Nubi – Entrevue avec Guillaume Bourgogne

C’est un programme de cinq œuvres et cinq compositeurs (Levy, Lanza, Penha, Mochizuki et Gatinet) avec musique, sons, images, technologie et une étonnante machine à goutte dans la pièce d’où est tirée le titre de l’évènement, qui sera présenté lors des concerts Nubi dans le cadre du festival Montréal/Nouvelle Musique 2015.

Le concert sera joué par l’Ensemble de musique contemporaine de McGill, conduit par Guillaume Bourgogne qui nous a expliqué les caractéristiques musicales et technologiques de ce spectacle. 

« C’est un concert qui a évidemment un aspect assez spectaculaire. D’une part il y a un écran vidéo et donc c’est un peu plus qu’un concert puisqu’il y a des images. Et puis il y a un instrument qui est très spécial et très singulier: cette machine à gouttes qui produisent des sons. Au-delà de l’aspect purement musical, il y a de la part du compositeur la volonté de donner à cet instrument un aspect visuel inhabituel et très poétique, puisque les gouttes qui tombent du plafond sont placées entre l’orchestre et le public. Le public est ainsi en premier plan pour voir ces gouttes tomber. Elles sont également mises en valeur  par un éclairage suggestif. Nous sommes donc  la fois dans un concert et, en même temps, dans une performance scénique qui n’est pas un concert. C’est un spectacle au sens propre du terme.

C’est un spectacle aux contenus techniques fortes. Il y a beaucoup de technologie: il y a cette machine qui produit des gouttes contrôlées très précisément par l’ordinateur. Chaque goutte tombe sur des objets différents : des boilles, des cloches, des petites assiettes, des plaques chauffantes… et tout ça produit des sons qui sont repris et qui sont amplifiés. En fait, chaque objet est amplifié par un dispositif de micros. La machine elle-même est contrôlée par ordinateur. Il y a aussi une technologie particulière et de l’électronique dans ce concert. En ce moment, les équipes techniques  sont occupées à tout mettre en place. Mauro Lanza, compositeur de l’oeuvre Le nubi non scoppiano per il peso , va apporter la machine avec le constructeur et la faire fonctionner.  Je veux mentionner aussi la présence dans la pièce d’une soprano colorature, Rebecca Woodmass,  qui chante une partition très belle, tirée d’un texte du livre de Job dans l’ancien testament, avec une voix très aiguë, très pure et très agile.

Le nubi

La disposition sur scène pour l’œuvre Le nubi non scoppiano per il peso de Mauro Lanza

Rui Penha, compositeur portugais de Pendulum, une œuvre avec  vidéo, sera également présent. Nous avons donc été obligés de placer le concert en deux endroit différents puisque l’écran vidéo et la machine à gouttes ne peuvent coexister sans entrer en conflit. Il y aura également une oeuvre de Misato Mochizuki, compositrice japonaise, nécessitant une partie électronique et puis nous aurons une composition de Fabien Levy, Les sonneries de Cantenac, qui est aussi assez singulière, car elle ne se déroule pas pendant le concert mais avant ou à l’entracte. Ce n’est pas du tout une œuvre comme les autres puisqu’il s’agit de sonneries intervenant à intervalles réguliers et jouées par quatre instruments (Levy laisse le choix sur les 4 instruments; ici, nous avons choisi des saxophones) cachés à des endroits différents de la salle : ils seront peut-être dans le couloir, dans le hall, dans la salle de concert. La technologie est également mise en œuvre pour synchroniser ces quatre musiciens; un ordinateur sera déclenché par l’un des musiciens et donnera le départ dans les oreillettes des autres musiciens.  C’est une sorte d’œuvre apéritive, préparatoire, qui va préparer les spectateurs à une écoute spatialisée et en même temps va les surprendre car ils ne s’attendent pas entendre de la musique. Les spectateurs sont donc alertés et mis en éveil avant que le concert ne commence.  Enfin, il y aura une création de Brice Gatinet, étudiant compositeur de l’école de musique Schulich de McGill avec également de l’électronique. Il a travaillé avec un logiciel de l’IRCAM (Institut de recherche et coordination acoustique/musique de Paris) permettant de modéliser et d’orchestrer des sons enregistrés, analysés et traités par le logiciel. Il y aura aussi une guitare électrique, une clarinette contrebasse, un contrebasson et un saxophone avec des rôles particuliers, un peu comme des solistes. »

On a ensuite demandé à Guillaume Bourgogne le rapport entre la technologie actuelle dans la musique et sa formation classique de directeur d’orchestre.

« La technologie fait maintenant partie du monde classique et de la lutherie d’aujourd’hui. J’ai donc été très souvent amené à travailler avec des éléments technologiques, des patches, des musiques qui mélangent des instruments acoustiques avec des instruments électroniques; c’est assez habituel pour moi. Par exemple, avec le CME (Contemporary Music Ensemble) en octobre dernier, nous avons fait un concert avec la musique de Gérard Grisey, dans laquelle il y a des synthétiseurs avec des fiches de son importantes. Je travaille donc très souvent avec la technologie; c’est une manière différente de travailler par rapport aux musiciens qui ont leur propre spécificité. En fait, pour travailler avec les machines, il faut qu’elles soient prises en main par des gens très compétents, des ingénieurs du son, des assistants spécialisés en informatique musicale. Les compositeurs doivent également bien connaitre ce milieu de travail. On peut donc souvent me voir avec soit une oreillette, soit une pédale ou des déclencheurs.  Tout cela fait maintenant partie du quotidien dans le monde de la musique contemporaine.»

En conclusion M. Bourgogne nous a donné ses sensations sur la préparation de ce concert

« Je me suis beaucoup amusé à concevoir ce programme pour le festival Montréal/Nouvelles Musiques 2015 parce que quand Walter Boudreau m’a parlé de la thématique du festival, environnements et nouvelles technologies, j’ai été très inspiré pour composer un programme autour de cette thématique et je trouve que les œuvres que j’ai choisies et réunies correspondent  à ce qui était indiqué. Chaque œuvre, à sa façon, s’intègre vraiment bien dans ce projet. Je suis donc très heureux que MNM nous permette de proposer ce travail au public de Montréal. »

Le concert Nubi sera présenté deux soirs, jeudi 26 et samedi 28 février 2015 dans le cadre du festival Montréal/Nouvelles Musiques 2015 en co-diffusion avec Montréal en Lumière.

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