Pourquoi la Série hommage, pourquoi Denis Gougeon

 

Denis Gougeon, compositeur à l’honneur de la Série hommage 2013-2014

La Série hommage tirant à sa fin, il me semblait intéressant de répondre à des questions qui reviennent souvent de la part du public concernant le processus de sélection pour le compositeur «hommagé». J’ai donc parlé avec André Hamel, compositeur et membre du comité artistique de la SMCQ pour en savoir plus sur le sujet et plus spécifiquement sur les tenants et les aboutissants du choix du compositeur à l’honneur cette année, Denis Gougeon.

crédit : Martine Doyon

André Hamel, compositeur et membre du comité artistique de la SMCQ, crédit : Martine Doyon

 

Q. D’entrée de jeu, pouvez-vous me dire comment le comité artistique choisit le compositeur à l’honneur pour la Série hommage  ?

Les suggestions sont faites par les membres du comité artistique (y compris Walter Boudreau, le directeur artistique, bien sûr) et le choix se fait par un vote. D’entrée de jeu, mentionnons que le compositeur « hommagé » doit évidemment être une figure importante dans le milieu des musiques de création. Denis Gougeon, en plus d’en être une personnalité dominante, est assurément un des compositeur québécois vivants les plus joués, tant ici que hors de nos frontières.
Q. Qu’est-ce qui distingue la musique de Denis Gougeon et a fait de lui un bon candidat pour la Série hommage ?
Pour ma part, Denis m’apparaissait comme le meilleur candidat parmi les noms soumis. Denis a créé un corpus d’œuvres qui, en plus d’être imposant et varié, est d’une grande qualité artistique. Ce qui frappe à l’écoute de la plupart des œuvres de Denis Gougeon, c’est la facture plutôt classique qui les caractérise. Ce constat se fait tant au plan harmonique (plutôt consonant et souvent franchement tonal) que sur le plan de l’articulation rythmique.

Mais il s’agit en quelque sorte là d’un leurre ou plutôt, d’un point de départ, d’un prétexte, pour ainsi dire, à l’expression d’une modernité qui lui est toute personnelle ; libre des diktats associés aux principaux courants des musiques de la 2e moitié du XXe siècle. Franchement ancrée dans la tradition, la musique de Gougeon ne s’inscrit nullement en réaction face à la modernité. C’est là une de ses grandes qualités.
La grande force de Denis Gougeon est sa capacité à créer la sensation de mouvement. À cet égard, peu de compositeurs ont atteint une telle maîtrise dans l’articulation du matériau.
Préoccupé par la forme et son déroulement dans le temps, ce compositeur a trouvé à développer un langage qui, tout en utilisant abondamment les outils mis à la disposition des créateurs au cours du XXe siècle, loin de rompre avec la tradition, la prolonge en quelque sorte.
On peut ici faire un certain parallèle avec Alban Berg. On dit de Berg qu’il a su conserver un grand lyrisme malgré l’utilisation d’un langage jugé cérébral (le dodécaphonisme). Dans une autre optique, et un peu à l’inverse, Gougeon sait allier à une articulation harmonique et rythmique de prime abord plutôt conventionnelle, une étonnante maîtrise des techniques texturales et timbrales développées dans la 2e moitié du XXe siècle.
Q. Quelles sont les répercussions positives de la Série hommage dans la carrière d’un compositeur selon vous ? Et pour la société et la culture ? En somme, pourquoi un tel événement a sa pertinence aujourd’hui ? 
Vaste question ! La place occupée par les compositeurs dans notre société l’est malheureusement beaucoup moins. La Série hommage se veut être un palliatif à cette situation. Dans une certaine mesure, cette initiative atteint son but. Bon… c’est pas demain la veille que le compositeur « hommagé » fera le plateau de « Tout le monde en parle, » on s’entend là-dessus. Par contre, le formidable travail de promotion exercé par la SMCQ qui incite les ensembles non spécialisés à inclure les œuvres du compositeur choisi à leurs programmes, permet à un grand nombre de personnes d’entendre ses œuvres, souvent pour la première fois.
À cet égard, la contribution la plus significative, à mon sens, se fait auprès des jeunes dans les écoles (primaires et secondaires). Nous le constatons, tant au niveau des concerts de musique contemporaine qu’au niveau des concerts classiques : le public vieillit. Si nous souhaitons voir notre art survivre au rouleau compresseur de l’industrie du divertissement, c’est auprès des jeunes que nous devons agir, allumer en eux la petite flamme qui les mèneront demain, nous l’espérons, vers nos salles de concert.
Pour ce qui est, de manière plus ciblée, des répercussions de la Série hommage dans la carrière du compositeur choisi, sur le coup, elles sont bien sûr formidables. Je m’entretenais récemment avec Denis Gougeon. Celui-ci me décrivait à quel point son année était occupée. Ce fut le même feu roulant précédemment pour Ana Sokolovic. Cela étant, seul le temps nous dira à quel point cette extraordinaire attention momentanée a un effet sur la suite des choses.

 

 

 

 

 

 

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