Entrevue avec Jacinthe Thibault, soprano

Aujourd’hui, nous recevons Jacinthe Thibault, la soprano qui accompagnera Quasar dans l’Océantume.  Elle nous parle de son processus d’appropriation de l’œuvre complexe de Luc Marcel.

Jacinthe Thibault soprano

« L’Océantume, c’est dix mois de travail, un processus en plusieurs temps. En 2009, on a interprété la première partie, aujourd’hui nous voilà pour la seconde et tout cela a beaucoup mûri.

J’ai commencé mon approche de l’œuvre en établissant un contexte, en allant à la source de l’histoire. À la première lecture, je suis restée perplexe. Malgré tout, l’œuvre m’a beaucoup touchée, la langue était magnifique. Il est vrai qu’on ne travaille que sur deux pages du livre de Réjean Ducharme pour la version musicale, mais il est indispensable d’avoir une compréhension globale de l’œuvre pour traduire les émotions des personnages. Ma partie de soprano est l’interprétation de la personnalité très complexe de Iode, une jeune fille de 10 ans, pour qui la vie n’est pas facile. Elle est révoltée au dernier degré et possède une imagination débordante et réactionnaire. Mon rôle est de la suivre dans son aventure imaginaire et de la comprendre. Il faut trouver où sont les ressources émotionnelles nécessaires pour transmettre le caractère et les émotions du personnage. C’est un processus de création continu pour lequel l’interprétation est toujours nouvelle.

Ensuite, j’ai dû maîtriser le medium qu’est la musique contemporaine. La voix est un instrument organique unique dont on a le propre contrôle. On cible les difficultés techniques, on procède par automatismes, on s’assure que la voix soit bien placée. Dans l’Océantume, Luc Marcel traite la voix comme instrument (matériel), ce qui est bien moins singer friendly. L’écriture est extrêmement complexe, avec des notes tenues au moins une dizaine de fois et ça requiert une technique exigeante. Ici, ça n’est pas de la musique classique où l’on peut apprendre par cœur. L’œuvre de Luc Marcel est faite pour être imprévisible : on ne peut jamais oublier d’arrêter de compter et d’avoir la bonne note.

Enfin, ma relation avec Quasar est la clef de voûte de mon travail. Le quatuor offre une texture très dense, pour laquelle il faut faire appel à beaucoup de projection, de « focus » de voix. Mais ma relation avec le quatuor a mûri, on s’est apprivoisés. C’est notre troisième collaboration, et c’est toujours aussi beau. Le quatuor est réellement impressionnant, formant à eux seuls un orchestre, pouvant faire quelque chose de tout. Ils sont très complets. Quant à Louise-Andrée Baril, la pianiste, elle est incroyable. Elle maîtrise remarquablement la complexité de la pièce et offre au piano tout son sens d’instrument de percussion.

On espère que notre travail permettra au public de recevoir l’histoire comme il le faut. J’ai hâte !»

Retrouvez Jacinthe Thibault, Louise-Andrée Baril et Quasar le 7 avril prochain au Théâtre Rouge du Conservatoire du musique de Montréal pour le concert de l’Océantume.

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2 réflexions sur “Entrevue avec Jacinthe Thibault, soprano

  1. Marie-Chantal Leclair dit :

    Très belle entrevue, merci

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