Archives d’Auteur: Mikael Igos

Cabaret Techno-LowTech, une proposition non conventionnelle

Quasiment tous les secteurs de la société redécouvrent ou s’inspirent des technologies low-tech souvent très anciennes. En effet les meilleures technologies ne sont pas toujours les plus compliqués, les machines anciennes, à l’apparence désuètes, restent finalement très sophistiquées. C’est le parti pris de Joanne Hétu et de Danielle Palardy Roger, piliers de la musique actuelle canadienne, qui ont conçu le spectacle Cabaret Techno-LowTech. Pensé dans le cadre des After Hours ce spectacle aborde des questions sur la place et la représentation de la musique actuelle. C’est aussi l’occasion de fêter la fin du festival Montréal/Nouvelles Musiques.

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Pour cette édition 2015, l’Agora Hydro-Québec sera investie par une dizaine de créations au cours de deux soirées. « On ne voulait pas, après les concerts, le soir à 23h, représenter un autre concert, on voulait proposer autre chose. On a voulu que ce soit dans l’optique d’un cabaret avec des courtes performances variées qui génèrent une attention différente de celle que l’on a en étant assis sans faire de bruit pour écouter religieusement le concert. » s’enthousiasme Joanne Hétu (vocaliste et bruitiste) qui souhaitait quelque chose de plus décontracté comme évènement. « Après les concerts on est parfois bouleversé et rempli d’émotion. On n’a pas forcément envie de rentrer directement chez soi. »

Par rapport à la thématique du festival : Environnements et nouvelles technologies, la notion de l’environnement a été appréhendée comme une mise en espace de la musique. Le spectateur se retrouvera en immersion et cet effet sera accentué par les différentes scènes qui permettront de déambuler librement. Des musiciens vont jouer à l’intérieur de l’espace et installer des stations musicales. En ce qui concerne les nouvelles technologies, elles seront intégrées dans un processus plus mécanique que numérique. Joanne Hétu l’admet : « On ne peut pas nier le poids du lien que l’on a avec le numérique et oublier les ordinateurs. On travaille l’expansion et le traitement du son mais pas nécessairement via le plus haut niveau technologique. C’est pour cette raison qu’on a décidé d’appeler le spectacle Cabaret Techno LowTech. »

Chaque performance durera une dizaine de minute. Il y aura par exemple un quatuor de synthétiseurs analogiques désuets de Montréal qui réunit quatre improvisateurs très actifs qui explorent le monde fascinant des synthétiseurs analogiques. Plusieurs de ces instruments ne peuvent être programmés à l’avance ce qui pose un défi supplémentaire aux participants, chacun devant sculpter le son désiré en direct sans pouvoir utiliser de recettes préétablies ou de raccourcis pour évoluer d’un son à l’autre. Empreinte à reculons de Martin Tétreault  réalise une empreinte du vinyle. On y dépose sur sa surface la plus petite composante du tourne-disque. De ce contact instantané, l’aiguille libère un big bang domestiqué : le son est reproduit par le haut-parleur, prend forme et se diffuse dans l’espace. L’aspect visuelle est également très prononcé : des chaudières pour recueillir l’eau d’érable deviendront des cages de résonance. La pièce Gonflée de Alexis O’Hara présente l’époumonement d’une femme pneumatique en quatre temps grâce à des ballons et des micro contact.

Joanne Hétu et Danielle Palardy Roger ont invité des artistes qui poussent les limites de l’instrument en proposant d’autres sons avec l’instrument conventionnel. « Si tu fermes tes yeux ça va sonner comme des nouvelles musiques. Il y a une réelle recherche de sons, une volonté de créer quelque chose de nouveau avec des instruments anciens. » Joanne Hétu aime à définir sans cesse la musique actuelle pour pouvoir repousser ses limites. Selon elle il y a d’abord une démocratisation des rôles. Le compositeur fait parti de l’ensemble, et les interprètes interviennent dans l’œuvre avec un dialogue permanent et parfois des changements de rôle. D’autre part, la part d’improvisation est primordiale, « C’est un état d’esprit qui permet de travailler avec l’énergie et la réactivité du public sur le moment présent. On ne refait pas quelque chose, on le crée à ce moment là avec tout notre bagage en tant que musicien. » Enfin la musique actuelle propose une notion de métissage dans l’instrumentation avec des instruments acoustique traditionnelles, des instruments électriques, électroniques et même inventés.

La dimension low-tech du spectacle permet de prendre le contre pied des nouvelles technologies tout en adoptant une attitude critique et originale.

Cabaret Techno-LowTech aura lieu vendredi 6 et samedi 7 mars à 23h00 à Agora Hydro-Québec. Plus d’informations ici.

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Les heures qui résonnent, un assemblage subtil et virtuose

Tout ce qu’il faut de silence, de concentration et de spéculation en même temps pour arriver à cet équilibre extrêmement délicat : la création.  Serge Provost

Le Trio Fibonacci, à l’origine composé par la violoniste Julie-Anne Derome, du violoncelliste Gabriel Prynn, et du pianiste André Ristic a acquis une grande renommée internationale et a notamment remporté le prestigieux Prix Virginia-Parker par le Conseil des arts du Canada. Trio Fibonacci livre des interprétations brillantes et inspirées des  œuvres traditionnelles et de pointe de la musique contemporaine. Leurs tournées les ont conduits dans de nombreux pays ainsi que dans plusieurs festivals à travers le monde : Musica de Strasbourg (France), Huddersfield Contemporary Music Festival (UK ), Aldeburgh Festival de (Royaume-Uni), Ars Musica Festival (Belgique), Festival Ultraschall (Berlin) et le Festival CIMA en Toscane. Après avoir étudié auprès des plus grands maîtres, tels Menahem Pressler (Beaux Arts Trio) et le Quatuor Alban Berg le trio a crée de nombreuses pièces de compositeurs canadiens. C’est le cas du spectacle « Les heures qui résonnent » qui reprend plusieurs compositeurs actifs sur la scène canadienne, dans le cadre du festival Montréal/Nouvelles Musiques.

Le Trio Fibonacci a pensé aux différents environnements sonores qui peuvent exister à l’intérieur de chaque pièce et qui peuvent coexister entre elles. Bien que les univers soient différents, ils ont été retravaillés afin de mettre en lumière la diversité de leurs sources d’inspiration et de créer quelque chose d’homogène et de percutant.

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Parmi les compositeurs qui seront interprétés sur scène, il y a tout d’abord Allan Gordon Bell. Fasciné par le monde extérieur de son pays, il crée des bandes sonores à partir du paysage albertain. La beauté des paysages se retrouve dans sa pièce intitulée Phénomène (2010) et qui sera jouée par le trio. Il a créé des œuvres pour instruments solistes, ensembles de chambre, orchestre, bande, et les médias électroacoustiques ainsi que les scores pour les productions de danse contemporaine et un opéra. Sa musique a été interprétée par de nombreux orchestre ainsi que d’autres organisations professionnelles et amateurs en Amérique du Nord, Europe et Asie.

Spleen (2012) est composée par Analia Llugdar. Sa musique se caractérise par une recherche méticuleuse des sonorités et des harmonies. Analia Llugdar crée sur un fond de réflexion contemporaine avec laquelle, en orfèvre de sons, elle place en avant sa recherche de nouvelles sonorités, sa maîtrise des techniques instrumentales et l’éloquence de la forme. Chaque fois renouvelé, son intérêt pour la multiplicité des discours l’amène à créer des œuvres dans des contextes pluridisciplinaires, que ce soit autour de cultures aborigènes, d’une fable de Jean de La Fontaine, d’un essai radiophonique d’Antonin Artaud, d’un poème de Juan Gelman ou encore de l’actualité mondiale.

Laurie Radford compose de la musique pour des médias électroacoustiques ainsi que pour des ensembles vocaux et instrumentaux. Ses œuvres récentes embrassent des compositions acousmatiques, des pièces dans lesquelles intervient un traitement du signal sonore commandé par ordinateur et le contrôle d’événements en interaction avec les interprètes, et des compositions pour orchestre, musique de chambre et solistes. Le Trio Fibonacci va jouer sa pièce Tracking (2009)

Enfin, il y a la pièce de Serge Provost Les heures qui résonnent (2010) qui donne son nom au spectacle du Trio Fibonacci. Ce dernier est considéré comme l’un des compositeurs québécois les plus actifs de sa génération.Toujours à l’affût de l’évolution des courants de pensées dans divers domaines, il favorise dans son travail l’intégration des nouvelles technologies.

Le concert Les heures qui résonnent sera joué le 3 mars 2015 à la Chapelle historique du Bon-Pasteur. Plus d’informations sur le site du festival MNM

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Fonoformies, relier les yeux et les oreilles

« L’enfant a cent langages. Il a cent manières de penser, de jouer et de communiquer. Cent manières d’écouter, de s’émerveiller, d’aimer, d’exprimer sa joie. Il a cent mondes à découvrir, à inventer, à rêver… » Loris Malaguzzi

 Présenté dans le cadre du festival Montréal/ Nouvelles/ Musiques, Fonoformies est un spectacle déambulatoire destiné aux enfants de 1 à 4 ans qui établit un lien fort entre la musique et les arts visuels. Emmanuelle Lizère, conceptrice du spectacle, a créé un univers où la musique met en mouvement les lignes, les figures et les textures. Aidée par Benoit Côté pour la musique et de Lenche Andonova pour la scénographie, il s’agit surtout d’éveiller les tout-petits à la musique contemporaine tout en développant leur imaginaire sensoriel. 

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Selon Emmanuelle Lizère, la musique est un langage qui n’a pas besoin de mots, elle stimule les sens, favorise les interactions sociales et intensifie l’expérience que l’enfant est en train de vivre. Elle a le don de le transporter dans un monde magique. Et c’est bien de cela dont il est question dans ce spectacle : la magie s’opère aux sons du violon, du violoncelle, du saxophone ainsi que de la voix confrontés à des installations visuelles et sonores. L’enfant se retrouve en immersion dans un tourbillon de sons et de couleurs, mais de manière progressive afin qu’il puisse se familiariser et identifier ce qui l’entoure. Il est amené ailleurs avec son propre rythme vers des choses qui appartiennent à son monde (jeu de cache-cache).

Après avoir fait des parcours dans les musées d’art contemporain pour initier les enfants aux peintures et aux sculptures tout en musique, une frustration est née du fait de ne pas pouvoir toucher les œuvres. Avec Fonoformies on a ainsi la possibilité d’avoir accès à l’œuvre et de sentir davantage les vibrations qu’il existe entre les formes la musique.

Chaque enfant va ensuite avoir entre les mains des formes qu’il va essayer de mettre en mouvement avec la musique. Cela va créer des motifs musicaux et rendre la musique palpable. « Au départ on est dans un rapport très individuel, les uns derrière les autres, puis progressivement on vit un moment musical ensemble», insiste Emmanuelle, pour qui la musique se vit en mouvement perpétuel. La dimension collective participe ainsi à un seul et même mouvement.

Ce spectacle est un monde à lui tout seul, d’ailleurs chaque sculpture porte un nom spécifique. Du « Murofon » (un mélange de peinture, de textile, et d’autres matières multicolores qui suivent les courbes ondulantes de la musique) en passant par les « Gloofooni » (qui murmurent à l’oreille), l’enfant va pouvoir interagir avec ces installations. Bien qu’il soit guidé et accompagné, il a de multiples possibilités et le spectacle se veut avant tout une expérience ludique et unique.

Il est évident que l’enfant a une grande sensibilité auditive et est curieux du monde sonore qui l’entoure. Pourtant il semble que le visuel est souvent plus développé que l’auditif, ou du moins il est davantage favorisé dans les méthodes d’apprentissage. En faisant un trait d’union entre ces deux mondes l’artiste favorise l’imaginaire de l’enfant et lui permet de l’explorer dans une démarche ludique. De même il apparaît que l’éveil musical, dans toutes les pratiques de groupe qu’il requiert, favorise la socialisation de l’enfant. Non seulement cela aborde des notions spécifiques à la musique mais ouvre l’enfant à l’écoute des autres et de lui-même.

En créant des ponts entre les arts, Fonoformies participe à une véritable ouverture artistique et encourage le lien entre les arts et l’enfant, entre soi et l’autre.

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Parcours déambulatoire pour les 1-4ans.

À la Chapelle historique du Bon-Pasteur dimanche 1er mars à 14h, 15h et 16h et lundi le 2 mars à 10h, 11h et 15h.

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De la nécessité de l’haïku, un entretien avec Sandeep Bhagwati

À la suite du séisme qui a touché la ville de Fukushima au  Japon en 2011, Sandeep Bhagwati a écrit 17 Miyagi Haïkus.

Mettre en musique la nature déchainée grâce au haïku donne l’occasion à l’artiste de créer un espace mouvant où le chaos et l’ordre se répondent. La pièce sera jouée dans le cadre du festival Montréal/Nouvelles Musiques le 4 mars, Sandeep Bhagwati nous donne quelques pistes pour mieux appréhender son projet musical.

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« La beauté est l’ordre.

Pas de place pour le chaos et la peur

Pourtant—il y a la musique »

Vous avez commencé à écrire spontanément 17 Miyagi Haïkus à la suite de la catastrophe de Fukushima en 2011. Le haïku est une forme poétique qui a un aspect musical très fort. Est-ce une des raisons qui vous a poussé à utiliser cette forme plus qu’une autre?

Ce n’est pas seulement à cause de sa musicalité, c’est surtout parce qu’elle est intimement liée à la nature, aux saisons. L’évocation de la nature y est souvent très belle. La catastrophe de Fukushima montre la nature dans toute sa cruauté et la forme restreinte de l’haïku est pour moi une nécessité afin de canaliser la violence et regagner un certain ordre. J’ai d’ailleurs récemment lu qu’à l’époque, au Japon, les gens ont eu la réaction d’écrire des haïkus spontanément; il y en a toute une collection. C’était une forme de réaction collective.

En fait, 17 Miyagi Haïkus a d’abord été écrit à la suite d’une réponse artistique de la Société des Arts Technologique de Montréal par un rassemblement d’artistes qui ont exprimé leur solidarité avec le Japon. Environ une cinquantaine d’artistes sont venus et ont créé de nouvelles œuvres originales pour l’événement. Moi j’ai écrit de nombreux poèmes et créé cette pièce sans savoir avec quels musiciens. À un moment de l’écriture je ne savais pas trop vers quoi j’allais. J’ai donc laissé ouvert l’instrumentation et réalisé une répétition avec toute sorte de musiciens, du classique au jazz en passant par le rock. Je me suis retrouvé chef d’orchestre d’improvisation, j’ai moi-même improvisé ma direction de cet orchestre. Cet événement a duré une vingtaine de minutes. C’était une chose qui bougeait très vite. Une répétition puis le concert.

Le haïku est très codifié, cette contrainte présente t-elle un intérêt pour la créativité?

Chaque contrainte nous apporte des opportunités qui structurent. La confusion d’images et de sons qui était dans ma tête a trouvé un moyen de se cristalliser grâce au haïku.

Il y a quelque chose de très visuel dans les mots que vous employez ainsi que dans votre musique.

Oui c’est proche, je travaille aussi comme artiste visuel alors tous ces modes de production sont très proches. On a une idée dans un genre mais on sait que le moyen qu’on veut employer est d’un autre genre. Donc ça reste toujours ouvert.

Vous imposez aux musiciens un cadre, où la part d’improvisation est assez importante. Vous dites que vous cherchez à « perturber cet ordre strict et rationnel », vous employez même le mot « nécessaire ». Pouvez-vous me parler de cette nécessité?

D’une certaine manière la structure du haïku est une forme de réceptacle, une forme de « passoire ». Je parle de nécessité parce que cela impose un ordre, une forme stricte par rapport à la grande confusion. Je souhaite par ailleurs garder une certaine turbulence. Si j’avais fait une partition totalement écrite cela aurait été trop raffiné pour un événement d’une telle violence. C’était une sorte de cristallisation, d’une part pour la violence de la nature et de l’événement et d’autre part comme point de départ pour une description d’une turbulence dans la musique.

Le spectacle a déjà été joué à New York dans le cadre du festival Bargemusic, fragmenté en plusieurs parties. Il sera joué pour la première fois en entier à Montréal. Quelles seront les différences?

Il y a différentes interprétations qui existent déjà de chacun des 17 haïkus. Les trois musiciens Peter Evans, David Taylor et Felix De Tredici ont joué à New York dans une sorte de fragmentation. Chaque jour du festival était ouvert avec d’abord 5 haikus, 7 haikus puis 5 haikus. La structure de l’haiku (5/7/5) a ainsi été répliquée. Il a été choisi un ordre qui était structuré par leur désir de l’évènement. Dans le cadre de Montréal/Nouvelles Musiques on va tout jouer dans l’ordre afin de mieux comprendre la structure interne de la pièce.

Y aura-t-il un enregistrement de la performance ou cela risquerait de figer la pièce qui semble être en perpétuel mouvement?

Oui, c’est un des préceptes de mon travail, depuis longtemps. J’ai écrit des partitions fixes mais de plus en plus je fais des choses que j’appelle les « comprovisations » où il y a une partie composée et une partie improvisée, totalement imbriquées. On joue quelque chose de très précis tout en se déplaçant dans un espace libre. Ce déplacement est important mais la trajectoire reste fixe. Confronter l’improvisation et la composition c’est comme dans notre vie où l’on a affaire à des choses fixes et la liberté de changer à tout moment.

La partition est accompagnée par un très long texte qui détaille toute sorte de liberté que l’on peut prendre. Il est possible de jouer une pièce en solo, de jouer en combinaison avec un autre ou encore de superposer. Mais au fur et à mesure il y a d’autres règles qui s’appliquent. Chaque choix génère d’autres contraintes. Les musiciens sont appelés à naviguer dans cet espace de possibilités. Il y a toujours des modalité où l’on négocie sa trajectoire. Cela peut se manifester d’une manière différente mais l’idée est la même. Il reste une singularité, une structure assez claire et en même temps il y a toute sorte de changements possibles. J’espère que cette pièce que j’ai écrite comme « comprovisation » aura cette liberté de se transformer en restant la même chose.

En écoutant les 17 Miyagi Haïkus, j’ai eu l’impression d’entendre une sorte de prière ou du moins une quête spirituelle.

Certainement. Ce n’est peut être pas une spiritualité religieuse. Le contact avec la nature peut être une chose terrifiante, notamment avec Fukushima. Ce sentiment de terreur face à la nature est à la base de toute expérience spirituelle je crois. Un des musiciens l’a comparé à un exercice monastique, une sorte de découverte pour les musiciens d’une chose qu’ils ont en eux-même. Le musicien a souvent l’impression que beaucoup de choses sont impossibles. Il faut vraiment aller au-dessus et trouver un regard plus extatique et spirituel pour aller au delà.

 La pièce va être jouée le 4 mars et enregistrée tout de suite après, le 5 mars. Pour moi c’est une expérience très importante, les musiciens qui jouent sont extraordinaires, il faut être un musicien d’une grande qualité pour jouer cette pièce. Cela demande beaucoup d’introspection et de maîtrise de son métier. Ils ont une grande liberté d’esprit et de jeu et sont maîtres de leur instrument.

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17 Miyagi Haïkus sera jouée le 4 mars à partir de 19h00 à la Chapelle historique du Bon Pasteur.

Plus d’informations sur http://festivalmnm.ca/mnm/fr/2015/prog/concert/33025/

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Compositeurs en herbe : un programme éducatif innovant

J’ai souvent considéré les musiciens comme des êtres dotés d’un langage mystérieux et inné. Pourtant le langage musical peut s’apprendre et il me paraît aujourd’hui essentiel de proposer une initiation à la création musicale dès le plus jeune âge. Les enfants peuvent en effet se montrer très créatifs en ce domaine, pour peu qu’on leur propose des situations suffisamment ouvertes, imaginatives et non normatives. C’est ce que propose aujourd’hui la Société de musique contemporaine du Québec aux élèves des classes du primaire et du secondaire avec le projet Compositeurs en herbe. Destiné à sensibiliser le jeune public à la création musicale contemporaine, ce projet éducatif propose de réaliser des productions musicales inédites en fournissant des pistes qui permettent de se livrer à des explorations et expérimentations sonores.

Divers documents écrits et sonores ont été réunis par la Société de musique contemporaine du Québec pour constituer une « trousse pédagogique » et aider les enseignants à proposer des activités à la fois originales et adaptées au milieu scolaire. Claire Cavanagh, responsable du volet jeunesse de la SMCQ et Hélène Lévesque, conseillère pédagogique en musique à la Commission scolaire de Montréal, participent activement à ce programme. Il s’agit surtout de faire connaître les compositeurs d’aujourd’hui et inspirer les élèves dans l’exploration de leur propre créativité. Ces derniers sont ensuite invités à présenter en concert leurs créations musicales mixtes. Lors des dernières éditions, les élèves ont pu appréhender le travail de compositeurs contemporains comme Ana Sokolovic. L’année dernière, ils ont joué une composition en hommage au compositeur québécois Denis Gougeon. Le spectacle qui a eu lieu à l’Espace culturel Georges-Émile-Lapalme de la Place des Arts a permis de mettre en avant le travail de ces jeunes, compositeurs de demain. Selon Walter Boudreau, directeur artistique de la SMCQ: «les enfants mobilisent des aptitudes dont ils ne soupçonnaient pas l’existence (…) et après s’être confrontés aux nombreux défis de la composition musicale, ils deviennent plus sensibles à ce qu’ils entendront plus tard et, pour nous, c’est capital. »

Cette année les créations musicales seront inspirées de l’Atlantide de Michel-Georges Brégent. Une œuvre complexe qui allie aussi bien des sons électro-acoustiques (sons entièrement créés et manipulés, transformé par le biais de machines) que des sons réels, notamment grâces aux nouvelles technologies. Avec cette pièce, il s’agit surtout de démocratiser cette musique qui puise son inspiration dans notre société, dans ce que nous vivons tous.

N’étant guère répandues dans les pratiques culturelles les plus courantes, l’écoute et la découverte d’œuvres musicales contemporaines surprennent toujours, dérangent souvent et suscitent de multiples interrogations, quand ce n’est pas le rejet pur et simple. L’oreille, le plus souvent, aime la familiarité, apprécie de pouvoir être guidée par des repères (mélodiques, harmoniques, rythmiques). Elle est surtout gouvernée par des codes culturels. Toute musique a quelque chose à nous apprendre du monde qui nous entoure et de notre rapport à ce monde. C’est pour cette raison qu’une initiation dès le plus jeune âge est importante, voire nécessaire. Les plus jeunes n’ont pas encore construit de “ filtres ”culturels figés, ils sont restés en phase avec leurs réactions sensorielles et émotionnelles, alors que les adultes peuvent être conduits à s’en méfier et à s’en distancier. Ils peuvent ainsi s’engager dans un réel projet de découverte du monde sonore et de développement des capacités d’invention musicale sans avoir trop de préjugés. Il me paraît également intéressant de donner aux jeunes des réflexes musicaux à partir d’un langage faisant référence à leur culture. Au delà d’une richesse pédagogique, il s’avère que la musique contemporaine est aussi la musique la plus proche des enfants. C’est la musique qui s’inspire de la société dans laquelle ils évoluent, des sons dans lesquels ils baignent. Selon Roxanne Turcotte, spécialiste en musique électroacoustique et installations sonores, ces musiques contemporaines ne sont pas dépourvues de toute “ technique ” et demandent un certain “ savoir ” pour pouvoir être appréhendées, mais elles sont, pour certaines, plus proches de l’activité sonore spontanée de l’enfant. Certaines pièces sont plus accessibles que d’autres, mais leur exploitation sera facilitée par la mise en œuvre de projets par l’enseignant, qui permettront de donner du sens tant à la découverte auditive qu’à l’expérimentation par les élèves eux mêmes.

La démarche doit, comme à chaque fois qu’il est question d’écoute d’œuvres, s’efforcer d’effectuer un aller-retour permanent entre l’écoute et la production, dans une démarche symétrique que Roxane Turcotte formule de la façon suivante : « écouter pour faire, faire pour écouter ». En s’inspirant de l’œuvre phare Atlantide, un premier travail va faire appel à l’enregistrement de sons « concrets » et « bruts » en écho aux sons de la nature et de la ville qui viennent interagir dans la pièce. Ces échantillons enregistrés vont être fragmentés, répétés, assemblés de façon à composer un morceau. Les nouvelles technologies d’aujourd’hui permettent d’avoir une approche différente. Roxanne insiste bien sur le fait d’appuyer des démarches pédagogiques originales sur les outils disponibles ou à créer en fonction des besoins de la pédagogie.

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Les activités proposées par Compositeur en herbe se dérouleront à la Place des Arts les 13, 14 et 15 avril 2015 dans le cadre de la semaine de la musique à la CSDM 

Informations et inscriptions sur le site http://www.smcq.qc.ca/jeunesse/fr/education/compositeursenherbe/

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Atlantide, un spectacle unique et flamboyant

Initialement écrite par Michel-Georges Brégent en 1985 pour la Société Radio-Canada, Atlantide est une pièce complexe. Composée de voix, de sons électroacoustiques ou encore de sons d’environnement, Atlantide a d’abord été pensée comme une œuvre de studio. Les techniques d’enregistrement de l’époque ont permis d’aller au-delà des possibilités traditionnelles d’exécution instrumentale et vocale. D’ailleurs, son confrère Walter Boudreau, qui a participé au projet initial, dira que « toute tentative de faire jouer son quatuor pour saxophone par des êtres humains serait fatalement vouée à l’échec. » Pourtant, trente ans plus tard, Atlantide sera interprété pour la première fois lors de l’ouverture du festival Montréal / Nouvelles Musiques. De la même manière que l’Atlantide est un mythe sur la recherche d’un continent rayé des cartes du monde, Walter Boudreau, aidé par René Bosc, est parti en quelque sorte en expédition afin de retrouver les éléments originaux de la pièce. Afin d’en savoir plus sur ce projet qualifié de titanesque, René Bosc a accepté de répondre à quelques questions.

Pouvez-vous me parler de l’origine de ce projet de rejouer une pièce aussi complexe, réputée injouable?

Aujourd’hui, malgré le désinvestissement total de la radio publique et des médias en général dans la promotion et la diffusion des musiques nouvelles, il existe des organismes qui continuent à produire et diffuser ces musiques. Sous l’impulsion de la Société de musique contemporaine du Québec et dans le cadre du festival Montréal/Nouvelles Musiques (MNM), j’ai été amené à travailler avec Walter Boudreau, directeur artistique, sur ce projet. Atlantide de Michel-Georges Brégent est une œuvre très originale et complexe. Je ne connaissais pas du tout ce compositeur. Ses œuvres débordent d’énergie. Cette vitalité a longtemps permis au compositeur, qui ne croit pas au cloisonnement des genres, d’écrire et d’interpréter de la musique rock mêlée de jazz et d’éléments contemporains — production qui a été qualifiée de « rock classico-cosmique ». Lorsque j’ai écouté la pièce au début, je ne pensais pas qu’il existait un « Frank Zappa » canadien. J’apprécie Zappa mais lorsqu’il mélange les styles, il le fait un peu sur le ton de la plaisanterie. Le travail de Brégent est beaucoup plus au premier degré et c’est ce qui le rend aussi fascinant. Il ne prend pas de haut le rock ou le jazz, il les combine vraiment. Je pense que c’est une pièce très importante, je n’en connais pas d’autres comme celle-ci. Quand je parle de Frank Zappa, c’est pour avoir une sorte de modèle mais il n’y a pas de modèle équivalent à Brégent, en fin de compte.

Comment avez vous appréhendé ce travail, avec Walter Boudreau, en tant que chef d’orchestre?

Je m’entends tellement bien avec Walter que les projets que je mène en Europe c’est lui qui les monte à Montréal et vice versa. En général le travail que l’on fait c’est de la partition. Par exemple lorsque l’on écrit une partie de cuivre en tant que compositeur, on a le réalisme de la chose et on peut facilement projeter ce que cela va donner sur scène. Dans le cadre de l’Atlantide, c’est très particulier car il s’agit d’une œuvre de studio, avec des parties électroacoustiques et des sons préenregistrés. Michel-Georges Brégent a profité de tout ce que le studio pouvait lui apporter, ce n’était pas du tout son but que cela puisse être joué en concert. Il a d’ailleurs enregistré par petits bouts, avec des parties de chœur ou encore de hautbois. C’est « injouable » sur scène parce que ça ne s’arrête jamais, sans prendre en compte la fatigue des musiciens, ne serait-ce que pour tourner les pages. Trente ans plus tard, il a fallu retrouver tous les éléments originaux. C’est quelque chose que l’on ne fait pas avec une partition toute prête, où tous les éléments sont notés. On est donc parti à la recherche des bandes originales. Rien que pour repasser les bandes, que l’on a fini par retrouver, c’était très compliqué car les machines de l’époque ont disparu. Il a fallu par exemple retrouver les magnétophones des années 80. De même les synthétiseurs d’il y a trente ans sont de vrais dinosaures! C’est excitant parce qu’au départ on est parti de presque rien, sans trop savoir vers où on allait. On ne savait pas si on allait devoir se débrouiller tout seul en écoutant simplement le disque. Petit à petit, on a commencé à faire des choses vraiment intéressantes. Il ne s’agit pas seulement de retrouver la partition et de la rejouer, on est un peu entré dans la tête de Brégent. On a construit une sorte de tour Eiffel métallique de toute la pièce, en combinant les anciens éléments avec ce que l’on va jouer en direct. Avec tout ce que l’on a récupéré comme documents, la base de travail est assez considérable mais on a essayé de reconstruire l’arbre de la composition de Brégent en restant le plus fidèle possible.

Quelles seront les principales différences par rapport à l’œuvre originale, les techniques d’aujourd’hui permettent-elles de rendre possible ce qui ne l’était pas il y a trente ans?

En effet, on essaie d’appliquer à une pièce qui a trente ans des outils que l’on a maintenant. L’Atlantide de Brégent est un peu comme le Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band des Beatles. Ces derniers ont été incapables de refaire la même chose sur scène. On va essayer de redonner une nouvelle respiration à la pièce. La version du disque est un peu étouffée, le mixage stéréo a un peu trop confiné la pièce. Là on va pouvoir l’écouter dans toute son ampleur avec une version réaliste et jouable. Dans la version originale il devait y avoir une cinquantaine de musiciens, Brégent s’était permis tout ce que le studio pouvait lui offrir comme possibilités pour enregistrer une seule mesure. Ce n’est pas la question d’avoir cinquante ou vingt musiciens qui importe mais plutôt comment les équilibrer avec les sons préenregistrés. Je pense qu’on va être très fidèle à ce que voulait Brégent, mais en rendant les choses possibles. Il y a trente ans cela était impossible, on ne pouvait pas, par exemple, synchroniser les sons avec la même facilité qu’aujourd’hui. En concert on va pouvoir mettre des plans entre les musiciens, espaçant davantage les choses. Les sons préenregistrés seront spatialisés et entoureront les auditeurs comme s’ils étaient « noyés » par le déluge de l’Atlantide.

Le mythe de l’Atlantide a t-il un plus écho plus actuel aujourd’hui?

Tout d’abord je pense que le mythe est une nécessité et de plus en plus de nos jours. La fonction d’imagination est à la base du processus de la conscience et nous permet de donner du sens à la réalité. L’Atlantide est un continent englouti d’après le mythe originel mais il reste dans l’esprit des hommes comme le symbole d’une sorte de paradis perdu ou de cité idéale. Ce mythe, comme tous les autres mythes, cherche à nous éclairer sur nos comportements. L’Atlantide est une pièce très écologiste avant l’heure et a une vision linéaire. On a des bruits de la nature au début et, au fur et à mesure, il y a des bruits de la ville (voitures, pollution etc.) qui viennent s’ajouter. L’utilisation de ces sons permet de placer l’auditeur dans un environnement familier tout en le déstabilisant. Puis, comme l’Atlantide va être submergé, on termine avec des sons de la nature.

Les mythes fascinent et notamment celui-ci. Il a alimenté nombre d’œuvres littéraires et artistiques : après Platon, il y a eu des films Disney ou encore des bandes dessinées qui s’y sont intéressés. On a des sources très étranges et diverses. Cela colle parfaitement à ce que Brégent a voulu faire avec tous les repères musicaux qu’il peut avoir, du rock à la musique baroque en passant par la musique contemporaine.

Que retirez vous de ce projet?

C’est une aventure incroyable. Il ne m’est jamais arrivé de faire autant de recherches pour un autre projet. Quand on a réussi à mettre la main sur le premier seize pistes on était comme des enfants dans un magasin de jouets. Je pense que ça va être un concert très particulier et original. Le compositeur nous a quitté il a longtemps maintenant mais, par rapport à l’amitié que Walter lui portait, c’est très intéressant de pouvoir faire un concert de sa pièce. Évidemment, il aurait été heureux de la chose. À l’époque, c’est Walter qui a enregistré la pièce et c’était très émouvant de l’accompagner dans les studios. On a réécouté les bandes originales. Walter s’écoutait lui-même en train de diriger. Et le plus étonnant c’est de l’entendre dire les choses techniques comme « 1, 2, 3 », « on recommence! » etc… Et on retrouve tout. Pour lui qui a connu cette aventure à l’époque c’est assez particulier.

Atlantide sera présenté dans le cadre du festival MNM le 26 février 2015 à la Salle Pierre-Mercure (Centre Pierre -Péladeau) à partir de 19h.

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