour en savoir plus sur le concert de ce dimanche à la Salle Tanna Schulich de Université McGill, nous avons correspondu avec les deux musiciens.

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Brigitte Poulin et Jean Marchand joueront une nouvelle pièce de Denis Gougeon, Andante Sostenuto, une œuvre qui s’inspire du poème du même titre de Fernand Ouellet, tiré du recueil intitulé A l’extrême du temps. « Denis est un compositeur post-romantique à l’écriture lyrique et somptueuse. Son écriture pour clavier est toujours très pianistique, donc un pur bonheur pour les mains des exécutants! » nous raconte Jean. Pour Brigitte, cette pièce est « nostalgique et expressive, idiomatique au piano; la forme est un lied, aux contours mélodiques lents et continus; elle nous permet une capacité d’expression concentrée à la fois libre et rigoureuse, » assure-elle.

Ils interpréteront aussi un arrangement de l’œuvre Pulau Dewata de Claude Vivier fait par M. Gougeon : « L’adaptation est rigoureuse. Elle laisse une marge de manœuvre inventive au piano au niveau des articulations et des couleurs, » dit Brigitte, qui pense que Denis Gougeon « est un grand compositeur, prolifique dans des styles à approches très variées, d’une grande sensibilité et générosité. »

Le duo complétera ce programme avec des pièces de Henri Dutilleux, Georges Aperghis et Kevin Volans. « Les mots résonance, réminiscence, réflexion, absorption sont des mots qui me viennent à l’esprit pour décrire notre programme, comme un fil conducteur guide le trajet du début à la fin, » selon la pianiste. Pour Jean, Dutilleux, compositeur de Quatre figures de résonances, « se proposait d’écrire une sorte de « catalogue de résonances » en amorçant ses « Figures de résonances ». » Le pianiste ajoute que, même si son projet est demeuré inachevé, « c’est une œuvre remarquable, très achevée comme tout ce qu’a écrit le compositeur, et qui exploite, entre autres, la résonance des harmoniques du piano; véritable études de timbres, d’attaques, de couleurs. »4619372170_8b7514c5dd_b

« Alter-Face d’Aperghis est une sorte de tropisme musical. Le dialogue très serré des deux pianistes emmène peu à peu ceux-ci dans des zones troubles de dédoublement, de jeux de miroirs déformants et parfois de cache-cache très ludique. C’est une œuvre extrêmement exigeante sur le plan rythmique. Finalement, le compositeur sud-africain Kevin Volans a emprunté le titre Cicada aux toiles et dessins de Jasper Johns. L’œuvre est construite sur des cellules harmoniques répétées et dont on entend, les pianos étant placés assez loin l’un de l’autre,  les très subtiles et sensibles métamorphoses qui finissent par créer un halo harmonique très poignant, » explique Jean Marchand.

La préparation technique du concert a été possible grâce au soutien de la Faculté de musique d’École Schulich de l’Université McGill, où ils sont professeurs. « La collaboration de deux pianistes exige énormément de travail de mises au point de jeu pianistique, d’équilibre sonore, de recherche commune de timbres, d’attaques, de phrasés, de respirations pour finalement devenir un seul pianiste à deux têtes. Cette collaboration avec Brigitte, ma seconde, demeure un pur bonheur artistique, » remarque Jean. Le concert sera précédé par une table ronde à 14h avec John Rea, Denis Gougeon et Louise Bessette animée par Walter Boudreau. Profitez-en!

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En cadeau, un extrait de Zipangu!

Ecrite en 1980, Zipangu est une oeuvre pour orchestre à cordes. Elle est considérée comme l’une des plus belles créations de Claude Vivier. Voici ce que le compositeur a pu dire de son oeuvre :

« Zipangu était le nom donné au Japon à l’époque de Marco Polo. Autour d’une mélodie, j’explore dans cette œuvre différents aspects de la « couleur ». J’ai tenté de « brouiller » mes structures harmoniques par l’emploi de différentes techniques d’archet. Ainsi s’opposent un bruit coloré obtenu par pression exagérée de l’archet sur les cordes et les harmoniques pures lorsqu’on revient à la technique normale. Une mélodie devient couleur (accords), s’allège et revient peu à peu comme purifiée et solitaire. »

-Claude Vivier

 

 

Zipangu

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Que faut-il connaître de Claude Vivier ?

« Ce n’est pas moi qui écris ma musique. C’est peut-être les fleurs que j’ai senties, les gestes que j’ai faits, les êtres que j’ai vus, ou les étoiles, on ne sait jamais. La musique est amour, comme tout est amour ».

Claude Vivier, paru au journal Le Monde, le 15 mars 1983.

 Hommage à Claude Vivier

  • Claude Vivier a puisé sa créativité au cours de ses nombreux voyages. Son parcours commence au Québec, à Montréal, au conservatoire de Musique, où il étudie avec Gilles Tremblay et Irving Heller de 1967 à 1971. Son style évolue par la suite grâce à ses voyages en Europe, principalement aux Pays Bas, en Allemagne et en France. Il affiche alors un engouement pour les thèmes qui devront ses favoris : la mort, l’enfance, l’amour et l’immortalité. Par la suite (en 1977), ses voyages en Asie (principalement à Bali) et au Moyen-Orient transformeront son style vers quelque chose de plus épuré.
  • Claude Vivier était un compositeur pour voix.  Compositeur et professeur, il s’intéresse à ses débuts à l’électro-acoustique (à Cologne), puis de plus en plus, favorise la voix et l’écriture d’opéras. Il crée Kopernikus, Rituel de mort (1980) et Trois Airs pour un opéra imaginaire juste avant sa mort.  
  • Claude Vivier a mené une vie tragique. Il est né orphelin et mourra assassiné le 7 mars 1983 à Paris, poignardé par un prostitué. On retrouvera la dernière phrase qu’il ait écrite pour l’œuvre qu’il composait alors  Glaubst du an die Unsterblichkeit der Seele (« Crois-tu en l’immortalité de l’âme? »)  et qui relatait une rencontre avec un jeune homme dans le métro parisien : « Alors sans autre forme de présentation, il sortit de son veston noir foncé acheté probablement à Paris un poignard et me l’enfonça en plein cœur. ».

 

 Et vous, que retenez-vous de plus particulier chez Claude Vivier ?

Le 21 février prochain, le festival Montréal/Nouvelles Musiques s’ouvrira avec un hommage au compositeur Claude Vivier. Trois pièces seront jouées : Hymnen an die Nacht (1975), Zipangu (1980) et La Vie d’un héros (Tombeau de Vivier) (1999, 2002) une création de Walter Boudreau.

Retrouvez la programmation sur le site de la SMCQ!

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