Le piano muet prend la parole grâce à ses protagonistes

Bonjour, je me présente aux lecteurs du blogue : je suis italien, né à Rome (quelle chance !!!) où j’ai vécu jusqu’en juin 2014, lorsque j’ai déménagé avec ma famille à Montréal. Participer à ce blogue est pour moi l’occasion d’approfondir ma découverte d’une ville et une région avec une langue, une culture et des traditions différentes. Et surtout , avec la SMCQ,  je peux fréquenter le milieu de la musique que j’adore et dont toutes les facettes m’intéressent. À travers ce blogue, j’espère partager avec vous ma découverte de la musique contemporaine que je connais encore peu.

Pour commencer ma collaboration avec la SMCQ,  j’ai le plaisir de vous présenter Le piano muet , un spectacle pour les enfants, et les adultes, adaptée d’un conte de Gilles Vigneault, véritable légende Québécoise, et avec la musique de Denis Gougeon, qui a été, la saison dernière, le sujet de la dernière  Série hommage  de la SMCQ.

Piano_muet pour blogue

Dans l’attente d’assister à une des prochaines représentation en janvier, j’ai eu l’honneur et la satisfaction d’être entrainé dans le monde du Piano muet par ses protagonistes : le comédien/narrateur Jacques Piperni, le metteur en scène Marc Béland et le directeur de production Grégoire Martel, que je remercie pour leur disponibilité et collaboration.

Ils ont dévoilé les coulisses de ce projet, le travail caché derrière la mise en scène et le pouvoir émouvant de l’histoire et des thèmes musicaux

 Marc Béland, metteur en scène du Piano muet

Pourquoi avez-vous accepté de mettre en scène Le piano muet?

J’adore la musique de Denis Gougeon, j’avais déjà travaillé sur une pièce de théâtre dont il avait composé la musique (Le passage de l’Indiana) ; Gilles Vigneault c’est un incontournable, un homme que je respecte infiniment ; Jacques Piperni  je ne le connaissais pas personnellement mais seulement comme acteur, donc j’ai pensé en acceptant la mise en scène que c’était une belle occasion.

Quelle a  été l’idée principale pour cette mise en scène ?

Le conte s’appelle Le piano muet donc le personnage principal, à part Lucas, c’est le piano et le grand père aussi ; la scénographe Geneviève Lizotte et moi avons travaillé sur un plateau tournant  avec un piano droit qui est l’accessoire principal pour faire vivre le conte. Le plateau est actionné par la bicyclette que Lucas utilise pour ses voyages, pour se déplacer ; quand le comédien se déplace avec le vélo il fait déplacer le plateau qui devient soit la maison du grand père, soit l’intérieur de la maison en utilisant le petit escalier appuyé derrière le piano.

La musique de Denis Gougeon a-t-elle inspirée la mise en scène ?

C’est plutôt les éléments du conte qui m’ont inspiré : le piano, la bicyclette, les objets…selon moi une mise en scène est intéressante quand le lieu est approprié au service de la pièce. C’est sûr que la musique est importante et Denis Gougeon est un artiste que j’adore, mais pour moi c’est surtout important au niveau d’un personnage plutôt qu’une inspiration pour le lieu.

Quelle est la plus grande satisfaction que vous avez reçue de ce travail ?

On a été à Québec la semaine dernière et la réaction des enfants a été vraiment touchante…c’est une satisfaction quand les enfants reçoivent ça, c’est plus qu’une paye pour notre travail, c’est fantastique.

Jacques Piperni, narrateur et seul comédien en scène

Vous avez joué plusieurs fois cette pièce avec différentes mises en scène; comment se caractérise la mise en scène de Marc Béland par rapport aux précédentes?

La première mise en scène était très simple, sans véritable scénographie : il y avait une orchestre d’une dizaine de musicien sur le plateau et j’étais le narrateur; je lisais un texte et je présentais des petits objets. Maintenant c’est complètement différent : il y a une réelle scénographie. Le metteur en scène a eu l’idée d’un plateau tournant et du piano sur scène qui suggère différent lieux et événements, le vélo qui fait tourner le plateau et qui souligne les déplacements et les distances à parcourir, une escalier d’où entrent et sortent les différent personnages…tous les éléments d’une véritable pièce de théâtre.

Quelle a été la réaction des spectateurs ? Ont-ils apprécié ?

On a présenté cette mise en scène juste une fois mais je trouve que les gens ont adoré, les enfants ont participé et beaucoup ri. Dans les commentaires que j’ai reçu le mot qui revenait plus souvent c’était  « un bijou de spectacle ».

Vous êtes très engagé dans les spectacles pour la jeunesse souvent en abordant des thématiques très fortes: quelle est l’importance de ce conte dans votre expérience artistique?

J’ai toujours aimé le public jeunesse : les spectacles pour les jeunes et les spectacles « sur mesure » que j’ai organisé (par exemple sur la violence et l’intimidation à l’école ou sur la formation professionnelle et la carrière) sont des expériences nées au hasard : les gens m’ont demandé aussi d’écrire des spectacles pour lancer des colloques, lancer des congrès même si 80% des spectacles sont pour le monde scolaire…mais je suis principalement un comédien ! Avec une pièce comme le piano muet, qui a tellement de thématiques intéressantes je peux faire vraiment mon travail de comédien.

Y a t-il un passage de cette pièce qui vous touche particulièrement, pour le sujet, la situation, la réaction du public ou même le thème musical?

C’est une pièce très émouvante même pour moi sur scène. Un des moments plus intenses c’est quand la mère se raconte, raconte sa vie à son fils, le départ de son père  (qui est le point de départ du piano muet) et elle décide que le piano c’est fini et qu’elle ne veut plus en parler. C’est sur qu’un autre moment très fort c’est quand on comprend que le vieux monsieur qu’on rencontre dans la maison c’est le grand père et puis aussi quand la mère revoit son papa.

Quelle est selon vous l’importance de la musique de Denis Gougeon dans ce spectacle?

Elle est primordiale, parce que M. Gougeon a réussi à faire une musique agréable pour tout le monde et de tout temps. Je pense que cette musique va être moderne et contemporaine dans 20 ans, 30 ans, d’abord parce qu’elle a les thèmes et le rythme de la musique traditionnelle du Québec mais en même temps est une musique extrêmement nouvelle. Cette mise en scène est une adaptation pour piano : quand je regarde le pianiste je vois la complexité de cette musique mais en même temps elle se rend toujours accessible.

Certaines fois, j’aurais le plaisir d’arrêter de parler et de regarder et écouter le pianiste. J’ai eu le plaisir énorme de voir le travail de Francis Perron qui est un pianiste fantastique.

Que souhaiteriez-vous ajouter au sujet du Piano muet ?

Je soulignerais les différentes thématiques de ce conte. Ce qui est extraordinaire avec Gilles Vigneault c’est que tout a du sens tout le temps. Au premier niveau, il y a l’histoire de ce gars et de sa mère, le départ du grand père,  la décision de fermer le piano, la rencontre avec le grand père…mais il y a aussi beaucoup de liens et des thématiques inter reliées dans cette histoire: la famille, la rupture, le souvenir, la culpabilité, la souffrance du fait de situations non réglées, la douleur, la transmission de la culture d’une génération à l’autre et tout ça passe à travers la musique.

Grégoire Martel, directeur de production   

Initialement le spectacle était joué avec un orchestre. Marc Béland a voulu créer une mise en scène plus théâtralisée pour partir en tournée. Ayant surtout été directeur technique pour le théâtre,  j’ai pu participer à la scénographie, au développement et à la construction du plateau tournant. On a pensé au mouvement du plateau à travers le vélo et je pense qu’il est très efficace au niveau de la mise en scène.

Il a également été nécessaire de trouver un moyen d’alimenter en électricité tous les équipements alors que les filages ne permettaient pas au plateau une rotation complète. Tout est donc branché sur batteries : l’ordinateur, le clavier, la lumière qui éclaire le vélo, l’émetteur pour le son…, tout est sans fil.  C’est une solution qui, par exemple, est beaucoup utilisée au cirque.

Quant au vélo, il fallait choisir un ancien vélo pour maintenir un visuel d’époque mais il devait aussi avoir la force pour faire tourner le plateau donc on a installé la mécanique d’un vélo de montagne de haut niveau sur le corps d’un vélo d’une autre génération et ça fonctionne très bien.

Le piano, joué par Francis Perron, est un piano numérique caché dans le meuble d’un piano droit : le clavier est en effet un contrôleur avec les touches d’un véritable piano qui permet de choisir le son du piano, de l’accordéon et d’autres sons comme le klaxon du vélo. Le son arrive à la carte de son de l’ordinateur et au logiciel qui transforme les données fournies par le clavier en son réel à travers sa banque de son ; enfin le son est diffusé par un haut parleur sans fil.

 

Le piano muet…à l’ italienne

Quand j’ai lu le conte Le piano muet, j’ai tout de suite pensé à une histoire vraie racontée par Giovanni Allevi.

Giovanni Allevi est un pianiste compositeur italien né en 1969 à Ascoli Piceno, dans la région Marche (près de la Mer Adriatique).

Il est fils d’un clarinettiste et d’une chanteuse d’opéra Dans sa maison il y avait un grand piano dans une chambre toujours verrouillée ; son père, qui connait les difficultés et les problèmes économiques des musiciens,  ne voulait pas qu’il apprenne la musique. C’est pour cela que le piano était « muet » dans la chambre.

Mais un jour le petit Giovanni, resté un moment seul dans la maison, découvre où est cachée la clé et à 4 ans commence a jouer du piano. À 6 ans, il écoute et joue tous les jours Turandot de Puccini et à 9 ans, pendant un spectacle à l’école, il joue un morceau de Chopin en présence de ses parents.

Aujourd’hui Giovanni Allevi est diplômé en piano, composition et direction d’orchestre et a une maitrise en philosophie. Il vit à Milan, dans une maison trop petite pour y installer un piano. Il compose donc dans sa tête en imaginant ses doigts sur le clavier ; sa voisine ne savait pas qu’il était pianiste…

Il a publié 8 albums et aime se définir comme un “compositeur de musique classique contemporaine”.

Selon lui :

« Nous revenons à  la Renaissance italienne, où l’artiste doit être un peu philosophe, un peu inventeur, un peu fou, il doit sortir de la tour d’ivoire et s’approcher de la sensation commune »

Le piano muet sera interprété en janvier 2015 à la Maison des arts de Laval. Plus d’information.

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