« Prelude and fugue for GG » d’Ana Sokolović

La fugue sera à l’honneur ce 20 janvier prochain. Mathieu Gaudet présentera un programme nous permettant, à travers les œuvres de Bach, Schumann, Feininger et Sokolović, d’en apprécier les multiples facettes. Mais avant de fournir quelques pistes d’écoute pour l’œuvre de Sokolović, Prelude and fugue for GG, attardons-nous un moment sur la fugue en tant que genre.

Ce qui saute d’abord aux yeux (pour ne pas dire aux oreilles!) lorsqu’on écoute une fugue, c’est que les parties qui la composent semblent prendre part à une discussion où elles s’interpellent et se répondent sans cesse. Ce ne pas un hasard puisqu’ici, le principe d’organisation du discours est l’imitation. Le canon est également construit selon ce principe, mais dans ce cas, le degré de liberté du compositeur est de beaucoup réduit, car la partie énonçant pour la première fois la mélodie du canon dicte la marche à suivre pour toutes les autres du début à la fin de la pièce.

La fugue permet plus de liberté. Certes, toutes les fugues débutent par une exposition où chacune des parties fait entendre, tour à tour, le sujet. Cependant, le parcours formel d’une fugue dépend plus des possibilités de manipulation contrapuntique du sujet que d’un modèle préexistant (comme c’est le cas pour l’allegro de sonate, par exemple). Ces possibilités de manipulation contrapuntique, à quoi renvoient-elles? À certains procédés de transformation du matériau musical. L’augmentation (le fait de doubler ou tripler la durée d’une note) et la diminution (l’inverse) en sont de bons exemples. Ces procédés ont été systématiquement employés par Bach dans les Variations Goldberg ou encore l’Art de la fugue.

À l’occasion du 75e anniversaire de naissance de Glenn Gould (lequel correspondait au 25e anniversaire de sa mort), un réalisateur de la CBC Radio 2 demanda à onze compositeurs, dont Ana Sokolović, d’écrire une œuvre à la mémoire du grand pianiste canadien. Sachant qu’en anglais, les notes de musique sont symbolisées par les premières lettres de l’alphabet (A pour la, B pour si, C pour do, et ainsi de suite), il se souvint que ce système de notation fut souvent utilisé pour générer des thèmes personnalisés. Il eut donc l’idée de soumettre aux compositeurs un thème formé des notes correspondant aux lettres « musicales » de Glenn Gould : GEGD, soit solmisolré.

Ce sont ces quatre notes qui constituent le sujet de la fugue de Sokolović. On peut aussi les entendre au début du prélude, en valeurs longues, à la basse. Le couple prélude-fugue renvoie évidemment aux deux livres du Clavier bien tempéré; cette pièce est donc à la fois un hommage à Gould et à Bach, son compositeur de prédilection. Cependant, la fugue ne ressemble en rien à celles du maître allemand. En effet, ce sujet aux notes répétées est surtout le prétexte à un formidable travail sur la texture. Sokolović sculpte littéralement la matière sonore, de telle sorte que chacune des parties participe au mouvement d’ensemble, tout en vibration. L’effet obtenu est similaire à celui produit par Music for 18 Musicians, de Steve Reich. Musique atemporelle où l’on prend plaisir à se perdre à chaque instant… Bonne écoute!

© Jean-Simon Robert-Ouimet, 2011

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :