Archives de Catégorie: Vie socio-culturelle

Nubi – Entrevue avec Guillaume Bourgogne

C’est un programme de cinq œuvres et cinq compositeurs (Levy, Lanza, Penha, Mochizuki et Gatinet) avec musique, sons, images, technologie et une étonnante machine à goutte dans la pièce d’où est tirée le titre de l’évènement, qui sera présenté lors des concerts Nubi dans le cadre du festival Montréal/Nouvelle Musique 2015.

Le concert sera joué par l’Ensemble de musique contemporaine de McGill, conduit par Guillaume Bourgogne qui nous a expliqué les caractéristiques musicales et technologiques de ce spectacle. 

« C’est un concert qui a évidemment un aspect assez spectaculaire. D’une part il y a un écran vidéo et donc c’est un peu plus qu’un concert puisqu’il y a des images. Et puis il y a un instrument qui est très spécial et très singulier: cette machine à gouttes qui produisent des sons. Au-delà de l’aspect purement musical, il y a de la part du compositeur la volonté de donner à cet instrument un aspect visuel inhabituel et très poétique, puisque les gouttes qui tombent du plafond sont placées entre l’orchestre et le public. Le public est ainsi en premier plan pour voir ces gouttes tomber. Elles sont également mises en valeur  par un éclairage suggestif. Nous sommes donc  la fois dans un concert et, en même temps, dans une performance scénique qui n’est pas un concert. C’est un spectacle au sens propre du terme.

C’est un spectacle aux contenus techniques fortes. Il y a beaucoup de technologie: il y a cette machine qui produit des gouttes contrôlées très précisément par l’ordinateur. Chaque goutte tombe sur des objets différents : des boilles, des cloches, des petites assiettes, des plaques chauffantes… et tout ça produit des sons qui sont repris et qui sont amplifiés. En fait, chaque objet est amplifié par un dispositif de micros. La machine elle-même est contrôlée par ordinateur. Il y a aussi une technologie particulière et de l’électronique dans ce concert. En ce moment, les équipes techniques  sont occupées à tout mettre en place. Mauro Lanza, compositeur de l’oeuvre Le nubi non scoppiano per il peso , va apporter la machine avec le constructeur et la faire fonctionner.  Je veux mentionner aussi la présence dans la pièce d’une soprano colorature, Rebecca Woodmass,  qui chante une partition très belle, tirée d’un texte du livre de Job dans l’ancien testament, avec une voix très aiguë, très pure et très agile.

Le nubi

La disposition sur scène pour l’œuvre Le nubi non scoppiano per il peso de Mauro Lanza

Rui Penha, compositeur portugais de Pendulum, une œuvre avec  vidéo, sera également présent. Nous avons donc été obligés de placer le concert en deux endroit différents puisque l’écran vidéo et la machine à gouttes ne peuvent coexister sans entrer en conflit. Il y aura également une oeuvre de Misato Mochizuki, compositrice japonaise, nécessitant une partie électronique et puis nous aurons une composition de Fabien Levy, Les sonneries de Cantenac, qui est aussi assez singulière, car elle ne se déroule pas pendant le concert mais avant ou à l’entracte. Ce n’est pas du tout une œuvre comme les autres puisqu’il s’agit de sonneries intervenant à intervalles réguliers et jouées par quatre instruments (Levy laisse le choix sur les 4 instruments; ici, nous avons choisi des saxophones) cachés à des endroits différents de la salle : ils seront peut-être dans le couloir, dans le hall, dans la salle de concert. La technologie est également mise en œuvre pour synchroniser ces quatre musiciens; un ordinateur sera déclenché par l’un des musiciens et donnera le départ dans les oreillettes des autres musiciens.  C’est une sorte d’œuvre apéritive, préparatoire, qui va préparer les spectateurs à une écoute spatialisée et en même temps va les surprendre car ils ne s’attendent pas entendre de la musique. Les spectateurs sont donc alertés et mis en éveil avant que le concert ne commence.  Enfin, il y aura une création de Brice Gatinet, étudiant compositeur de l’école de musique Schulich de McGill avec également de l’électronique. Il a travaillé avec un logiciel de l’IRCAM (Institut de recherche et coordination acoustique/musique de Paris) permettant de modéliser et d’orchestrer des sons enregistrés, analysés et traités par le logiciel. Il y aura aussi une guitare électrique, une clarinette contrebasse, un contrebasson et un saxophone avec des rôles particuliers, un peu comme des solistes. »

On a ensuite demandé à Guillaume Bourgogne le rapport entre la technologie actuelle dans la musique et sa formation classique de directeur d’orchestre.

« La technologie fait maintenant partie du monde classique et de la lutherie d’aujourd’hui. J’ai donc été très souvent amené à travailler avec des éléments technologiques, des patches, des musiques qui mélangent des instruments acoustiques avec des instruments électroniques; c’est assez habituel pour moi. Par exemple, avec le CME (Contemporary Music Ensemble) en octobre dernier, nous avons fait un concert avec la musique de Gérard Grisey, dans laquelle il y a des synthétiseurs avec des fiches de son importantes. Je travaille donc très souvent avec la technologie; c’est une manière différente de travailler par rapport aux musiciens qui ont leur propre spécificité. En fait, pour travailler avec les machines, il faut qu’elles soient prises en main par des gens très compétents, des ingénieurs du son, des assistants spécialisés en informatique musicale. Les compositeurs doivent également bien connaitre ce milieu de travail. On peut donc souvent me voir avec soit une oreillette, soit une pédale ou des déclencheurs.  Tout cela fait maintenant partie du quotidien dans le monde de la musique contemporaine.»

En conclusion M. Bourgogne nous a donné ses sensations sur la préparation de ce concert

« Je me suis beaucoup amusé à concevoir ce programme pour le festival Montréal/Nouvelles Musiques 2015 parce que quand Walter Boudreau m’a parlé de la thématique du festival, environnements et nouvelles technologies, j’ai été très inspiré pour composer un programme autour de cette thématique et je trouve que les œuvres que j’ai choisies et réunies correspondent  à ce qui était indiqué. Chaque œuvre, à sa façon, s’intègre vraiment bien dans ce projet. Je suis donc très heureux que MNM nous permette de proposer ce travail au public de Montréal. »

Le concert Nubi sera présenté deux soirs, jeudi 26 et samedi 28 février 2015 dans le cadre du festival Montréal/Nouvelles Musiques 2015 en co-diffusion avec Montréal en Lumière.

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L’origine des premières lueurs : un entretien avec Yannick Plamondon

Billet en main, je me dirigeais vers la salle Tana Schulich pour assister au spectacle Molinari Branché !,  concert où  le Quatuor Molinari, accompagné de compositeurs se servant d’ordinateurs, jouerait des pièces contemporaines mariant musique de quatuor à cordes et sons électroniques. Le concert était précédé d’une discussion avec les compositeurs. Le directeur artistique de la SMCQ, Walter Boudreau, invita sur scène Laurie Radford, auteur de Twenty Windows, Yannick Plamondon, auteur de Aux premières lueurs, et John Rea, qui présenterait String Quartet no ̊4 du compositeur défunt Jonathan Harvey. Les compositeurs ont mis en contexte leurs pièces respectives et ont parlé de leurs inspirations. Quand  le tour de Yannick Plamondon est arrivé, il a raconté comment il avait été frappé par la beauté et la pâleur des couleurs diluées à l’eau des toiles du peintre abstrait québécois, Fernand Leduc. Plamondon continuait en expliquant que, puisque la couleur est produite par des ondes, tout comme les sons, il avait essayé de reproduire les couleurs de Leduc en musique. Ensuite, il a fait des liens entre la tradition et la modernité, la musique et la peinture, le passé et le présent, et l’art et la science.

Le Quatuor  Molinari a joué avec émotion et a interprété avec intensité les trois pièces. Pendant que le quatuor enchantait la foule à l’aide de ses archets, des bruits irréels produits par les ordinateurs venaient tantôt du plafond, tantôt du fond de la salle, parfois de la gauche et parfois de la droite.

Afin de me permettre de mieux plonger dans son œuvre et comprendre pourquoi il a fait allusion à tant de sujets variés pour expliquer Aux premières lueurs, Yannick Plamondon a eu la gentillesse de développer ses explications après le concert :

Même si la modernité est parfois comprise comme étant une rupture avec le passé et la tradition, la vision de Yannick Plamondon de ces opposés apparents remet en question les idées préconçues. Il admire la liberté avec laquelle les artistes d’art visuel moderne comme les plasticiens, le mouvement d’art abstrait contemporain dont Fernand Leduc faisait partie et le sculpteur David Atmedj, produisaient leurs œuvres. L’art visuel contemporain a dépassé, selon Plamondon, les questions clichées autour de l’art moderne et postmoderne telles « qu’est-ce que qui peut-être considéré comme une œuvre d’art et qu’est-ce qui ne l’est pas ? ». Il admire la facilité avec laquelle les artistes visuels peuvent rompre avec les clichés et les idées préconçues. Bien entendu, cette facilité vient du fait que cette rupture avec l’Histoire traditionnelle de l’art s’est produite dans l’art visuel beaucoup plus tôt que dans la musique. Pour cette dernière, la modernité est reflétée par l’atonalisme, la rupture de la forme et du temps. Ce désir de rompre avec les conventions n’est pas un refus total de la tradition. Après tout, Plamondon veut que son œuvre s’inscrive dans la tradition des plasticiens. De plus, sa vision de l’Histoire est plutôt relativiste : selon lui, il n’y a pas une seule Histoire, mais « des Histoires », c’est-à-dire, un nombre de traditions plutôt qu’une seule version de l’Histoire, celle qui est communément acceptée. Suivre une Histoire ou une tradition est pour Plamondon aussi une profonde recherche d’identité que les artistes doivent faire pour se définir. Une des difficultés, selon lui, est de faire cette recherche sans se perdre, car le Québec, sa province natale, est entré tard dans la modernité et a importé la culture européenne. « J’aime plus me définir dans un paradigme nord-américain qu’européen en général (…). On est francophone, mais curieusement, mes références sont beaucoup plus Nord-Américaines (…) ».  Il reconnaît qu’une partie de la culture québécoise est importée de l’Europe, mais s’inscrire dans la tradition européenne est accepter une forme de colonialisme.

Mais, cette recherche n’est pas sans péril : il est possible de s’y perdre. Yannick Plamondon craint de se tromper dans cette recherche identitaire liée à la tradition et les Histoires, cette recherche de vérité. Ce qui est certain est que, musicalement, il se distingue par l’utilisation du lyrisme comme structure pour ses pièces qui s’inscrit dans une réflexion complexe sur le son et la modernité. Il se considère dans « les Histoires », car même s’il écrit de la musique classique contemporaine, le lyrisme de ses compositions, qui peuvent rappeler l’ère romantique ou la musique populaire, montre une rupture avec les éléments clés de la musique classique contemporaine. Toutefois, il trouve que la modernité, cette rupture avec l’histoire, n’est pas souhaitable, mais fait tout de même partie de l’Histoire. Aucun mouvement politique ou artistique ne s’inscrit dans un vide. Il propose de comprendre l’Histoire toute en développant une liberté par rapport à celle-ci. Yannick Plamondon, aussi professeur de musique au Conservatoire de Québec, espère encourager ses étudiants et son public à mettre fin aux tabous et normes stylistique comme l’ont fait ses artistes préférés sans ignorer l’Histoire.

La tradition sous-entend la préservation, mais Yannick Plamondon trouve que préserver à tout prix une œuvre d’un compositeur vivant risque de présenter « la musique des compositeurs vivants comme s’ils étaient morts ». Il pense que « Le concert de musique nouvelle est tout sauf muséal. Ce n’est pas une activité de conservation : c’est une activité de création ». Ainsi une pièce peut changer et évoluer comme les êtres vivants et donc conserver une pièce d’un compositeur vivant, un compositeur en mesure de modifier une pièce, est absurde. Yannick Plamondon est en dialogue constant avec ses œuvres, même Aux premières lueurs : « Même encore la nuit passée je travaillais encore dessus ». La théorie de la conservation s’applique aux pièces des compositeurs morts. Yannick Plamondon cite en exemple l’interprétation de String Quartet no ̊4 de Jonathan Harvey. Un technicien équipé de spacialisateurs, d’une tablette et d’un ordinateur interprétait la partie électronique et réglait les machines afin qu’elles produisent les sons aux bons moments. Sur l’écran, des cercles bougeaient dans les cases ; ces cercles étaient des mouvements de Jonathan Harvey enregistrés dans le logiciel. « Je voyais l’artefact du mouvement de Jonathan Harvey enregistré. », dit Plamondon en regardant l’installation du technicien, « Je peux encore voir ses mains. »

L’ordinateur créait toutes sortes de sons rappelant des ambiances. J’avais l’impression d’être dans un film de science-fiction, tantôt sur une montagne et plus tard, sous la mer. Comment a-t-il fait pour que ces sons cadrent si bien avec la pièce ?

Tout d’abord, il ne s’agissait pas de la mer, ni du vent, ni d’extra-terrestres. Plamondon a fait une synthèse du bruit blanc, une addition de beaucoup de sonorités, aux ondes sonores sinusoïdales, le son pur sans harmoniques, le son le plus fondamental. En travaillant ces ondes sonores, il peut produire une variété de timbres. Il a ensuite souri en soulignant que d’autres spectateurs ont prétendu avoir entendu des flûtes et des cloches.  Il y a, en effet, une ressemblance entre le son pur et les cloches, car les ondes qu’elles produisent sont aussi sinusoïdales, mais les impressions des spectateurs sont ce que Plamondon nomme des « illusions cognitives », ce qui est différent des « trompe-l’oreille » utilisés par John Rea dans Vanishing Point. Cette illusion est causée par les associations que les spectateurs ont faites entre les sons entendus et des sons qu’ils connaissaient tandis que les « trompe-l’oreille » de John Rea sont des illusions auditives causées par les limitations du système auditif de l’être humain. Plamondon n’a jamais créé ces sonorités évocatrices dans le but de reproduire des sons bien connus. L’interprétation des spectateurs est l’association qu’ils font entre les sonorités de l’ordinateur et des sons qu’ils connaissent et l’état d’esprit dans lequel le jeu du Quatuor Molinari les a mis. Mais quelle était l’intention de Plamondon en utilisant ces sons ? Susciter chez le public un état émotif et des images vives pendant qu’ils écoutent la pièce. (12:47 à 14:24 L’aspect informatique et l’avenir de la pièce).

Même s’il fait des liens entre sa pièce et différentes formes d’art et les sciences, Plamondon ne trouve pas qu’il est forcément nécessaire de faire ce genre d’association. Il se garde d’en faire, car il est possible de donner à des œuvres des significations qu’elles n’ont jamais eues.  « Faire de la musique est un processus complexe », dit Plamondon. « On s’égare un peu quand on essaie d’amener les gens dans notre établi face à des problèmes ». Il faut se garder de faire des associations entre des choses qui  n’ont pas forcément de liens entre elles. Même si Plamondon fait allusion aux sciences, son œuvre est plus poétique que scientifique.

Aux première lueurs, est une pièce qui s’inscrit dans la tradition de l’art contemporain sans en être esclave. Elle reflète la pensée, l’identité, les influences et la quête de son auteur. Il a réussi à mettre en pratique la liberté avec laquelle ses peintres préférés créaient leurs toiles. Fernand Leduc aurait probablement apprécié  cet hommage musical.

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Pourquoi la Série hommage, pourquoi Denis Gougeon

 

Denis Gougeon, compositeur à l’honneur de la Série hommage 2013-2014

La Série hommage tirant à sa fin, il me semblait intéressant de répondre à des questions qui reviennent souvent de la part du public concernant le processus de sélection pour le compositeur «hommagé». J’ai donc parlé avec André Hamel, compositeur et membre du comité artistique de la SMCQ pour en savoir plus sur le sujet et plus spécifiquement sur les tenants et les aboutissants du choix du compositeur à l’honneur cette année, Denis Gougeon.

crédit : Martine Doyon

André Hamel, compositeur et membre du comité artistique de la SMCQ, crédit : Martine Doyon

 

Q. D’entrée de jeu, pouvez-vous me dire comment le comité artistique choisit le compositeur à l’honneur pour la Série hommage  ?

Les suggestions sont faites par les membres du comité artistique (y compris Walter Boudreau, le directeur artistique, bien sûr) et le choix se fait par un vote. D’entrée de jeu, mentionnons que le compositeur « hommagé » doit évidemment être une figure importante dans le milieu des musiques de création. Denis Gougeon, en plus d’en être une personnalité dominante, est assurément un des compositeur québécois vivants les plus joués, tant ici que hors de nos frontières.
Q. Qu’est-ce qui distingue la musique de Denis Gougeon et a fait de lui un bon candidat pour la Série hommage ?
Pour ma part, Denis m’apparaissait comme le meilleur candidat parmi les noms soumis. Denis a créé un corpus d’œuvres qui, en plus d’être imposant et varié, est d’une grande qualité artistique. Ce qui frappe à l’écoute de la plupart des œuvres de Denis Gougeon, c’est la facture plutôt classique qui les caractérise. Ce constat se fait tant au plan harmonique (plutôt consonant et souvent franchement tonal) que sur le plan de l’articulation rythmique.

Mais il s’agit en quelque sorte là d’un leurre ou plutôt, d’un point de départ, d’un prétexte, pour ainsi dire, à l’expression d’une modernité qui lui est toute personnelle ; libre des diktats associés aux principaux courants des musiques de la 2e moitié du XXe siècle. Franchement ancrée dans la tradition, la musique de Gougeon ne s’inscrit nullement en réaction face à la modernité. C’est là une de ses grandes qualités.
La grande force de Denis Gougeon est sa capacité à créer la sensation de mouvement. À cet égard, peu de compositeurs ont atteint une telle maîtrise dans l’articulation du matériau.
Préoccupé par la forme et son déroulement dans le temps, ce compositeur a trouvé à développer un langage qui, tout en utilisant abondamment les outils mis à la disposition des créateurs au cours du XXe siècle, loin de rompre avec la tradition, la prolonge en quelque sorte.
On peut ici faire un certain parallèle avec Alban Berg. On dit de Berg qu’il a su conserver un grand lyrisme malgré l’utilisation d’un langage jugé cérébral (le dodécaphonisme). Dans une autre optique, et un peu à l’inverse, Gougeon sait allier à une articulation harmonique et rythmique de prime abord plutôt conventionnelle, une étonnante maîtrise des techniques texturales et timbrales développées dans la 2e moitié du XXe siècle.
Q. Quelles sont les répercussions positives de la Série hommage dans la carrière d’un compositeur selon vous ? Et pour la société et la culture ? En somme, pourquoi un tel événement a sa pertinence aujourd’hui ? 
Vaste question ! La place occupée par les compositeurs dans notre société l’est malheureusement beaucoup moins. La Série hommage se veut être un palliatif à cette situation. Dans une certaine mesure, cette initiative atteint son but. Bon… c’est pas demain la veille que le compositeur « hommagé » fera le plateau de « Tout le monde en parle, » on s’entend là-dessus. Par contre, le formidable travail de promotion exercé par la SMCQ qui incite les ensembles non spécialisés à inclure les œuvres du compositeur choisi à leurs programmes, permet à un grand nombre de personnes d’entendre ses œuvres, souvent pour la première fois.
À cet égard, la contribution la plus significative, à mon sens, se fait auprès des jeunes dans les écoles (primaires et secondaires). Nous le constatons, tant au niveau des concerts de musique contemporaine qu’au niveau des concerts classiques : le public vieillit. Si nous souhaitons voir notre art survivre au rouleau compresseur de l’industrie du divertissement, c’est auprès des jeunes que nous devons agir, allumer en eux la petite flamme qui les mèneront demain, nous l’espérons, vers nos salles de concert.
Pour ce qui est, de manière plus ciblée, des répercussions de la Série hommage dans la carrière du compositeur choisi, sur le coup, elles sont bien sûr formidables. Je m’entretenais récemment avec Denis Gougeon. Celui-ci me décrivait à quel point son année était occupée. Ce fut le même feu roulant précédemment pour Ana Sokolovic. Cela étant, seul le temps nous dira à quel point cette extraordinaire attention momentanée a un effet sur la suite des choses.

 

 

 

 

 

 

Éric Champagne : quand la musique contemporaine vient directement du coeur !

par Laurence P.Rousseau

Afin d’en savoir plus sur le concert Gougeon Perspective(s) présenté ce vendredi 23 mai à la Chapelle historique du Bon-Pasteur, j’ai réalisé une entrevue avec Éric Champagne, qui a composé une œuvre spécialement pour ce concert du Trio Fibonacci. Il m’a semblé intéressant d’aller chercher le point de vue d’un compositeur de la relève, qui plus est un élève de Denis Gougeon. Aujourd’hui, il nous parle de sa création Stèles, de son rapport avec Denis Gougeon et aussi de notre avenir : les jeunes ! C’est avec générosité qu’il a répondu à mes questions. Je l’en remercie. Rencontre avec un compositeur inspirant, sensible et cultivé.

Pouvez-vous nous parler de Stèles, votre dernière œuvre qui sera créée par le Trio Fibonacci lors du concert Gougeon Perspective(s)?

La création de Stèles ne s’est pas déroulée comme prévu. À l’origine, le Trio Fibonacci m’avait contacté il y a un an pour ce projet. Cependant, je savais déjà que je ne pourrais pas écrire quoi que ce soit avant la mi-mars de cette année, car mes obligations en tant que compositeur en résidence à l’Orchestre Métropolitain monopolisaient mon temps jusqu’à la création de ma première symphonie, qui eut lieu le 14 mars dernier. J’avais ensuite prévu environ 6 semaines de travail pour cette pièce. Or, la vie nous rattrape plus rapidement qu’on ne le croit et elle change nos plans sans crier gare. Le 19 mars 2014, mon père est décédé subitement à l’âge de 58 ans. Ses funérailles ont eu lieu quatre jours plus tard, le 23 mars. L’événement a été un choc pour moi, et une profonde chute émotionnelle après les sommets de joie que j’avais vécu quelques jours avant, après la création de ma symphonie. Aussi, j’ai eu beau me forcer, j’ai été incapable de composer quoi que ce soit durant un mois. Je ne trouvais pas la concentration et l’inspiration nécessaire.
Le compositeur Éric Champagne, crédit photo : La Presse

Le compositeur Éric Champagne, crédit photo : La Presse

Cependant, le deadline approchait. J’ai demandé aux musicien de le repousser un peu, question de me laisser un peu de temps pour me retrousser les manches et de m’atteler au travail. Ainsi est né Stèles, dans l’urgence de l’écriture, dans le stress du deadline (vécu comme un couperet prêt à me couper la tête à tout instant!) et, surtout, en plein processus de deuil.
Le mot stèle désigne un monument monolithe (colonne, cippe, pierre plate) qui porte une inscription, des ornements sculptés. Stèle commémorativestèle funéraire. (Définition tirée du Petit Robert)
La pièce est en trois mouvements, comme autant de monuments marquant la temporalité des événements, mais aussi comme autant de tentatives d’inscrire dans un discours une émotion, un souvenir, un état d’âme.
Stèles est dédié à la mémoire de mon père.
Comment est-ce que Denis Gougeon, en tant que professeur et compositeur, vous a-t-il influencé?
 
Je n’ai étudié qu’une année avec Denis Gougeon, lors de la première année d’un doctorat que j’ai abandonné. J’étais à un moment étrange de ma vie, où j’ai débuté mon doctorat non pas par nécessité mais parce que je ne me voyais pas faire autre chose de ma vie que d’être aux études. En fait, quand j’ai débuté cette année avec Gougeon, j’en était à ma 20e année d’étude à vie, sans arrêt depuis la maternelle! Tout au long de l’année, Denis m’a regardé travaillé et, après quelques temps, il m’a donné ce qui allait être le plus grand conseil de ma vie : il m’a dit «Tu sais composer et ce n’est pas au doctorat que tu apprendras grand chose de ce côté. Tu n’as pas besoin de ce doctorat maintenant. Alors lâche ça, part dans la vraie vie, écris de la vraie musique pour de vrais musiciens!» Il m’a carrément donné l’élan qui me manquait pour entamer une carrière de compositeur. J’ai suivi son conseil, j’ai abandonné mon doctorat et depuis, j’ai une carrière de compositeur!
Ceci dit, si je n’ai pas eu le temps d’apprendre beaucoup plus auprès de Denis, j’ai énormément appris de sa musique, que j’admire profondément. Il a cette sensibilité d’écrire pour l’interprète ET pour le public, une disposition créatrice qui m’interpelle énormément. Aussi, il jongle admirablement avec diverses conceptions harmoniques qui m’intéressent aussi en tant que créateur. La conception d’une harmonie nouvelle, a mi-chemin entre le tonal et l’atonal, avec un travail particulier sur des modes naturels et artificiels qui permettent un nouveau rapport entre la dissonance et la consonance sont marquants dans sa musique et c’est une voie que j’emprunte allègrement dans la mienne. Je dois aussi souligner que j’admire la théâtralité de sa musique, qui m’inspire beaucoup dans la construction et la direction, l’élan qui dirige une musique d’un point de départ à son arrivée.
Gagnant du prix opus de la découverte de l’année 2013, pouvez-vous nous expliquer ce qui vous a mené à faire le choix de la carrière de compositeur et comment la musique contemporaine a sa place dans le paysage culturel ?
Je suis venu tard à la musique. J’ai débuté à l’école primaire, par la flûte et le chant. Je me souviens que j’étais doué, mais à cet âge, ce n’était qu’un cours comme les autres, et à cette époque la musique n’avait pas de place dans ma vie en dehors de l’école. C’est vers la fin du secondaire que j’ai débuté la composition, et c’est au CÉGEP que j’ai sérieusement orienté ma carrière vers la composition. Cependant, avant de vouloir être compositeur, je me suis découvert une passion pour l’écoute de la musique. Tranquillement, je suis devenu un mélomane curieux et gourmand. Je suis devenu compositeur car je voulais entendre ce que je n’entendais pas chez les autres compositeurs, ou encore parce que je voulais faire «sonner» certaines chose à ma façon! C’est donc cette passion pour la musique qui s’est développée lentement, mais qui fût si dévorante qu’elle me mena sur les chemins de la création.
Pour moi, la musique de concert, qu’elle soit contemporaine ou non, est le seul refuge face au commun et au superflu. Aujourd’hui, notre vie est submergée par la musique, que ce soit au sein des divers médias qui rythment nos vies (radio, télévision, cinéma, Internet) ou encore dans les espaces publics et commerciaux (ascenseur, centre d’achat, magasins…). La musique (essentiellement la chanson de nature commerciale) inonde quotidiennement nos oreilles de telle sorte que le sens de l’écoute s’engourdit, devient d’une certaine façon blasé. La musique nouvelle, et la musique en situation de concert dans un sens plus général, force l’auditeur à une écoute active, un exercice qui dépasse le simple divertissement (sans pour autant renier cet état de fait!) pour aspirer à un véritable discours artistique, une réelle manifestation de la singularité humaine.
Finalement, on a pu remarquer votre grande implication auprès des jeunes. Pourquoi croyez-vous qu’il est important d’intéresser les jeunes à la musique contemporaine ?
Mon intérêt auprès des jeunes est relativement nouveau et concorde plus ou moins avec le début de ma résidence avec l’Orchestre Métropolitain. L’OM a un mandat éducatif axé sur la jeunesse et une partie de mon travail en tant que compositeur en résidence devait épouser ce mandat. J’ai donc eu l’occasion de m’impliquer dans divers projets de création pour et avec des jeunes, en plus de réfléchir à diverses activités de création musicale conçues pour les élèves. Parallèlement, j’ai remporté, en 2012, le Prix collégien en musique contemporaine, ce qui m’a mené à écrire de la musique pour des jeunes du niveau collégial, en plus de donner plusieurs conférences dans divers CÉGEPs. Ces expériences m’ont convaincu du bien fondé de cette démarche auprès des jeunes, qu’ils soient au primaire, au secondaire ou au collégial.
Et cette implication va grandissante dans mon cheminement créateur.
Je suis extrêmement redevable à l’école publique de m’avoir ouvert aux arts. Je viens d’une famille de classe moyenne très ordinaire, sans histoire. Sans l’école publique (et je souligne publique, car il n’a jamais été question dans ma famille d’aller ailleurs que dans une école publique, tant pour des raisons idéologiques que monétaires), je ne serais jamais allé au théâtre, je n’aurais jamais entendu un orchestre symphonique, je n’aurais jamais appris à jouer de la musique. Bref, je n’aurais jamais découvert l’art, car je venais d’un milieu où l’art était très peu présent. Aujourd’hui, je suis non seulement convaincu que la présence de l’art à l’école est essentielle au bon développement pédagogique de l’élève, mais je demeure persuadé que l’art et la musique permettent à chaque enfant de devenir un citoyen cultivé et pleinement développé.
D’un autre angle, je milite pour que le compositeur soit mieux reconnu comme artiste créateur de son temps. Et cette reconnaissance, si elle ne passe pas par les médias qui éclipsent quasi-totalement ce pan de la création contemporaine artistique, elle passera par l’éducation. Aujourd’hui, n’importe qui a un DEC, a déjà lu un livre de Réjean Ducharme ou de Gabrielle Roy, connaît quelques vers d’Émile Nelligan, voire de Gaston Miron et risque d’avoir lu ou vu une pièce de théâtre de Michel Tremblay. Qu’il ait aimé ou non n’est pas important : l’essentiel est qu’il ait eu un contact avec ces créateurs, un contact qu’il n’aurait pas eu autrement. Eh bien, il serait tout aussi essentiel dans la construction culturelle et identitaire des élèves québécois qu’ils entendent quelques mesures de Claude Champagne, de Pierre Mercure, d’André Mathieu, de Claude Vivier et de Jacques Hétu. Il est impératif que ces créateurs soient reconnu comme compositeurs, et non comme étant le nom d’une salle de spectacle!
De plus, je considère extrêmement important que les jeunes aient un accès aux compositeurs d’ici dans leur apprentissage. Et ça, c’est la tâche des compositeurs de s’ouvrir au jeune public. Lorsqu’un enfant apprend à jouer du piano, il va un jour ou l’autre jouer une pièce du Cahier d’Anna Magdalena de Bach. Bon, on s’entend, ce n’est pas la Messe en si mineur, mais c’est du BACH! L’enfant joue du BACH!!! Il développe une relation exceptionnelle avec ce créateur en jouant de sa musique, et cette rencontre nourrira sa culture personnelle toute sa vie! Peut-il en faire autant avec les compositeurs d’ici? Malheureusement non! On a beau dire à tout un chacun que Claude Vivier, Serge Garant, Gilles Tremblay et tutti quanti sont des grands compositeurs de notre histoire, mais aucun enfant ne peut jouer de sa musique car elle est trop complexe, elle est réservée à des interprètes professionnels de haut calibre. Il faut que les compositeurs québécois acceptent d’écrire pour des musiciens en devenir, pour des élèves ou encore pour des amateurs. C’est la seule voie possible pour que ces futurs citoyens, ces futurs auditeurs, développent un intérêt pour la musique de création. Et je peux dire que le peu que j’ai fait en ce sens est extrêmement enrichissant, tant au point de vue musical qu’humain.
Encore là, c’est un équilibre à atteindre. Je réponds à des commandes et j’entame des projets avec des musiciens professionnels, mais je mijote aussi quelques autres projets de musique pour les jeunes… D’autant plus que je suis depuis quatre ans l’oncle des deux enfants de ma sœur, et je m’interroge beaucoup sur leur perception du fait musical, notamment par rapport aux chansons et comptines traditionnelle… Il ne serait pas surprenant que je travaille avec ce type de matériel musical dans un avenir rapproché!

Passer le cap des 30 ans tout en musique

Grand événement ce soir : l’Ensemble I Musici fête son 30ème anniversaire à la Maison symphonique de Montréal dans un concert passionnant avec musiques de Tchaïkovski, Beethoven et une commande spéciale à notre compositeur de l’année, Denis Gougeon. Pour en savoir plus, nous vous proposons cette entrevue à Global News avec le directeur artistique Jean-Marie Zeitouni :

Jean-Marie Zeitouni en entrevue à Global News

Et ce petit aperçu du quotidien « vibrant » des membres d’I Musici :

Bonne écoute!

 

À la prochaine!

Bonjour à tous!

Aujourd’hui se termine une étape de ma vie, une étape palpitante et enrichissante à Montréal. C’est pourquoi je voudrais maintenant dédier les mots de ce 43ème extrait à remercier tous ceux qui m’ont aidée pendant cette année comme bénévole à la SMCQ.

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D’abord, je dois remercier la SMCQ de m’avoir donné l’occasion de faire partie de son équipe. Ici, j’ai évolué professionnellement grâce à une responsabilité qui relie mes deux vocations: le journalisme et la musicologie. Merci de votre accueil et de votre aide.

Deuxièmement, j’ai un grand merci pour Denis Gougeon qui a accepté de collaborer avec moi, mais aussi à tous les compositeurs et compositrices, les musiciens et musiciennes, les chefs d’orchestre… et tous ceux qui ont répondu à mes courriels, qui ont été ponctuels à nos rencontres et qui ont accompli mes demandes.

Finalement, le plus grand remerciement est pour vous tous qui avez été derrière l’écran à suivre chaque semaine nos nouvelles. Sans vous, sans les lecteurs, un blogue perdrait sa raison d’être.

J’espère qu’on aura l’occasion de se revoir, mais en attendent, je vous invite à continuer de consulter régulièrement notre blogue… car il y a encore beaucoup de choses à dire sur la musique contemporaine!

Merci, merci, merci!

Margalida Amengual

À la mi-temps de la Série hommage

Bonjour à tous!

Aujourd’hui nous vous présentons un petit fragment de l’entrevue faite avec Denis Gougeon où il nous parle des moments les plus touchants de cette première partie de la Série Hommage. Pour notre compositeur à l’honneur, cette année hommage est extraordinaire car 50 sociétés de concert et ensembles ont décidé volontairement de jouer au moins une des ses pièces. «Personne n’est obligé», rappelle Denis Gougeon, et c’est «touchant et gratifiant». 

Même si le compositeur s’est vraiment amusé avec toute cette première partie de la Série Hommage, il a reconnu qu’il y a eu des «moments plus forts que d’autres pour toutes sortes de raisons». D’abord, le concert d’ouverture qui a été «émouvant et extraordinaire» parce que son épouse a chanté la pièce Heureux qui comme, mais aussi parce qu’il y avait une «énergie fantastique» grâce à la présence de 150 des 400 enfants que le compositeur avait rencontrés dans les camps musicaux l’été d’avant.

Denis Gougeon se souvient aussi de l’hommage des professeurs et des étudiants de l’École de musique Vincent-d’Indy où il avait étudié, du concert de l’Harmonie FAMEQ et du concert de l’Ensemble Arkea où sept de ses ex étudiants de Doctorat ont composé une pièce à partir de ses Six thèmes solaires : « Cela reflète la partie de ma carrière d’enseignant et ç’a été beau parce qu’ils l’ont fait gratuitement et c’était généreux, un grand bonheur. »

Bonne écoute!

Ma première fois à l’OSM

Après un an à Montréal, j’ai enfin assisté jeudi dernier à mon premier concert de l’Orchestre symphonique de Montréal, La Chine à l’honneur, qui faisait partie de la Série hommage à Denis Gougeon et de l’événement Spectaculairement Chine produit par la Place des Arts. Pour cette occasion, le directeur musical de l’OSM, Kent Nagano, a cédé le lieu de chef d’orchestre au chinois Long Yu, qui a su tirer le meilleur des musiciens. Le concert a absolument dépassé toutes mes attentes, en partie grâce à sa magnifique direction.

La soirée a débuté avec la première nord-américaine de Toy (Music Box), de Denis Gougeon, œuvre gagnante du Premier prix du Concours international de composition de Shanghai en 2010. Assise non loin de la scène, j’ai compris pourquoi le compositeur était tombé amoureux des flûtistes chinois Qian Jun et Kai Jin: la musique a été composée expressément pour eux et leur interprétation précise et expressive rend justice à l’écriture de Denis, grandit la pièce, même. On a pu constater l’habileté de  Gougeon à agencer ces anciens instruments diatoniques avec l’orchestre symphonique actuel, et les dialogues entre les deux flûtes et les différentes atmosphères sonores créées ont touché le public, qui a démontré sa satisfaction par de longs et chaleureux applaudissements.

Jian Wang pendant le concert avec l'OSM. Photo: SMCQ

Jian Wang pendant le concert avec l’OSM.
Photo: SMCQ

L’interprétation du violoncelliste chinois Jian Wang des Variations sur un thème rococo opus 33 de Piotr Ilitch Tchaïkovski a aussi bouleversé le public de l’OSM. Ces variations, qui sont un hommage du compositeur à son idole Mozart, donnent un rôle d’accompagnement à l’orchestre, qui est réduit, et mettent en valeur le soliste qui, dans ce cas, a vraiment été à la hauteur de la pièce. La virtuosité de Wang et sa qualité technique lui ont permis de relever avec brio tous les défis de cette œuvre qui exige de passer du lyrisme le plus doux à la virtuosité extrême sans oublier une palette d’intensité sonore vraiment énorme.

Après cette première partie si touchante, le concert a poursuivi avec les Enchantements oubliés du compositeur chinois Qigang Chen et la Symphonie no 5 en ré mineur, opus 47 de Dimitri Chostakovitch. Il va sans dire que la qualité et l’interprétation musicale de l’OSM ont été tout aussi exceptionnelles, mais ce serait mentir que de ne pas reconnaître la contribution remarquable des solistes qui ont fait de ce concert une soirée mémorable.

« 4 jeux à 5 », à nouveau

IMG_6944 - CopieLe Conservatoire de musique de Montréal accueille la deuxième édition des Journées des vents, un festival de quintette à vent conçu par le groupe Pentaèdre. Cette semaine, nous nous sommes rendu au Conservatoire pour écouter le hautboïste Normand Forget, le corniste Louis-Philippe Marsolais, la flûtiste Danièle Bourget, le bassoniste Mathieu Lussier et le clarinettiste Martin Carpentier.

Une scène complètement nue mettait l’accent sur les cinq musiciens, qui sont restés debout pendant tout le concert. Le quintette a commencé son récital avec un compositeur d’aujourd’hui peu entendu dans les salles de concerts, August Klughardt, qui fait partie de la « nouvelle école allemande » et qui a écrit le Quintette op.70, une œuvre plus proche de Brahms ou Mendelssohn que des rhapsodistes qui l’ont inspiré pendant sa jeunesse.  La délicatesse de la sonorité et la technique si précise des interprètes donnent l’impression à l’auditeur que tout ce qu’ils jouent est facile.

Le concert a continué avec une transcription pour quintette à vent de Geoffrey Emerson du Quatuor Les Dissonances KV 465 de W.A. Mozart, qui est une preuve de sa vénération pour Haydn. En fait, les premières phrases de cette pièce, pleines de dissonances, ne laissent pas reconnaître le compositeur. L’expressivité et l’exécution des nuances ont marqué l’interprétation de cette série de six quatuors que Mozart a dédiés à Haydn à la suite d’un choc après avoir écouté ses quatuors les plus récents.

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Finalement, l’ensemble a rendu hommage à Denis Gougeon en jouant l’œuvre 4 jeux à 5, qui avait aussi été interprétée la semaine dernière par Pronto Musica. Cette pièce, qui assemble les techniques d’imitation, de miroir, d’inversion et de vitesse dans le premier mouvement et qui offre des solos à tous les instrumentistes dans le quatrième mouvement, a été délicatement et délicieusement interprétée par le quintette, en présence du compositeur. L’interprétation de Pentaèdre fut d’une sensibilité suprême, tout en ayant la force et l’énergie qu’exige la musique de Gougeon.

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N’oublions pas non plus la jeune corniste participant au concours Pentaèdre pour jeunes musiciens qui fut invitée – spécialement à la demande du jury pour sa grande musicalité – à jouer la pièce Cor-Jupiter, des Six thèmes solaires de Denis Gougeon.

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Pronto… Musica!

Bonjour à tous!

Samedi dernier, nous nous sommes rendus à l’église St. Georges pour assister au premier concert de Pronto Musica Chamber Ensemble, une association à but non lucratif qui se lance sur la scène classique montréalaise. Dirigé par Eli Weinberger et Alexis Hauser, ce nouvel ensemble a pour mission de donner aux jeunes musiciens de Montréal une occasion de se produire professionnellement en concert et de les orienter vers leur carrière d’interprètes.

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Ce premier concert fut produit dans le cadre la Série hommage alors que Lara Deutsch (flûte), Krisjana Thorsteinson (hautbois), Eric Abramovitz (clarinette), Daniel Clark (basson) et Gabriel Trottier (cor) nous interprétaient 4 jeux à 5 de Denis Gougeon, une commande pour le quintette à vent Estria, avec l’aide du CAC.

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Dans le premier mouvement, Jeux de miroirs, c’est vraiment cela, un jeu labyrinthique où la musique circule d’un côté à l’autre de l’ensemble, alors que dans le deuxième, À la manière d’un kaléidoscope, il y a un processus de transformation de la densité sonore, des couleurs et des modulations qui sonnent à une musique rythmique et piquée, en constant dialogue entre la flûte et le basson. Le Lent et lyrique est le moment des solos instrumentaux et le quatrième mouvement, Comme une danse, honore son titre avec une musique très rythmée, rapide et accentuée.

Pour vous monter cette palette de techniques de composition – d’imitation, de miroir, d’inversion, de vitesse – nous vous offrons la vidéo d’un passage de la pièce 4 jeux à 5:

Le programme a été complété avec le Brass Quintet No. 1, op 5 de Victor Ewald et le Souvenir de Florence, op 70 de Piotr Ilitch Tchaïkovski. La semaine prochaine, ce sera au tour de l’ensemble Pentaèdre d’attaquer 4 jeux à 5 de Denis Gougeon!

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