Archives d’Auteur: Sergio Prandini

Suivons les traces des éléphants blancs

Les années 60-70 : une époque de transformations, de grands projets et de grands rêves, qui vit à nouveau à travers le regard de 3 compositeurs et un concepteur visuel Montréalais.

L’ensemble à percussions Sixtrum va mélanger ses instruments avec des objets symboliques de cette époque, créant une rencontre entre la technologie des années 60-70 et son évolution actuelle.

Pour mieux suivre Les traces des éléphants blancs, on a rencontré Sylvain Pohu, un des compositeurs, et Joao Catalao, un des membres de Sixtrum.   

Sylvain Pohu nous a expliqué d’abord ce qui a inspiré le titre du concert.

En fait je suis passionné par l’histoire de l’Île de Montréal et j’ai toujours été fasciné et émerveillé par toutes les grands évènements des années 1960, ce qu’on appelle la « Révolution tranquille », tous les travaux et les grands projets jusqu’à l’aéroport Mirabel. Ce que j’aime là-dedans ce n’est pas tant les bâtiments que tout le rêve qu’il y avait à cette époque. Toute cette naïveté s’est un peu perdue aujourd’hui et donc j’ai trouvé intéressant juste d’évoquer ça, de me souvenir de ça. Donc pour cette œuvre Sur les traces des éléphants blancs, je m’inspire de cette époque des années 60-70 à Montréal, des fantasmes et des rêves de cette époque.

Pohu et Catalao nous ont parlé de la réalisation de ce concert.

SP : Ce projet est en fait un genre de mi-installation mi-performance avec des tableaux ciblés pour 3 compositeurs, moi, Jean Michel Dumas et Dominique Thibault et puis aussi Etienne Deslières qui fait des images et des petits vidéos. Chacun s’occupe de ses sections. Cela fonctionne comme un théâtre; même Sixtrum fait partie de la création. C’est vraiment une œuvre qui ne permet pas de déterminer qui a fait quoi dans la pièce. Tout est mélangé. C’est un peu comme un groupe de rock où tout est fait ensemble. Pour l’instant, on a pris des instruments acoustiques et des instruments numériques et on a essayé d’arrimer les deux. On a commencé à improviser et à décider quels musiciens de Sixtrum allaient jouer. On va maintenant commencer à décider des scènes, du type d’endroit, de jeu, d’ambiance. On va pouvoir ensuite passer à une seconde étape pour revenir jouer et le spectacle va être créé le jour du concert; c’est là qu’on va voir ce qu’on veut faire et comment le réaliser.

 JC : En fait le mot « pièce de théâtre » est approprié parce qu’une pièce de théâtre, à la fin, est créée sur le lieu; quand tu occupes vraiment la place. Le soir de la première, c’est la que tu finis le spectacle et ça c’est vraiment super intéressant. Cela sort un peu du cadre du concert classique de musique contemporaine et  de la formule d’un lieu commun d’un concert de musique classique. En plus, au niveau de l’interprétation des musiciens, des percussionnistes, c’est un projet vraiment passionnant parce qu’il mélange les instruments acoustiques auxquels on est habitué avec l’expansion de la sonorité de l’électronique. La part la plus intéressante c’est quand on a commencé à travailler sur la musique mixte qui mélange la basse technologie avec des éléments de haute technologie: on a des téléviseurs à tube jusqu’aux ordinateurs qu’on utilise aujourd’hui.

Les compositeurs construisent vraiment un instrument à augmenter. Cela signifie qu’ on a certaines possibilités et on va les utiliser au maximum pour créer des sonorités, comme un vrai instrument. Avec un instrument, on essaie de découvrir le maximum de différences avec la même chose. Le gros défi, la magie de la chose, c’est qu’on doit apprendre à jouer de ce nouvel instrument augmenté par l’électronique de Sylvain, Dominique et Jean Michel.

SP : En fait, ce concert est un mélange. Un peu comme au cinéma on s’installe et pendant environ 1h30 on guide le spectateur pour faire un voyage; il ne partira pas mais il se laissera bercer par l’aventure. Un peu comme dans un musée où on se promènes. Il y a des tableaux, le spectateur doit observer et s’en approcher; c’est vraiment un mélange. On veut complètement décloisonner le concert, on veut sortir du cadre de concert classique.

En conclusion nous avons recueilli les sentiments des protagonistes sur ce projet.  

SP : Ce qui est important pour moi, puisque on parle d’éléphants blancs, c’est que ça ne sera pas un genre de jugement moral ou de documentaire sur les éléphants blancs québécois; ce n’est pas ça ! L’exemple de l’éléphant blanc, c’est un projet qui est complètement foiré et la nécessité de se poser des questions sur nos éléphants blancs à nous: à quoi cela correspond-il dans notre société? Je pense à de gros projets monumentaux qui vont être abandonnés, les années 60 en ont laissé beaucoup. Les éléphants blancs font aussi partie de l’architecture de Montréal.

JC : Je viens de Brasilia au Brésil. C’est une ville qui a été presque un éléphant blanc: elle a été construite au milieu de nulle part en 4 ans pour être une nouvelle capitale. On avait le rêve de construire la ville la plus grande possible. Mais c’est seulement avec les années qu’elle s’est transformée et est devenue une vraie ville organisée et avec une chaleur humaine.

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Nubi – Entrevue avec Guillaume Bourgogne

C’est un programme de cinq œuvres et cinq compositeurs (Levy, Lanza, Penha, Mochizuki et Gatinet) avec musique, sons, images, technologie et une étonnante machine à goutte dans la pièce d’où est tirée le titre de l’évènement, qui sera présenté lors des concerts Nubi dans le cadre du festival Montréal/Nouvelle Musique 2015.

Le concert sera joué par l’Ensemble de musique contemporaine de McGill, conduit par Guillaume Bourgogne qui nous a expliqué les caractéristiques musicales et technologiques de ce spectacle. 

« C’est un concert qui a évidemment un aspect assez spectaculaire. D’une part il y a un écran vidéo et donc c’est un peu plus qu’un concert puisqu’il y a des images. Et puis il y a un instrument qui est très spécial et très singulier: cette machine à gouttes qui produisent des sons. Au-delà de l’aspect purement musical, il y a de la part du compositeur la volonté de donner à cet instrument un aspect visuel inhabituel et très poétique, puisque les gouttes qui tombent du plafond sont placées entre l’orchestre et le public. Le public est ainsi en premier plan pour voir ces gouttes tomber. Elles sont également mises en valeur  par un éclairage suggestif. Nous sommes donc  la fois dans un concert et, en même temps, dans une performance scénique qui n’est pas un concert. C’est un spectacle au sens propre du terme.

C’est un spectacle aux contenus techniques fortes. Il y a beaucoup de technologie: il y a cette machine qui produit des gouttes contrôlées très précisément par l’ordinateur. Chaque goutte tombe sur des objets différents : des boilles, des cloches, des petites assiettes, des plaques chauffantes… et tout ça produit des sons qui sont repris et qui sont amplifiés. En fait, chaque objet est amplifié par un dispositif de micros. La machine elle-même est contrôlée par ordinateur. Il y a aussi une technologie particulière et de l’électronique dans ce concert. En ce moment, les équipes techniques  sont occupées à tout mettre en place. Mauro Lanza, compositeur de l’oeuvre Le nubi non scoppiano per il peso , va apporter la machine avec le constructeur et la faire fonctionner.  Je veux mentionner aussi la présence dans la pièce d’une soprano colorature, Rebecca Woodmass,  qui chante une partition très belle, tirée d’un texte du livre de Job dans l’ancien testament, avec une voix très aiguë, très pure et très agile.

Le nubi

La disposition sur scène pour l’œuvre Le nubi non scoppiano per il peso de Mauro Lanza

Rui Penha, compositeur portugais de Pendulum, une œuvre avec  vidéo, sera également présent. Nous avons donc été obligés de placer le concert en deux endroit différents puisque l’écran vidéo et la machine à gouttes ne peuvent coexister sans entrer en conflit. Il y aura également une oeuvre de Misato Mochizuki, compositrice japonaise, nécessitant une partie électronique et puis nous aurons une composition de Fabien Levy, Les sonneries de Cantenac, qui est aussi assez singulière, car elle ne se déroule pas pendant le concert mais avant ou à l’entracte. Ce n’est pas du tout une œuvre comme les autres puisqu’il s’agit de sonneries intervenant à intervalles réguliers et jouées par quatre instruments (Levy laisse le choix sur les 4 instruments; ici, nous avons choisi des saxophones) cachés à des endroits différents de la salle : ils seront peut-être dans le couloir, dans le hall, dans la salle de concert. La technologie est également mise en œuvre pour synchroniser ces quatre musiciens; un ordinateur sera déclenché par l’un des musiciens et donnera le départ dans les oreillettes des autres musiciens.  C’est une sorte d’œuvre apéritive, préparatoire, qui va préparer les spectateurs à une écoute spatialisée et en même temps va les surprendre car ils ne s’attendent pas entendre de la musique. Les spectateurs sont donc alertés et mis en éveil avant que le concert ne commence.  Enfin, il y aura une création de Brice Gatinet, étudiant compositeur de l’école de musique Schulich de McGill avec également de l’électronique. Il a travaillé avec un logiciel de l’IRCAM (Institut de recherche et coordination acoustique/musique de Paris) permettant de modéliser et d’orchestrer des sons enregistrés, analysés et traités par le logiciel. Il y aura aussi une guitare électrique, une clarinette contrebasse, un contrebasson et un saxophone avec des rôles particuliers, un peu comme des solistes. »

On a ensuite demandé à Guillaume Bourgogne le rapport entre la technologie actuelle dans la musique et sa formation classique de directeur d’orchestre.

« La technologie fait maintenant partie du monde classique et de la lutherie d’aujourd’hui. J’ai donc été très souvent amené à travailler avec des éléments technologiques, des patches, des musiques qui mélangent des instruments acoustiques avec des instruments électroniques; c’est assez habituel pour moi. Par exemple, avec le CME (Contemporary Music Ensemble) en octobre dernier, nous avons fait un concert avec la musique de Gérard Grisey, dans laquelle il y a des synthétiseurs avec des fiches de son importantes. Je travaille donc très souvent avec la technologie; c’est une manière différente de travailler par rapport aux musiciens qui ont leur propre spécificité. En fait, pour travailler avec les machines, il faut qu’elles soient prises en main par des gens très compétents, des ingénieurs du son, des assistants spécialisés en informatique musicale. Les compositeurs doivent également bien connaitre ce milieu de travail. On peut donc souvent me voir avec soit une oreillette, soit une pédale ou des déclencheurs.  Tout cela fait maintenant partie du quotidien dans le monde de la musique contemporaine.»

En conclusion M. Bourgogne nous a donné ses sensations sur la préparation de ce concert

« Je me suis beaucoup amusé à concevoir ce programme pour le festival Montréal/Nouvelles Musiques 2015 parce que quand Walter Boudreau m’a parlé de la thématique du festival, environnements et nouvelles technologies, j’ai été très inspiré pour composer un programme autour de cette thématique et je trouve que les œuvres que j’ai choisies et réunies correspondent  à ce qui était indiqué. Chaque œuvre, à sa façon, s’intègre vraiment bien dans ce projet. Je suis donc très heureux que MNM nous permette de proposer ce travail au public de Montréal. »

Le concert Nubi sera présenté deux soirs, jeudi 26 et samedi 28 février 2015 dans le cadre du festival Montréal/Nouvelles Musiques 2015 en co-diffusion avec Montréal en Lumière.

En pleine immersion à la découverte de l’Atlantide

30 ans après sa réalisation, Atlantide de Michel-Georges Brégent sera proposée en ouverture du festival Montréal/Nouvelle Musique 2015 à travers une nouvelle réorchestration et des sections originales de l’époque revisitées par la technologie actuelle.

Walter Boudreau, qui sera le chef d’orchestre du concert, nous a parlé de l’histoire de cette œuvre et du parcours de réalisation de ce projet:

« Atlantide est une œuvre qui a été commandée par Radio Canada et présentée en 1985 au Prix Italia, où elle a obtenu une mention spéciale. Pour participer au Prix Italia, une œuvre doit être conçue spécifiquement pour et par la radio, en utilisant toutes les technologies disponibles de la radio. En 1985, Brégent avait utilisé la technologie qui était accessible à l’époque et le numérique ne faisait que commencer, tous les appareils étaient analogiques. Atlantide est une composition qui alterne la musique électro-acoustique et la musique acoustique. La musique électro-acoustique a été créée en studio chez Alain Thibault, sur 16 pistes et ça n’était au début que des échantillons numériques. Une fois que ceci a été fait sur les 16 pistes, le résultat a été importé et inséré dans les 24 pistes qu’on a enregistrées à Radio Canada. La première mission a été de retrouver les 16 pistes originales de la musique électro-acoustique, que Michel-Georges avait créées chez Alain Thibault. Elles s’étaient perdues, je ne sais pas comment, quelque part, dans mon bureau à la SMCQ. Ensuite, la problématique avec Atlantide c’est que c’est une œuvre qui a été composée par et pour la radio; Brégent déjà donnait dans l’utopie totale au niveau de l’exécution humaine de ses œuvres précédentes, qui sont d’une difficulté transcendante. De plus, on travaillait en studio; nous n’avions pas la contrainte d’enchainer et de jouer tout cela en concert. En studio, on enregistre un petit bout puis encore un petit bout et on ajoute les petits bouts les uns à la suite des autres. On travaillait en multipliant avec un « click track »  (une bande métronome, si l’on veut), avec lequel on peut tout synchroniser. Nous avons donc créé tout cela en superposant ces différentes pièces sur 24 pistes d’une machine à l’époque analogique et nous devions l’enregistrer en duo car c’était vraiment complexe et cela a demandé tellement de travail! Mais à la fin, l’œuvre est absolument formidable.

Évolution des systèmes d’enregistrement :

Pour la jouer en concert, c’est un problème…car il y a de grandes parties qui sont injouables… D’ailleurs, il y a une partie de petite trompette dans l’avant dernière section (où le trompettiste, Roger Walls, spécialiste du suraigu, est vraiment formidable, ) et j’ai envoyé quelqu’un pour jouer ça. À l’époque, j’avais encore des « jobs » comme saxophoniste et je m’était réchauffé pendant 20 minutes en studio. Je jouais avec un saxophone sopranino, une petite trompette. Et d’ailleurs c’est un sopranino qui va être utilisé  pour interpréter cette partie 30 ans plus tard. Ce qui est intéressant et passionnant est que je suis en train de réorchestrer Atlantide pour qu’elle soit jouable en direct par des musiciens qui vont enchainer ça. Pour les parties qui sont injouables, j’ai pu accéder à l’enregistrement original d’Atlantide après en avoir retrouvé la trace dans les archives de Radio Canada. Ce qui est formidable, c’est le mélange que nous allons faire entre la réorchestration, que je suis en train de réaliser avec moins de musiciens, et les musiciens supplémentaires dans l’enregistrement original que j’ai numérisé. C’est comme s’ils étaient là interprétant en direct avec nous. Imaginez si j’avais la possibilité d’aller chercher Johann Sebastian Bach interprétant des continuo et, sur une piste séparée, j’avais la possibilité de jouer avec lui. Je vais donc mélanger une nouvelle orchestration que j’ai faite, cette fois-ci pour 16 musiciens et 12 voix, avec toute l’électronique originale qui était là et aussi faire appel aux interprètes originaux en synchronisation avec nous pour certaines sections. Ce qui est le plus intéressant, c’est que l’Atlantide est comme une baleine qu’on est obligé de coincer dans une boite de sardines:  c’est une musique à plusieurs niveaux et plusieurs strates musicales ; on est obligé de mixer deux pistes en stéréophonie parce que la technologie 5.1 n’existait pas. La spatialisation de la musique est maintenant possible, au-delà de la quadraphonie, puisqu’on va vraiment pouvoir, durant le concert, s’immerger dans la musique. Grâce aux différentes sorties de pistes séparées, il est maintenant possible de disposer la musique dans l’espace afin d’entourer complètement l’auditeur. Ainsi, la qualité et la définition de la musique s’expriment au-delà de la technologie 5.1 dans la mesure où on va avoir la capacité technique de faire entendre cette musique comme Michel-Georges  le souhaitait.

En ce qui concerne les 16 musiciens qui seront sur scène, il y aura Quasar, quatuor de saxophones, Magnitude 6, quintette de cuivres avec percussions et un batteur, nécessaire pour certaines sections, une chorale de 12 voix dont 2 solistes, Karen Young (qui chantera 30 ans plus tard la section Complainte des villes solitaires) et sa fille Coral, tout l’appareillage des échantillons créés à l’époque ou à l’aide des 24 pistes originales, le Quatuor Bozzini, augmenté pour la circonstance d’un contrebasse afin de se transformer en quintette à cordes.

Cela représentera quelque chose comme 70 musiciens dont 16 en direct sur scène, 12 voix et le reste est virtuel. »

 Nous avons ensuite demandé à Walter Boudreau, grand expert et diffuseur de Brégent, de nous présenter en bref l’homme, le musicien et sa musique, encore moderne et actuelle à notre époque.

« Brégent, c’était un compositeur qui avait une vision formidable que je partageais. Une vision toute inclusive de la musique au lieu d’être exclusive; c’est quelqu’un qui était loin d’être « intégriste », loin des chapelles. Son parcours personnel, très similaire au mien, l’a exposé à plusieurs facettes de la pratique musicale passant de la musique populaire, du rock, à la musique texturale européenne, la musique électronique. De plus, il n’a jamais cherché un langage musical qui exclurait de sa pratique le legs du passé. Dès lors, sa musique témoigne évidemment de cet esprit d’ouverture. C’est une personne qui avait aussi un niveau strictement philosophique, une pensée cosmique, une pensée globalisante; c’était un homme d’une intelligence supérieure, remarquable, unique pourrais-je dire. Sa musique est donc à la fois une construction architecturale remarquable et une musique pleine d’expression, d’un lyrisme magnifique.

Toutes ces raisons viennent soutenir ma grande fascination pour sa musique. »

«L’ambition de ma vie est de créer une musique parfaitement équilibrée sur les plans intellectuel, émotif et spirituel: une musique qui ait une raison d’être.»

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En conclusion de cette intéressante rencontre, Walter Boudreau nous a parlé de l’atelier Compositeurs en herbe présenté par le volet jeunesse de la SMCQ, cette année autour de l’Atlantide.

« Tout d’abord, cela se situe en plein dans les activités de la SMCQ, dans le cadre des activités de notre secteur jeunesse que nous développons de façon absolument remarquable et très sérieuse depuis 15 ans. Pour nous, il est très important car les enfants sont le public de demain.  Nous travaillons donc beaucoup avec eux pour les initier  à la musique contemporaine. Le 29 novembre dernier, lors du congrès de la FAMEQ, nous avons réalisé un atelier préparatoire avec des professeurs afin de leur fournir des outils pour travailler avec leurs élèves, pour produire une pièce qui va s’inspirer de ce que Brégent a fait dans l’Atlantide. Le principe même de l’imitation « singe qui voit, singe qui fait » est qu’on regarde des modèles en cherchant à les imiter et, ce faisant, on s’implique d’avantage. C’est comme cela que les compositeurs écoutent d’autres compositeurs et cherchent à les imiter. C’est par là que je me suis formé à la composition musicale et ai cherché à former mon propre langage et ma propre approche. C’est donc la même chose avec les enfants. Ce qui est capital, c’est que, quand ils sont en train de le faire, ils ne font que cela, en mobilisant des aptitudes dont ils ne soupçonnaient pas l’existence. On y parvient en fournissant des outils aux professeur leur permettant de faire travailler les enfants. C’est formidable pour les enfants car leur travail va aboutir à la création des petites pièces: il vont composer des sons s’inspirant du travail de Michel-Georges Brégent dans Atlantide. C’est un merveilleux exercice; les élèves et les professeurs sont enchantés par ce processus de création. Après s’être confrontés aux nombreux défis de la composition musicale, ils deviennent plus sensibles à ce qu’ils entendront plus tard et, pour nous, c’est capital. »

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Le piano muet prend la parole grâce à ses protagonistes

Bonjour, je me présente aux lecteurs du blogue : je suis italien, né à Rome (quelle chance !!!) où j’ai vécu jusqu’en juin 2014, lorsque j’ai déménagé avec ma famille à Montréal. Participer à ce blogue est pour moi l’occasion d’approfondir ma découverte d’une ville et une région avec une langue, une culture et des traditions différentes. Et surtout , avec la SMCQ,  je peux fréquenter le milieu de la musique que j’adore et dont toutes les facettes m’intéressent. À travers ce blogue, j’espère partager avec vous ma découverte de la musique contemporaine que je connais encore peu.

Pour commencer ma collaboration avec la SMCQ,  j’ai le plaisir de vous présenter Le piano muet , un spectacle pour les enfants, et les adultes, adaptée d’un conte de Gilles Vigneault, véritable légende Québécoise, et avec la musique de Denis Gougeon, qui a été, la saison dernière, le sujet de la dernière  Série hommage  de la SMCQ.

Piano_muet pour blogue

Dans l’attente d’assister à une des prochaines représentation en janvier, j’ai eu l’honneur et la satisfaction d’être entrainé dans le monde du Piano muet par ses protagonistes : le comédien/narrateur Jacques Piperni, le metteur en scène Marc Béland et le directeur de production Grégoire Martel, que je remercie pour leur disponibilité et collaboration.

Ils ont dévoilé les coulisses de ce projet, le travail caché derrière la mise en scène et le pouvoir émouvant de l’histoire et des thèmes musicaux

 Marc Béland, metteur en scène du Piano muet

Pourquoi avez-vous accepté de mettre en scène Le piano muet?

J’adore la musique de Denis Gougeon, j’avais déjà travaillé sur une pièce de théâtre dont il avait composé la musique (Le passage de l’Indiana) ; Gilles Vigneault c’est un incontournable, un homme que je respecte infiniment ; Jacques Piperni  je ne le connaissais pas personnellement mais seulement comme acteur, donc j’ai pensé en acceptant la mise en scène que c’était une belle occasion.

Quelle a  été l’idée principale pour cette mise en scène ?

Le conte s’appelle Le piano muet donc le personnage principal, à part Lucas, c’est le piano et le grand père aussi ; la scénographe Geneviève Lizotte et moi avons travaillé sur un plateau tournant  avec un piano droit qui est l’accessoire principal pour faire vivre le conte. Le plateau est actionné par la bicyclette que Lucas utilise pour ses voyages, pour se déplacer ; quand le comédien se déplace avec le vélo il fait déplacer le plateau qui devient soit la maison du grand père, soit l’intérieur de la maison en utilisant le petit escalier appuyé derrière le piano.

La musique de Denis Gougeon a-t-elle inspirée la mise en scène ?

C’est plutôt les éléments du conte qui m’ont inspiré : le piano, la bicyclette, les objets…selon moi une mise en scène est intéressante quand le lieu est approprié au service de la pièce. C’est sûr que la musique est importante et Denis Gougeon est un artiste que j’adore, mais pour moi c’est surtout important au niveau d’un personnage plutôt qu’une inspiration pour le lieu.

Quelle est la plus grande satisfaction que vous avez reçue de ce travail ?

On a été à Québec la semaine dernière et la réaction des enfants a été vraiment touchante…c’est une satisfaction quand les enfants reçoivent ça, c’est plus qu’une paye pour notre travail, c’est fantastique.

Jacques Piperni, narrateur et seul comédien en scène

Vous avez joué plusieurs fois cette pièce avec différentes mises en scène; comment se caractérise la mise en scène de Marc Béland par rapport aux précédentes?

La première mise en scène était très simple, sans véritable scénographie : il y avait une orchestre d’une dizaine de musicien sur le plateau et j’étais le narrateur; je lisais un texte et je présentais des petits objets. Maintenant c’est complètement différent : il y a une réelle scénographie. Le metteur en scène a eu l’idée d’un plateau tournant et du piano sur scène qui suggère différent lieux et événements, le vélo qui fait tourner le plateau et qui souligne les déplacements et les distances à parcourir, une escalier d’où entrent et sortent les différent personnages…tous les éléments d’une véritable pièce de théâtre.

Quelle a été la réaction des spectateurs ? Ont-ils apprécié ?

On a présenté cette mise en scène juste une fois mais je trouve que les gens ont adoré, les enfants ont participé et beaucoup ri. Dans les commentaires que j’ai reçu le mot qui revenait plus souvent c’était  « un bijou de spectacle ».

Vous êtes très engagé dans les spectacles pour la jeunesse souvent en abordant des thématiques très fortes: quelle est l’importance de ce conte dans votre expérience artistique?

J’ai toujours aimé le public jeunesse : les spectacles pour les jeunes et les spectacles « sur mesure » que j’ai organisé (par exemple sur la violence et l’intimidation à l’école ou sur la formation professionnelle et la carrière) sont des expériences nées au hasard : les gens m’ont demandé aussi d’écrire des spectacles pour lancer des colloques, lancer des congrès même si 80% des spectacles sont pour le monde scolaire…mais je suis principalement un comédien ! Avec une pièce comme le piano muet, qui a tellement de thématiques intéressantes je peux faire vraiment mon travail de comédien.

Y a t-il un passage de cette pièce qui vous touche particulièrement, pour le sujet, la situation, la réaction du public ou même le thème musical?

C’est une pièce très émouvante même pour moi sur scène. Un des moments plus intenses c’est quand la mère se raconte, raconte sa vie à son fils, le départ de son père  (qui est le point de départ du piano muet) et elle décide que le piano c’est fini et qu’elle ne veut plus en parler. C’est sur qu’un autre moment très fort c’est quand on comprend que le vieux monsieur qu’on rencontre dans la maison c’est le grand père et puis aussi quand la mère revoit son papa.

Quelle est selon vous l’importance de la musique de Denis Gougeon dans ce spectacle?

Elle est primordiale, parce que M. Gougeon a réussi à faire une musique agréable pour tout le monde et de tout temps. Je pense que cette musique va être moderne et contemporaine dans 20 ans, 30 ans, d’abord parce qu’elle a les thèmes et le rythme de la musique traditionnelle du Québec mais en même temps est une musique extrêmement nouvelle. Cette mise en scène est une adaptation pour piano : quand je regarde le pianiste je vois la complexité de cette musique mais en même temps elle se rend toujours accessible.

Certaines fois, j’aurais le plaisir d’arrêter de parler et de regarder et écouter le pianiste. J’ai eu le plaisir énorme de voir le travail de Francis Perron qui est un pianiste fantastique.

Que souhaiteriez-vous ajouter au sujet du Piano muet ?

Je soulignerais les différentes thématiques de ce conte. Ce qui est extraordinaire avec Gilles Vigneault c’est que tout a du sens tout le temps. Au premier niveau, il y a l’histoire de ce gars et de sa mère, le départ du grand père,  la décision de fermer le piano, la rencontre avec le grand père…mais il y a aussi beaucoup de liens et des thématiques inter reliées dans cette histoire: la famille, la rupture, le souvenir, la culpabilité, la souffrance du fait de situations non réglées, la douleur, la transmission de la culture d’une génération à l’autre et tout ça passe à travers la musique.

Grégoire Martel, directeur de production   

Initialement le spectacle était joué avec un orchestre. Marc Béland a voulu créer une mise en scène plus théâtralisée pour partir en tournée. Ayant surtout été directeur technique pour le théâtre,  j’ai pu participer à la scénographie, au développement et à la construction du plateau tournant. On a pensé au mouvement du plateau à travers le vélo et je pense qu’il est très efficace au niveau de la mise en scène.

Il a également été nécessaire de trouver un moyen d’alimenter en électricité tous les équipements alors que les filages ne permettaient pas au plateau une rotation complète. Tout est donc branché sur batteries : l’ordinateur, le clavier, la lumière qui éclaire le vélo, l’émetteur pour le son…, tout est sans fil.  C’est une solution qui, par exemple, est beaucoup utilisée au cirque.

Quant au vélo, il fallait choisir un ancien vélo pour maintenir un visuel d’époque mais il devait aussi avoir la force pour faire tourner le plateau donc on a installé la mécanique d’un vélo de montagne de haut niveau sur le corps d’un vélo d’une autre génération et ça fonctionne très bien.

Le piano, joué par Francis Perron, est un piano numérique caché dans le meuble d’un piano droit : le clavier est en effet un contrôleur avec les touches d’un véritable piano qui permet de choisir le son du piano, de l’accordéon et d’autres sons comme le klaxon du vélo. Le son arrive à la carte de son de l’ordinateur et au logiciel qui transforme les données fournies par le clavier en son réel à travers sa banque de son ; enfin le son est diffusé par un haut parleur sans fil.

 

Le piano muet…à l’ italienne

Quand j’ai lu le conte Le piano muet, j’ai tout de suite pensé à une histoire vraie racontée par Giovanni Allevi.

Giovanni Allevi est un pianiste compositeur italien né en 1969 à Ascoli Piceno, dans la région Marche (près de la Mer Adriatique).

Il est fils d’un clarinettiste et d’une chanteuse d’opéra Dans sa maison il y avait un grand piano dans une chambre toujours verrouillée ; son père, qui connait les difficultés et les problèmes économiques des musiciens,  ne voulait pas qu’il apprenne la musique. C’est pour cela que le piano était « muet » dans la chambre.

Mais un jour le petit Giovanni, resté un moment seul dans la maison, découvre où est cachée la clé et à 4 ans commence a jouer du piano. À 6 ans, il écoute et joue tous les jours Turandot de Puccini et à 9 ans, pendant un spectacle à l’école, il joue un morceau de Chopin en présence de ses parents.

Aujourd’hui Giovanni Allevi est diplômé en piano, composition et direction d’orchestre et a une maitrise en philosophie. Il vit à Milan, dans une maison trop petite pour y installer un piano. Il compose donc dans sa tête en imaginant ses doigts sur le clavier ; sa voisine ne savait pas qu’il était pianiste…

Il a publié 8 albums et aime se définir comme un “compositeur de musique classique contemporaine”.

Selon lui :

« Nous revenons à  la Renaissance italienne, où l’artiste doit être un peu philosophe, un peu inventeur, un peu fou, il doit sortir de la tour d’ivoire et s’approcher de la sensation commune »

Le piano muet sera interprété en janvier 2015 à la Maison des arts de Laval. Plus d’information.

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